La boite à outils d’Emmanuel Macron.

27 Avr

Après celle de François Hollande, voici celle plus modeste encore d’Emmanuel Macron !

Nous vous avions en tout cas prévenus que la montagne accoucherait d’une souris. Et même d’une toute petite souris. Et c’est bien ce qu’il ressort des annonces faites par le chef de l’Etat au cours de sa conférence de presse de jeudi 25 avril, en réponse aux demandes des Français lors du fameux « Grand débat national« .

Après le report de son allocution, prévue le 15 avril mais reportée du fait de l’incendie de Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron s’est finalement adressé aux Français dix jours plus tard en reprenant l’intégralité de ce qu’il aurait dû annoncer le 15, sans véritables propositions nouvelles.

Nous ne reviendrons donc que très partiellement sur lesdites annonces dont nous avions d’ailleurs révélé la teneur dès le 17 avril    (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/04/17/la-reponse-differee-demmanuel-macron-au-grand-debat/).

Les mesures qu’il a précisées

  • Les réformes institutionnelles

L’intervention de M. Macron a permis de préciser certaines réformes institutionnelles qu’il souhaite mener et qui figuraient dans son programme électoral :

– La dose de proportionnelle lors du scrutin des élections législatives devrait se situer autour de 20 %. Cela ressemble fort à un compromis entre la demande de son allié du MoDem, François Bayrou, qui réclamait au moins 25 %, et la droite sénatoriale (dont l’approbation est indispensable à l’adoption de la réforme), qui ne voulait pas entendre parler d’un taux supérieur à 10 %. Le problème, c’est que ce taux est tout bonnement ridicule aux yeux des grands principes de la démocratie dont se gargarisent…ceux qui, en réalité, ont peur du peuple.

– Le nombre de parlementaires devrait baisser de 30 %… ou de 25 %, si le Sénat insiste, a précisé en substance Emmanuel Macron. Une petite concession qui pourrait s’avérer nécessaire pour faire adopter la réforme au Palais du Luxembourg.

  • De prétendus nouveaux outils de participation citoyenne

Emmanuel Macron a confirmé les pistes qui figuraient dans son projet de discours et que nous avions révélé la semaine dernière :

  • Le seuil pour déclencher un référendum d’initiative « partagée » (entendez intégralement contrôlé par le pouvoir) sera réduit à 1 million de citoyens, contre 4,7 millions actuellement. Une très bonne nouvelle en soi mais rapidement annulée par le maintien de l’aval nécessaire d’un cinquième des parlementaires, contrairement à l’esprit du référendum d’initiative citoyenne (RIC) réclamé par de nombreux « gilets jaunes » ;
  • Macron veut que soit renforcé « le droit de pétition local » qui consiste en une « forme de droit d’interpellation des élus au-delà d’un certain seuil, qui sera à définir » ;
  • cent cinquante citoyens seront tirés au sort et pourront siéger au Conseil économique, social et environnemental (CESE) ;
  • Une convention de deux cent cinquante citoyens tirés au sort réfléchira à des solutions concrètes pour la transition énergétique.

Le président a en revanche exclu de reconnaître le vote blanc et de rendre le vote obligatoire.

  • L’Ecole nationale d’administration (ENA) sera finalement supprimée

Lors de son allocution, le président de la République a annoncé vouloir mettre fin « aux grands corps » de la fonction publique. Il a ensuite évoqué « la rumeur » lui prêtant l’intention de supprimer « telle ou telle chose pour en faire des symboles », se disant attaché à « l’élitisme républicain ».

Pourtant, une heure plus tard, répondant à une question de la presse, il a tranché clairement la question, assurant vouloir supprimer l’Ecole nationale d’administration (ENA) pour « bâtir quelque chose qui fonctionne mieux ».

Il a annoncé avoir mandaté le président de l’école pour qu’il soumette « au gouvernement des propositions très claires pour refonder le recrutement des hauts fonctionnaires, pour l’entrée en carrière, les modes de formation et la gestion des carrières ». Démontrant ainsi que nous avions raison, le 17 avril, de redouter le remplacement de l’ENA par une soeur jumelle :  » notre pays n’échappera pas à sa vision désespérément jacobine du pouvoir et l’ENA disparue…ne tardera pas à être remplacée par un substitut tout autant réservé à l’oligarchie administrative ! « 

  • La retraite à 62 ans

Emmanuel Macron a assuré qu’il ne toucherait pas à l’âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans, contrairement à ce qu’il se murmurait depuis quelques temps. Mais sa réforme, visant à instaurer une retraite par points, devrait inciter financièrement les Français à travailler plus longtemps. Est-ce une si mauvaise idée ?

  • Les pensions alimentaires

Pour lutter contre le fléau des pensions alimentaires impayées, qui mettent les mères isolées en grande difficulté, M. Macron souhaite donner aux caisses d’allocations familiales (CAF) la possibilité de saisir directement les pensions non versées par les ex-conjoints. C’est en soi une sage et juste proposition mais que pèse-t-elle par rapport à la plus grande tragédie de tous les temps (non seulement pour notre pays mais pour tout notre continent) : l’immigration – invasion, dont le président n’a quasiment pas parlé (nous y reviendrons incessamment) ?

  • Un espace Schengen réduit

D’ailleurs, Emmanuel Macron a ouvert la porte à un espace Schengen « avec moins d’Etats », en suggérant que les pays européens qui ne souhaitaient pas se plier à une politique d’immigration et d’asile commune pourraient être exclus de la zone de libre circulation européenne. Une attaque à peine voilée contre les pays du groupe de Visegrad, et en particulier la Hongrie de Viktor Orban, son adversaire déclaré dans la campagne électorale européenne. Celui-ci s’était érigé en premier opposant aux quotas de répartition des migrants proposés par l’Union européenne (UE), en 2015.

  • La réindexation des petites retraites

Le chef de l’Etat a confirmé que les retraites de moins de 2 000 euros seraient réindexées sur l’inflation à compter de janvier 2020, comme de nombreux Français l’avaient réclamé au cours du grand débat. Il s’est également engagé à ce qu’il n’y ait « plus de sous-indexation de quelque retraite que ce soit à partir de l’année 2021 ».

C’est un rétropédalage qui paraît quelque peu contraint. En décembre 2018, le Conseil constitutionnel avait censuré la décision de son propre gouvernement, qui avait limité à 0,3 % par an la revalorisation des pensions de retraite et des allocations familiales pour l’année 2020.

Les mesures qui demeurent floues

  • Des niches fiscales supprimées

Pour financer des baisses d’impôts pour les classes moyennes, des niches fiscales vont être supprimées. Mais le chef de l’Etat a précisé que seules les niches bénéficiant aux entreprises subiraient ce coup de rabot, et pas celles des particuliers ! Il a refusé d’en dire plus pour le moment, laissant au gouvernement le soin d’y réfléchir. Autant dire que les baisses d’impôts ne sont pas prêtes d’être financées et donc de se concrétiser…

  • Le « travailler plus »

Emmanuel Macron a longuement insisté sur ce qui s’apparente à un nouvel axe fort de sa politique : l’idée de travailler plus (mais pas nécessairement pour gagner plus !). Le chef de l’Etat a exclu la suppression de nouveaux jours fériés ou le démantèlement officiel de la durée légale de trente-cinq heures, mais il s’est déclaré favorable à une hausse du temps de travail hebdomadaire, en renvoyant la question à des négociations de branche entre les partenaires sociaux.

« La France travaille en moyenne beaucoup moins que ses voisins : on commence plus tard, on part plus tôt et on travaille moins dans l’année », a-t-il justifié, en expliquant que le « différentiel » de « création de richesse » que nous avons avec nos voisins allemands est lié à ce problème.

Une affirmation pour le moins contestable : Emmanuel Macron semble reprendre à son compte un chiffre largement relayé par le cabinet Coe-Rexecode, proche du patronat, selon lequel la France est le pays d’Europe où l’on travaille le moins sur une année. Or, comme cela a été démontré, la méthodologie de ce chiffre est sujette à caution.

En réalité, si l’on considère l’ensemble des travailleurs (dont les indépendants et les temps partiels), la France se situe plutôt dans la moyenne européenne, assez proche de l’Allemagne.

En outre, notre pays se caractérise par une productivité plus élevée que la plupart de nos voisins. A temps de travail égal, la France produit donc plus de richesses. Un constat que l’hebdomadaire libéral The Economist résumait ainsi il y a quelques années : « Les Français pourraient être en congés le vendredi, ils produiraient encore davantage que les Britanniques en une semaine. » C’est d’ailleurs l’un des arguments qui fondent notre résistance acharnée aux attaques fiscales et sociales contre les retraités, mises en place par Emmanuel Macron et son gouvernement depuis 2017. Souvenez-vous de ce que nous écrivions, ici même et à ce propos, en décembre 2017 :

 » Plus et mieux vous avez étudié, plus vous avez travaillé et souvent très au-delà des fameuses « trente-cinq heures » de Martine Aubry, plus vous avez endossé de responsabilités au prix de nombreux et lourds sacrifices pour vous-mêmes et votre famille, mieux donc vous avez SERVI…plus vous serez PUNIS. »

  • La lutte contre l’évasion fiscale

Le président de la République a dit comprendre le besoin exprimé par les Français de lutter contre l’évasion fiscale, « qui mine l’adhésion à l’impôt », sans faire pour autant d’annonces concrètes. Il a renvoyé cette question à la fin d’une mission qui sera confiée à la Cour des comptes pour évaluer les sommes perdues à cause de ces pratiques.

Il a mis à son crédit, avec une évidente mauvaise foi, la suppression du « verrou de Bercy« , un mécanisme qui conférait à l’administration fiscale le monopole sur les poursuites pénales contre les fraudeurs, et symbolisait aux yeux de nombreux observateurs le laxisme à l’égard de la délinquance en col blanc. En effet, si le verrou a (quasi) disparu, c’est grâce à l’insistance du Parlement et malgré les réticences du gouvernement.

Les annonces floues d’Emmanuel Macron sont également un aveu en creux de l’insuffisance de la loi contre la fraude fiscale votée en 2018, un texte dont le secrétaire d’Etat Olivier Dussopt avait pourtant assuré qu’il « fera[it] date car il apporte des réponses inédites et de qualité pour lutter contre la fraude ».

  • La décentralisation

M. Macron a prôné un « nouvel acte de décentralisation », sans fournir la moindre précision sur les modalités de cette réforme. Des échelons du millefeuille territorial seront-ils supprimés ou réaménagés ? Des compétences nouvelles seront-elles confiées aux collectivités ? « On va transférer les financements et les responsabilités démocratiques », s’est contenté de dire le chef de l’Etat.

Et, enfin, les rares nouveautés

  • Une retraite minimale à 1 000 euros

Le président de la République souhaite relever le niveau du montant plancher des pensions de retraite (qu’on appelle le « minimum contributif »), pour le porter à 1 000 euros, contre 637 euros aujourd’hui pour une carrière complète (ou 698 euros si la personne justifie cent vingt trimestres de cotisation).

Avec cette réforme, les pensions de retraite seront désormais largement supérieures à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse), qui s’élève à 868 euros.

  • Généralisation des maisons de service public

M. Macron entend installer dans chacun des quatre mille cantons français une maison « France Services », qui regroupera divers services publics (La Poste, caisse d’allocations familiales , Assurance-maladie, Pôle emploi…) en un même lieu, pour combattre la désertion des zones périphériques.

Il s’agirait en fait de faire monter en puissance le dispositif existant des maisons de services au public (MSAP), imaginé en 2014 par le gouvernement de Manuel Valls. Il en existe aujourd’hui environ mille trois cents. Il s’agissait aussi d’une des propositions du « pacte social et écologique » proposé par l’ancien ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot et le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger avec dix-neuf organisations début mars.

Reste à savoir si le gouvernement est prêt à mettre la main à la poche, quand on sait que les MSAP souffrent aujourd’hui d’un sous-financement critique.

  • Objectif plein-emploi à l’horizon 2025

Le chef de l’Etat a annoncé vouloir instaurer un « pacte productif » qui vise « à l’horizon 2025, le plein-emploi ». Interrogé par la journaliste Elizabeth Martichoux, il a précisé que cela ne remettait pas en cause son « objectif des 7% de chômage » pour 2022, formulé lors de sa campagne. « Quand il s’agit de rebâtir une cathédrale, on sait se fixer un objectif. Je pense qu’il faut le faire pour tout, c’est un élément de mobilisation collective », a-t-il ajouté, sans se risquer à se fixer une échéance plus proche, une erreur qui fut fatale à François Hollande lors de son mandat.

En résumé, de l’enfumage. Beaucoup d’enfumage. Et pas sûr que les Français en soient encore dupes…

Le 27 avril 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “La boite à outils d’Emmanuel Macron.”

  1. Hervé J. VOLTO avril 27, 2019 à 4:09 #

    Conférence de presse décevante d’Emmanuel Macron.

    Beaucoup de promesses -dont on ne nous dit pas comment elles seront financées- mais peu d’annonces concrètes.

    Le Régent Présidentiel ne rassure pas les retraités, ni les entreprises. Les Gilets Jaunes, qui ont vu le RIC écarté d’un revers de mains, ne sont pas prêts de baisser les bras…

    Heureusement que nous avons le Conseil dans l’Espérence du Roi qui, depuis 7 ans nous offre deux choses .

    1. des éditoriaux de grande qualité dèlivré à la lumière de notre Foi catholique et dans la fidélité à notre tradition Royale.

    2. un mouvement d’opinion pouvant rassembler autour des Royalistes toutes les droites patriotes, identitaires, souverainistes, CE DANS LE CADRE DE LA DEMOCRATIE.

    Un grand Merci à M. Pons, Régent du CER, et à ses conseillers !

  2. MA Guillermont avril 27, 2019 à 8:00 #

    Moi je crois qu’Emmanuel Macron ne sait même pas ce qu’est une boîte à outils …
    Et je crois aussi qu’il connaît parfaitement ce qu’est une boîte de nuits … et qu’il aime beaucoup se divertir la nuit comme un … kéké .

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