« Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… »

10 Avr

La situation préoccupante de l’économie italienne – une dette explosive (130 % du PIB), une croissance faible (1,2 %) et un taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes (33 %), rangent désormais ce pays, aux yeux de l’Allemagne, au mieux parmi les cancres de la zone euro, au pire parmi les bombes à retardement en Europe. L’ennui, pour les économistes d’outre-Rhin, c’est que l’Italie de Matteo Salvini et ses amis est autrement moins facile à mettre au pas que la Grèce d’Alexis Tsipras…

De ce fait, les risques que représente l’économie de la péninsule sont suivis avec une réelle inquiétude outre-Rhin et le débat y fait rage sur le système de paiement européen Target 2. Lancée en 2007, cette plate-forme de paiement de l’euro-système, qui implique à la fois les banques centrales et les banques commerciales, exécute les virements les plus importants entre pays de la zone.

Mais les déséquilibres entre passifs et actifs des banques centrales italienne et allemande creusent actuellement leurs soldes respectifs auprès de la Banque centrale européenne (BCE), notamment en raison des développements politiques récents en Italie. Fin 2018, la Banca d’Italia enregistrait un solde débiteur à la BCE de 482 milliards d’euros – l’équivalent du quart du PIB du pays. C’est la conséquence de la forte hausse des sorties de capitaux du pays depuis 2018. Or ces capitaux se sont notamment reportés en Allemagne, dont la Bundesbank est désormais créditée à la BCE d’un solde faramineux de 932 milliards d’euros.

Si ce déséquilibre croissant est d’abord perçu comme un révélateur des tensions politiques et des écarts de compétitivité au sein de la zone euro, les spécialistes redoutent qu’il ne dégénère en une crise plus grave. Economistes et hommes politiques allemands craignent que ces transferts financiers massifs créent une dynamique propre, voire menacent la monnaie commune.

Les doutes des marchés financiers sur une éventuelle sortie de l’Italie de la zone euro pourraient accélérer la sortie de capitaux et aggraver la dette Target 2 de la Banca d’Italia. Surtout, le solde créditeur très important de la Bundesbank expose d’autant plus l’Allemagne que, en cas de défaut de paiement de Rome, incapable de régler ses dettes avec une lire dévaluée, la Bundesbank serait obligée d’assumer un important risque de responsabilité. Un cataclysme pour l’Allemagne mais aussi pour l’ensemble de l’Union européenne, à côté duquel le Brexit ne pèserait pas bien lourd.

Qu’ils soient adeptes de la théorie de l’effondrement ou qu’ils croient en la prévalence des marchés, nombre d’économistes estiment que ce sera la réaction des investisseurs, désireux de mettre leurs avoirs à l’abri, qui décidera de l’avenir des systèmes monétaires, comme ce fut le cas lors de l’effondrement du système de Bretton Woods, en 1971. A contrario, d’autres espèrent que les nombreux garde-fous institutionnels et financiers garantiront la pérennité de la monnaie européenne. Quoi qu’il en soit, les déséquilibres de Target 2 sont jugés à ce point sérieux qu’ils pourraient, à terme, constituer une importante source de tension politique entre pays créditeurs et débiteurs.

Il ne fait en tout cas guère de doute qu’après les élections européennes, la zone euro aura fort à faire quand il s’agira de gérer, outre le Brexit, le dossier hautement explosif d’une dette italienne hors de contrôle.* On peut enfin se demander si le surendettement italien, emblématique de l’asymétrie et de la vulnérabilité des politiques économiques divergentes au sein de la zone euro, n’annonce pas la prochaine crise financière…

Alors, vous l’aurez compris, le mieux ne serait-il pas d’éviter l’acharnement thérapeutique ? Et de tout remettre à plat plutôt que de croire aux chimères d’Emmanuel Macron sur l’Europe.

Le 10 avril 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* D’ailleurs, le document de programmation budgétaire pour l’an prochain, qui sera incessamment remis à la commission européenne, s’annonce comme une bombe à retardement. La crise entre l’Italie et l’Union est proche (https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/10/l-italie-revise-son-deficit-a-la-hausse-au-risque-d-un-conflit-avec-bruxelles_5448251_3234.html).

Une Réponse to “« Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… »”

  1. gilbert thizy avril 10, 2019 à 11:21 #

    Pour Monsieur macron la tache s annonce difficile

    cordialement

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :