Le mouvement dextrogyre en Europe prend de l’ampleur.

1 Mai

Depuis quelques années et au fil des élections successives, le nombre de pays européens dans lesquels les partis politiques authentiquement de droite atteignent des scores significatifs voire importants ne cesse de croître. On compte ainsi actuellement, outre la France avec le Rassemblement national (et depuis fort longtemps), l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la Bulgarie, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande et, plus récemment, l’Espagne et même l’Estonie. Dans sept de ces pays, ces organismes politiques participent même au gouvernement en place. C’est ainsi le cas de l’Autriche, de la Bulgarie, de la Finlande, de la Grèce, de l’Italie, de la Slovaquie et , maintenant, de l’Estonie. Attardons-nous un peu aujourd’hui sur ce dernier pays.

Pour la première fois, une formation de droite authentique, EKRE (Parti conservateur d’Estonie), arrivé en troisième position aux législatives du 3 mars dernier avec 17,8 % des votes, entre au gouvernement, sous la direction du centriste et premier ministre sortant, Jüri Ratas.

Les inquiétudes des détracteurs de ce parti n’auront pas été apaisées par l’arrivée de son dirigeant, Mart Helme, au ministère de l’intérieur, et de son fils, Martin Helme, aux finances. EKRE décroche au total cinq portefeuilles ministériels : l’intérieur, les finances, l’environnement, les affaires rurales et le commerce.

Avant le scrutin, Jüri Rata avait pourtant exclu tout rapprochement avec EKRE. Créé en 2015, le parti eurosceptique et antimigrant a fait campagne sur le rejet des élites et du multiculturalisme, du droit à l’avortement, des droits des homosexuels et ceux de la minorité russophone. Des thèmes habituels à droite.

Mais le 3 mars, les centristes, avec 23,1 % des voix, sont arrivés en seconde position, derrière le Parti de la réforme (28,9 %), dont la chef de file a d’abord tenté de former un gouvernement. Sans succès. Quelques jours après le scrutin, Jüri Rata a fait savoir qu’il était prêt à s’allier avec les conservateurs et l’extrême droite.

Le 13 mars, et comme on pouvait s’y attendre, Guy Verhofstadt, le très européiste président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) au Parlement de Strasbourg, dont fait partie la formation centriste, a estimé qu’une collaboration avec EKRE serait « nuisible à la société estonienne et à la position géopolitique du pays » et causerait « des dommages irréparables à l’excellente coopération au sein de la famille libérale ». Des menaces, toujours des menaces. C’est la seule méthode connue par les tenants de l’Union européenne à défaut d’argument assez forts pour convaincre que cette dernière n’est pas une « association de malfaiteurs » !

M. Ratas s’est empressé de lui répondre que « Bruxelles n’avait pas à dicter à l’Estonie » sa conduite. Ce qui n’est rien d’autre qu’une évidence. Mais il est également critiqué par les siens : plusieurs cadres du parti ont voté contre l’alliance

Le 15 avril, la dirigeante du Parti de la réforme, Kaja Kallas, a mis en garde contre un « gouvernement de stagnation », qui risquait d’entraîner « un retour en arrière » dans un pays devenu en quelques années l’un des meilleurs élèves de l’Union européenne. Quatre jours plus tard, Jüri Ratas s’est voulu rassurant. Il a appelé à « l’unité » et garanti que « l’Estonie maintiendra fermement sa ligne actuelle en matière de politique étrangère et de sécurité, dont un élément crucial est l’adhésion à l’UE et à l’OTAN ». Nous verrons bien, même si nous ne doutons pas que le sens de l’Histoire est aujourd’hui au départ d’un nombre croissant de pays de l’Union telle qu’elle est actuellement organisée.

Le 24 avril, le président d’EKRE, Mart Helme, a néanmoins suscité la polémique, en appelant à la « responsabilité des médias », alors que son fils, Martin Helm, avait demandé plus tôt le retrait des ondes publiques des journalistes « partisans ». Car, ne vous faites aucune illusion, les médias ne sont pas plus patriotes en Estonie qu’ils le sont chez nous…Ces menaces voilées sur la liberté de la presse sont d’autant plus prises au sérieux que deux journalistes réputés pour leurs positions contre l’extrême droite – l’une pour le quotidien Postimees, l’autre pour la radio publique – ont annoncé leur démission, ces derniers jours. Ils dénonçaient les pressions exercées par leur direction, qui leur aurait demandé, selon eux, de tempérer leurs critiques contre EKRE. Mais ici comme ailleurs, la démocratie serait-elle à géométrie variable ? Nous avons une petite idée sur la question…

Quoi qu’il en soit, voici, après l’Espagne dimanche dernier, un nouveau pays où il se passe des faits intéressants et qui va mériter toute notre attention. L’Union européenne a sans doute bien du souci à se faire.

Le 1er mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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