La crise financière mondiale est à nos portes (suite).*

10 Jan

« Il n’est pire sourd que celui qui ne veut rien entendre« , dit le proverbe. La preuve ? Ça n’aura pas été faute de le répéter : à force de marcher sur la tête, nos dirigeants politiques finissent par penser comme des pieds ! Et le résultat ne se fait pas attendre.

Après le Fonds monétaire international FMI), il y a peu, qui dressait un tableau préoccupant des économies mondiales voici que la Banque mondiale nous alerte sur les spécificités en la matière des pays émergents : « Les vulnérabilités liées à la dette dans les pays à bas revenus ont énormément augmenté depuis quelques années », met-elle en garde dans son rapport sur l’économie planétaire, publié mardi 8 janvier.

L’institution phare de l’aide au développement ne va pas jusqu’à évoquer l’imminence d’une crise, mais dans un chapitre spécifique, elle s’inquiète des risques de dérapage au sein de ce groupe de pays dont la très grande majorité (vingt-sept sur trente-trois) sont situés en Afrique subsaharienne. Un refrain devenu récurrent, ces derniers mois, dans les cénacles consacrés aux Etats les plus pauvres. Vous en imaginez évidemment les retombées en terme de crise migratoire.

Et pour cause : en 2017, l’endettement moyen des pays à bas revenus dépassait 50 % de leur produit intérieur brut (PIB), contre environ 30 % en 2013. Certaines trajectoires sont spectaculaires. Ainsi, en Gambie, le fardeau est passé de 60 % du PIB à 88 % du PIB en quatre ans et le service de la dette capture désormais 42 % des recettes de l’Etat. Au Mozambique, en défaut sur le paiement de certains intérêts, l’endettement public a bondi de 50 % à 102 % entre 2013 et 2018.

Selon la Banque mondiale, onze de ces pays sont désormais surendettés ou en voie de l’être. Ils n’étaient que six en 2015. Les plus durement affectés sont les Etats en situation de conflit, dotés d’une faible gouvernance ou très dépendants des matières premières.

Mais l’emballement est aussi dû aux périodes de forte croissance. A la fin des années 2000, les Etats venaient de voir leur ardoise effacée, grâce aux vastes opérations d’annulations de dettes pilotées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Profitant à plein du supercycle des matières premières, ils ont fortement mobilisé les capitaux étrangers pour financer l’investissement public ou, plus fréquemment, la consommation. Sans oublier hélas l’enrichissement démesuré des ploutocrates et autres potentats locaux ! La chute vertigineuse des cours, entre 2014 et 2016, a renversé la donne, laminant les exportations et les devises nationales, et creusant profondément les déficits. Ou comment annuler en peu de temps les bienfaits de la générosité des pays les plus avancés…

La Banque mondiale ne pointe pas seulement la courbe ascendante de la dette mais aussi le profil des créanciers. « Les pays à bas revenus ont augmenté leur dépendance aux sources non traditionnelles de financement », souligne le rapport.

Autrement dit, la proportion d’acteurs publics et de grands bailleurs de fonds multilatéraux, délivrant des prêts à des conditions préférentielles, a régressé. Notamment au profit de prêteurs commerciaux pratiquant des taux plus élevés. Ces dernières années, de nombreux Etats à bas revenus se sont ainsi risqués sur les marchés pour lever de l’argent. Parmi eux, l’Ethiopie, le Rwanda, le Sénégal et la Tanzanie ont procédé à des émissions d’obligations libellées en dollars ou en euros. Certaines de ces opérations arrivent à terme et vont devoir être refinancées, à un moment où les marchés sont moins sereins et les investisseurs plus frileux.

En même temps, la Chine est devenue un créancier majeur du continent. Or elle n’appartient pas au Club de Paris, ce groupe de pays riches où se négocient des opérations de restructuration. De quoi laisser supputer des problèmes de « coordination » entre les différents bailleurs, en cas de futures crises de dette, indique la Banque mondiale.

Difficulté supplémentaire, les prêts octroyés par les prêteurs non traditionnels sont parfois assortis d’exigences de « collatéralisation », soit des accords de troc, complexes et opaques, où l’argent frais s’échange contre du pétrole ou des infrastructures. Histoire d’intensifier les pillages de matières premières, sur le dos des populations locales dont nous finirons par hériter.

Outre les recommandations classiques visant à accroître les recettes fiscales (vision évidemment utopique), la Banque mondiale exhorte Etats et créanciers à œuvrer en faveur d’une plus grande « transparence ».

Ajoutez à ces bonnes nouvelles l’explosion démographique africaine (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/06/12/le-xxi-eme-siecle-sera-celui-dune-tragedie-demographique-entre-lafrique-et-leurope/) et vous aurez une idée de ce qui attend nos enfants et nos petits-enfants.

Le 10 janvier 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « La prochaine crise financière est à nos portes mais peu nombreux sont encore ceux qui la voient » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/01/30/la-prochaine-crise-financiere-est-a-nos-portes-mais-peu-nombreux-sont-encore-ceux-qui-la-voient/) mais aussi « Le FMI n’est pas à la joie et le dit » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/10/le-fmi-nest-pas-a-la-joie-et-le-dit/) sans oublier « Il y a un an déjà… » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/08/il-y-a-un-an-deja/).

2 Réponses to “La crise financière mondiale est à nos portes (suite).*”

  1. nazratat août 10, 2019 à 7:22 #

    A reblogué ceci sur My Blog.

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