Elections législatives en Espagne : la fête est finie !

29 Avr

Les électeurs espagnols étaient convoqués hier dimanche 28 avril pour élire de nouveaux députés (les troisièmes élections législatives en trois ans et demi). Et ils ont répondu à l’appel avec un fort taux de participation (presque 76 % de suffrages exprimés, contre 66 % en 2016). Hélas, le résultat final de cette « feria » démontre combien le sang ibérique n’est plus ce qu’il était…

Presque aussi manipulateur qu’Emmanuel Macron (sans en avoir les réseaux financiers internationaux) et donc favori de la presse et des sondages, Pedro Sanchez, président sortant du gouvernement et chef du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), arrive largement en tête du scrutin. Selon les résultats quasi définitifs publiés par le ministère de l’intérieur, il réunit ainsi près de 29 % des voix.

Un score qui lui permet d’obtenir autour de 123 députés, ce qui est insuffisant pour gouverner seul : la Chambre espagnole compte 350 sièges, ce qui place la barre pour obtenir la majorité absolue à 176 élus. Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir en juin 2018 en renversant Mariano Rajoy grâce à un « golpe » législatif, sera donc obligé de rechercher une coalition pour continuer à gouverner. Coalition qu’il ne pourra trouver qu’au sein de l’extrême gauche et des mouvements indépendantistes qui veulent la fin de l’histoire de l’Espagne.

Alors il a tenté, dès la connaissance des résultats…de s’accrocher aux branches en invoquant la formule magique : l’Europe ! Dans une version castillane des fameux  » cabris  » de De Gaulle :

« La démocratie sociale a un grand avenir devant elle, grâce à son exceptionnel présent, et l’Espagne en est le reflet. Nous allons former un gouvernement pro-européen qui va renforcer et non pas affaiblir l’Europe », a ajouté le président du gouvernement sortant.

D’ailleurs, avant même la fin du dépouillement, le parti radical de gauche Podemos qui a récolté 42 sièges (en perte de dix sièges par rapport aux précédentes élections) et 14 % des voix s’est dit prêt à discuter d’une coalition gouvernementale de gauche avec le PSOE de M. Sanchez. « Je lui ai fait part (…) de notre volonté de travailler à la formation d’une coalition gouvernementale », a déclaré le chef de file du parti d’extrême gauche, Pablo Iglesias, devant ses partisans rassemblés à Madrid, précisant que de telles négociations prendraient toutefois du temps.

A l’arrivée, le bloc de gauche constitué des socialistes et de Podemos totaliserait 165 députés, contre 147 pour le bloc de droite qui regroupe les libéraux de Ciudadanos, le Parti populaire (PP, conservateur) et la formation de la droite radicale Vox. Cela veut dire que la gauche devra trouver des alliés supplémentaires pour atteindre la barre des 176 élus.

Les six sièges du Parti nationaliste basque (PNV) ne suffisant pas, elle devra aussi entamer des discussions avec d’autres formations séparatistes. Dont les indépendantistes catalans, qui sont une bombe à retardement effroyable pour tout le système politique espagnol… Cinq séparatistes catalans, détenus et jugés actuellement à Madrid pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, ont d’ailleurs été élus députés dimanche. Parmi eux figure l’ancien vice-président de cette région du Nord-Est, Oriol Junqueras, principal accusé du procès qui a débuté le 12 février et contre lequel le parquet a requis vingt-cinq ans de prison.

Derrière les socialistes, le Parti populaire (PP) est en net recul depuis le départ de Mariano Rajoy, l’artisan du redressement de l’Espagne après la terrible crise économique de 2008 : la formation de droite recueille moins de 17 % des votes pour 66 députés, soit deux fois moins qu’en 2016 (137 sièges). La liste de Ciudadanos arrive juste derrière avec près de 16 % des voix et autour de 57 sièges.

Mais la plus grande surprise est la poursuite de la percée historique de Vox, le parti de la droite radicale qui avait déjà semé la stupeur dans le landernau politique andalous, l’année dernière (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/12/espagne-vox-le-caillou-dans-le-soulier-des-partis-traditionnels/). Alors qu’elle ne comptait aucun député jusqu’ici, la formation menée par Santiago Abascal recueille 10 % des votes et décroche 24 sièges. Elle n’avait obtenu que 0,2 % des suffrages en 2016.

Vox, pratiquement inconnu jusqu’à son irruption en Andalousie, a fait ressurgir la droite réactionnaire (entendez : « qui réagit« ) dans un pays où elle était insignifiante depuis la mort du général Franco en 1975. « La gauche sait que la fête est finie », a lancé le numéro deux du parti, Javier Ortega Smith. Santiago Abascal, a lui annoncé le début de « la reconquête » de l’Espagne déclarant : « Vox est venu pour rester. »

Ce parti a massivement fait campagne sur les réseaux sociaux comme le président américain Donald Trump, en 2016, ou le brésilien Jair Bolsonaro en 2018. Cette formation est soutenue notamment par le Rassemblement national en France et par la Ligue, au pouvoir en Italie. Adoptant un discours résolument hostile à l’immigration comme aux tentatives d’éclatement de l’Espagne, il a prospéré en particulier en prônant des mesures fortes à l’encontre des séparatistes catalans. Mais Vox milite aussi activement pour une juste reconnaissance des mérites du gouvernement du général Franco, entre 1939 et 1975, et la fin de la persécution dont sa mémoire fait désormais l’objet dans le pays.

Nul doute que les prochains mois seront donc agités en Espagne avec, le 26 mai prochain, les soubresauts électoraux européens associés aux élections municipales et à celles de la plupart des communautés autonomes. 

Encore quelques émotions à venir ! Souhaitons que les Espagnols se réveillent enfin de leur long sommeil.

Le 29 avril 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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