La grande misère des services d’urgence de nos hôpitaux explose.

15 Avr

Est-il encore besoin d’y insister ? Mais la colère gronde depuis si longtemps sans qu’aucune (ou quasiment) aucune mesure significative soit prise par les pouvoirs publics qu’on ne peut s’étonner du déclenchement d’une grève illimitée dans plusieurs services d’accueil des urgences (SAU) du plus grand groupe hospitalier de France, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Dimanche 14 avril dans la soirée et lundi 15 avril, les infirmiers et les aides-soignants de quatre services d’urgence parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpétrière, Saint-Louis, Tenon) devraient rejoindre ceux de l’hôpital Saint-Antoine dans une grève illimitée pour demander une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Ce mouvement, dont ses organisateurs espèrent qu’il se propagera aux vingt autres SAU du groupe, puis à ceux du pays, ne devrait toutefois pas affecter la prise en charge des patients. Les grévistes sont assignés de manière à assurer une continuité des soins. Autant dire que le mouvement, une fois de plus, n’émouvra personne et les responsables politiques moins encore que le public car ils ne cèdent qu’à la violence.

A l’origine de cette grève, le malaise des personnels paramédicaux face à la dégradation de leurs conditions de travail. Alors que la fréquentation de ces services à l’AP-HP a crû au rythme soutenu d’environ 3 % par an ces dernières années, les effectifs soignants n’ont pas augmenté en proportion. « On nous demande de faire toujours plus avec moins, nous devons gérer vingt à vingt-cinq passages de plus par jour qu’en 2015 à effectif constant », raconte une infirmière, en poste aux urgences de la Pitié-Salpétrière depuis plus de trois ans. Mais n’oublions pas les causes de cette catastrophe sanitaire. En vérité il y en a deux

1/ le fait que les urgences médicales, traditionnellement assurées par les médecins généralistes (antérieurement dits « de famille« ), n’existent quasiment* plus ce qui refoule fatalement les demandes de soin vers l’hôpital,

2/ un nombre de plus en plus important de demandeurs de soins médicaux résulte de l’immigration et accroit d’autant plus la consommation médicale dans les services hospitaliers d’urgence qu’elle est…gratuite. C’est l’un des « appels d’air » conséquent du phénomène migratoire.

« Quand on a la tête sous l’eau, c’est le patient qui en pâtit, ce n’est plus la même qualité des soins », nous dit l’infirmière, en regrettant le non-remplacement des congés maternité (soit six personnes actuellement à la Pitié), sur lequel vient de revenir la direction du groupe, ou l’absence de ratio entre le nombre de patients et le nombre de paramédicaux, « comme c’est le cas dans certains services de salle et comme le préconisent les sociétés savantes ».

Outre les 45 nouveaux postes déjà promis (à répartir entre les 25 services), Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP, a annoncé dans une lettre envoyée aux syndicats le 9 avril qu’un groupe de travail établirait « dans un délai de deux mois » de tels ratios. « Je m’engage à assurer un parallélisme entre l’augmentation de l’activité et le renforcement des effectifs, ce qui est un vrai progrès. Comme, en plus nous veillerons à bien remplacer les congés de maternité, à titulariser plus vite, et à renforcer les effectifs de sécurité, les agents vont voir un réel effet. » Mais, pour le moment, ce ne sont que des promesses comme il y en a tant eu…

Dans les zones d’accueil des SAU, la hausse continue de la fréquentation est directement perceptible par les personnels comme par les patients. Dans la grande majorité des services (19 sur 25), les durées de passage aux urgences ont augmenté de dix à soixante-dix minutes entre 2015 et 2018.

Cette saturation a été mise en lumière lorsque en décembre, une femme de 55 ans a été retrouvée morte dans la zone d’attente des urgences de Lariboisière, et qu’une enquête interne avait conclu un mois plus tard que les capacités du service à fonctionner correctement étaient « dépassées » ce soir-là. Dans une tribune publiée dans un quotidien peu après, quatorze chefs de service avaient estimé que cette saturation permanente des urgences « augmente considérablement les risques d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils avaient appelé à un « grand plan en faveur des urgences », prévoyant notamment la possibilité de « filtrer l’accès » à ces lieux de soins.

S’ils dénoncent la « dégradation de la qualité de la prise en charge » dans les SAU, les grévistes pointent également l’augmentation de l’agressivité et des violences dans ces services. Au SAU de Saint-Antoine, dans l’Est parisien, en grève depuis le 18 mars pour dénoncer cette insécurité, on recense huit agressions physiques depuis le début de l’année. « On a choisi de travailler aux urgences, on est préparé à la violence, mais là, on a passé un seuil, je ne suis pas sereine sur ma protection physique lorsque je viens travailler », témoigne une aide soignante de 33 ans. « On se fait insulter tous les jours, on se retrouve à accepter des choses qu’on n’accepterait pas à l’extérieur », ajoute une de ses collègues de 44 ans.

L’agression le 13 janvier de deux infirmières et d’une aide soignante a particulièrement marqué les esprits, l’administrateur de garde ayant refusé d’accompagner les victimes porter plainte. « On se fait défoncer la gueule et la direction nous explique qu’elle ne peut pas porter plainte parce qu’il n’y a pas eu de destruction matérielle », lance l’aide soignante. Rappelant qu’un plan visant à renforcer la sécurité de l’ensemble des sites a d’ores et déjà été engagé, Martin Hirsch assure qu’il va « accélérer » sa mise en œuvre. Toujours des paroles. Mais où sont les actes ?

De façon plus large, les personnels grévistes réclament une reconnaissance de la spécificité de leur travail, avec l’octroi d’une prime mensuelle de 300 euros. « Aujourd’hui les hôpitaux ont du mal à recruter pour ces services parce que c’est devenu un boulot intenable », souligne un infirmier à Lariboisière et l’un des représentants du collectif. Sur cette demande de prime, Martin Hirsch a déjà botté en touche, renvoyant les grévistes vers le ministère de la santé. « Il n’est pas possible à l’AP-HP de créer une prime spécifique pour telle ou telle catégorie d’agents relevant du statut de la fonction publique hospitalière », a-t-il fait valoir aux syndicats le 9 avril.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas l’échange de balle entre le directeur de l’Assistance publique et son ministère de tutelle qui aidera à la solution de ce problème ! Car la réponse est peu financière mais tellement politique…

Le 15 avril 2019.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

* Cette question de l’abandon par la médecine de ville de la prise en charge des urgences est complexe et méritera de notre part une analyse spécifique.

Une Réponse to “La grande misère des services d’urgence de nos hôpitaux explose.”

  1. Hervé J. VOLTO avril 15, 2019 à 2:57 #

    C’est comme pour le Grand Débat : Toujours des paroles. Mais où sont les actes ? la réponse sewrait peu financière mais tellement politique…

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