Elections européennes : Marine Le Pen rebat ses cartes.

18 Avr

« L’Europe, c’est davantage Marine Le Pen et Matteo Salvini que Jean-ClaudeJuncker et Emmanuel Macron. » La tête de liste du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a donné le ton dès les premières minutes de la présentation du programme du parti à Strasbourg, lundi 15 avril. Certes. Mais les dernières propositions de la présidente de l’ex-Front national en matière d’organisation de l’Union européenne ne sont pas pour nous rassurer.

Rival de la liste de la majorité présidentielle dans les sondages, le RN a dévoilé son contre-projet à un peu plus d’un mois du scrutin européen. Sa ligne directrice est une « alliance européenne des nations » axée sur les « coopérations » comme un miroir au fédéralisme de l’Union européenne et à celui qu’il considère être comme son incarnation nationale : Emmanuel Macron.

Le député européen Nicolas Bay embraye, affichant une « différence de philosophie » entre les deux partis. Aux « globalistes » derrière lesquels l’ex-FN range le chef de l’Etat et l’Union européenne, le RN oppose les « localistes », concept cher aux identitaires que le RN préfère désormais à celui de « nationaux ».

« Nous sommes les vrais Européens », insiste Marine Le Pen en brandissant son manifeste de 75 pages « Pour une Europe des nations » à la tribune alsacienne. « Patriotisme économique », « protectionnisme », « priorité nationale »… Des propositions sans surprises, qui prônent, chapitre après chapitre, l’abrogation de la directive sur le travail détaché, une baisse des impôts « pour les Français », ou encore l’incitation à la « préférence nationale » dans tous les domaines, et notamment économiques. Ainsi, le parti suggère-t-il l’instauration d’une « responsabilité nationale de l’entreprise » encourageant le « refus des délocalisations, l’embauche d’une main-d’œuvre nationale, l’incitation à recourir à des fournisseurs ou des produits locaux » avec, à la clé un accès privilégié aux marchés publics. Jusqu’ici…tout va bien, tant ces propositions sont en rupture avec le fonctionnement actuel de l’économie européenne.

Suppression de la Commission européenne, jugée « antidémocratique », au bénéfice du Conseil européen, représentant des Etats, sur le plan institutionnel ; retour des contrôles aux frontières nationales et arrêt de l’immigration légale sur le volet migratoire… Le programme du RN prône le souverainisme partout et jusque là, ça va encore. C’est après que ça se corse !

Car, pour la première fois depuis son revirement post-présidentiel, le RN inscrit dans son programme que la sortie de l’euro n’est non seulement plus une priorité, mais plus d’actualité : « Les Français ont montré qu’ils restent attachés à la monnaie unique », avance le manifeste. Quand on a compris que la monnaie unique est le cheval de Troie du mondialisme et de la marchandisation des Européens on reste perplexe devant tant d’aveuglement. Et ce n’est pas parce que les Français croient encore en d’illusoires vertus de la monnaie unique qu’il faut leur emboiter le pas.

A la place, Marine Le Pen préconise donc une simple réforme de la gouvernance de la BCE, comme elle affirme désormais vouloir « changer cette Union européenne de l’intérieur » plutôt que d’en sortir. Ce qui veut dire, de la façon la plus claire, que le Rassemblement national ne soutient plus la sortie de la France de l’Union ! UNE PURE FOLIE QUI LUI SERA SÉVÈREMENT REPROCHÉE LORSQUE L’EVIDENCE APPARAÎTRA.

Certes, la patronne du RN avance son amitié avec le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini pour illustrer les nouveaux rapprochements possibles en Europe : « Nous avons mandaté Matteo Salvini (…) pour tenter de constituer ce très grand groupe qu’on pourrait appeler souverainistes » au Parlement européen. Elle ne nous avait pas habitué à ce suivisme dont elle ne tirera aucun bénéfice.

D’autant que, au-delà d’une union encore très hypothétique entre les partis européens de droite après le 26 mai, l’unanimité des Etats membres est en outre nécessaire pour entamer la révision des traités européens défendue par Marine Le Pen. Et même si celle-ci contourne le problème en évoquant, là encore, l’arrivée au pouvoir des idées nationalistes dans certains pays européens. Et donc, la possibilité d’une minorité de blocage au Conseil européen empêchant la mise en place de certaines décisions prises par la Commission. Comme de certaines sanctions.

Vous l’aurez compris, ces dispositions ne nous séduisent guère tant il apparaît que le RN risque de n’être plus qu’un cabri parmi les cabris.

Le 18 avril 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Elections européennes : Marine Le Pen rebat ses cartes.”

  1. Hervé J. VOLTO avril 18, 2019 à 10:12 #

    Si le RN doit apparaître comme un LR bis, çà ne va pas du tout. Heureusement, il y a un Nicolas Dupont-Aignan qui a les idées claires.

    Espérons qu’il réussises dans sa volonté d’union des partis de droite…

    • thizy avril 19, 2019 à 6:35 #

      en esperant

      cordialement

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