Ne vous fiez surtout pas à nos médias pour juger de l’efficacité de la présidence Trump.

5 Mai

Nos médias ont deux obsessions en matière de politique internationales : le « Brexit« , qu’ils redoutent comme la peste bubonique alors que c’est la solution que notre pays devrait adopter au plus vite, et le « populisme » de Donald Trump qui, à mi-mandat présidentiel, porte déjà des fruits juteux quand le quinquennat d’Emmanuel Macron s’enlise dans l’imposture. Nous évoquions hier le mythe de la catastrophe économique en Grande-Bretagne (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/05/04/il-parait-que-le-brexit-est-une-catastrophe/), voyons aujourd’hui celui d’un prétendu échec de la politique du président des Etats-Unis.

Commençons par les deux résultats spectaculaires annoncés cette semaine. D’abord que la première économie du monde avait crû à un rythme annuel de 3,2 % au premier trimestre (après une année 2018 à + 2,9 %), ensuite que le taux de chômage s’est établi en avril à 3,6 % de la population active, son plus bas niveau depuis 1969. Il avait atteint 10 % en 2010. Pendant ce temps, le salaire horaire moyen progresse au rythme soutenu de 3,2 % par an, la productivité repart enfin tandis que la faible inflation, retombée en mars à + 1,6 %, écarte le risque de surchauffe.

On se souvient d’une réunion à Philadelphie (Pennsylvanie), en janvier 2018, où les Prix Nobel américains Joseph Stiglitz (2001) et Edmund Phelps (2006) et les pontes de l’économie tels Lawrence Summers et Olivier Blanchard avaient ricané sur les « Trumpeconomics ». « Cela n’existe pas, en tout cas pas de manière cohérente », avait dit l’un d’eux. Et pourtant…

Le président des Etats-Unis, lui, se prévaut de son action et jubile : « Nous pouvons tous nous accorder sur le fait que l’Amérique est désormais numéro un. La planète entière nous envie, et le meilleur est encore à venir », a-t-il tweeté vendredi, alors qu’un sondage réalisé pour la chaîne CNN fin avril révélait que 56 % des Américains approuvaient sa conduite de l’économie, un record depuis son élection. Emmanuel Macron en rêve !

Le président américain semble désormais en mesure de réussir un pari complètement hétérodoxe : soutenir l’économie à coups de déficits budgétaires et commerciaux (et de politique monétaire en réalité accommodante) et réussir à augmenter le potentiel de croissance des Etats-Unis.

« En effet, faute d’avoir la main-d’œuvre suffisante, les entreprises sont obligées de se réorganiser et d’embaucher des personnes auxquelles elles n’auraient pas eu recours habituellement, ce qui entraîne une hausse de la productivité et de l’emploi », analyse Patrick Artus, économiste en chef de Natixis.

Le tout sans surchauffe ni inflation, tandis que tout le monde, à droite comme à gauche, se fiche des déficits. Voilà une recette qui pourrait permettre aux Etats-Unis de sortir de la peur de la stagnation séculaire, d’augmenter l’emploi et les salaires. Le New York Times constate lui aussi cette nouvelle donne, dans un article intitulé « Explosion des emplois, inflation basse : l’économie qui n’était pas supposée exister ».

Revenons d’abord aux chiffres du chômage. « Jobs, jobs, jobs », a tweeté Donald Trump. La diminution du taux de chômage s’explique notamment par la baisse de la population active, mais les Etats-Unis restent une formidable machine à créer de l’emploi : 263 000 en avril, un chiffre supérieur aux attentes et supérieur aux 200 000 créés en moyenne chaque mois depuis la reprise du marché du travail engagée il y a neuf ans. Là encore Emmanuel Macron en rêve !

Et sur la durée, les chiffres sont impressionnants : l’Amérique a créé depuis le début de la décennie 18,6 millions d’emplois (4,5 millions depuis l’entrée en fonction de Donald Trump). L’emploi a ainsi atteint, en valeur absolue, le chiffre record de 156,6 millions, soit 10 millions de plus que son niveau d’avant la crise.

Bien sûr, tout n’est pas rose. On a souvent déploré que l’emploi américain était constitué de salariés « ubérisés » ou à temps partiel. Ce scénario sombre ne s’est toutefois pas amplifié, et on observe une tendance plutôt inverse : en dix ans, le nombre de personne auto-employées et à temps partiel a reculé d’un demi-million dans chaque catégorie, pour retomber respectivement à 8,6 millions et 26,9 millions.

Autre reproche, l’effondrement du pourcentage des Américains ayant un emploi – et donc une sortie du marché du travail de nombre d’entre eux en âge d’être employés –, passant de 64,7 % début 2000 à 58,3 % fin 2009, avant de remonter lentement pour s’établir à 60,6 %. Mais ce chiffre est en réalité sous-estimé, car il ne prend pas en compte le vieillissement de la population qui induit une hausse des retraités.

La Réserve fédérale de Saint-Louis (Missouri) publie un indice qui permet de corriger ce biais : le taux de participation à l’emploi des 25-54 ans, après avoir touché un plancher de 80,5 % en juillet 2015, est remonté à 82,3 % en avril. Il n’empêche, ce taux reste en deçà du record de 84,4 % établi à la fin du XXe siècle. Mais il s’en approche.

Ce taux d’emploi (les Etats-Unis se situent entre la France et l’Allemagne) a néanmoins un mérite : il révèle l’existence de réserves susceptibles de nourrir la croissance voire d’augmenter son potentiel. Il est à rapprocher des 6 millions d’Américains qui subissent un temps partiel pour des raisons économiques ou qui ont renoncé à chercher un emploi. En les incluant, on arrive à un taux de chômage élargi de 7,3 %, sans commune mesure avec les 17,1 % atteints en 2010, mais supérieur au plus bas de 6,8 % touché en 2000.

Les entreprises embauchent. Dans un marché où le rapport de force salariés-employeurs s’est inversé, ces derniers n’ont pas les moyens d’entonner comme en Europe le refrain de la main-d’œuvre mal formée qui permet d’ en profiter pour embaucher au meilleur coût des centaines de milliers de migrants.

Autre bonne nouvelle, la productivité décolle aussi. Pendant des années, les experts sont restés perplexes : en dépit de la numérisation de l’économie, la richesse créée par les salariés ne progressait pas. Ces temps semblent révolus : la productivité a crû de 2,4 % au premier trimestre par rapport à la même période de 2018 ; c’est le meilleur chiffre depuis 2010.

Cette évolution est importante et permet d’augmenter les salaires. Ce rebond serait favorisé par les déductions fiscales de la réforme Trump adoptée fin 2017, qui permettent d’amortir plus rapidement les investissements.

Du coup, les craintes de récession se sont estompées, avec la reprise en Chine, la crise du Brexit reportée et la fin de la hausse des taux décidée par la Fed, qui a aidé les marchés financiers à retrouver leurs records de la mi-2018.

Dernier détail d’importance : les salaires augmentent, comme nous l’avons vu, mais ce sont les plus bas qui progressent le plus, réduisant les inégalités. Comme le montrent les chiffres publiés par la Réserve fédérale d’Atlanta : en mars, les salaires annuels avaient augmenté de 3,5 % sur douze mois, (avec une inflation d’environ 1,6 %), mais ce sont les salaires du premier quartile (les 25 % les plus bas) qui ont progressé le plus : 4,4 % sur un an.

Cette tendance, engagée en 2015, s’est amplifiée récemment. « Les gains les plus récents vont à ceux qui en ont le plus besoin », se réjouit le New York Times. Le phénomène avait déjà été constaté par Jason Furman, ancien conseiller économique de Barack Obama : les salaires les plus faibles progressent plus vite que sous l’ère Clinton. Qui en est responsable : le « smic », les entreprises ou Donald Trump ?

En apparence, le salaire minimal est bloqué au niveau fédéral à 7,25 dollars (6,48 euros) depuis juillet 2009 et n’a pas été augmenté depuis, ce qui signifie une perte de pouvoir d’achat d’environ 16 %. Mais ce plancher, qui concernait il y a trente ans les deux tiers des smicards américains, n’en touche plus qu’un sur dix. En effet, vingt-neuf Etats et de nombreuses villes ont décidé de l’augmenter progressivement. Bernie Sanders, le sénateur indépendant du Vermont, s’était fixé pour objectif 15 dollars dans sa campagne présidentielle pour 2016. Ce chiffre a été atteint à New York et dépassé à Seattle (16 dollars). Selon l’Economic Policy Institute (EPI), entre 2013 et 2018, les 10 % de salariés les moins bien payés ont vu leur salaire augmenter de 13 % dans les Etats ayant relevé le « smic » contre 8 % dans ceux qui s’y sont refusés.

Toutefois, interrogée par le New York Times, l’économiste de la banque d’affaires Evercore et ancien membre du Trésor, Ernie Tedeschi, estime que plus des deux tiers de la hausse s’expliqueraient par les tensions sur le marché du travail. Les employeurs doivent augmenter les salaires pour recruter quand les nôtres préfèrent « casser les prix » en embauchant des migrants peu compétents mais dociles et peu exigeants.

Globalement, Donald Trump se prévaut évidemment de cette embellie, même si elle avait commencé un peu avant son mandat et alors qu’il a fallu attendre 2017 pour que le revenu médian retrouve son niveau de 2007, au-dessus de 60 000 dollars.

Les Afro-américains furent particulièrement touchés par la crise et ont vu leurs salaires décrocher encore plus par rapport aux Blancs. Le président Trump se vante de ce que leur chômage a touché un plus bas au cours de son mandat tandis que les chiffres du ministère du travail montrent une augmentation du salaire courant de 5,8 % sur un an. Comme quoi le « populisme » à la Trump a quand même du bon !

Que penser aussi de la situation des électeurs blancs de la « Rust Belt »(« ceinture de la rouille »), ces Etats désindustrialisés du Midwest (Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie) qui ont fait basculer l’élection en faveur de M. Trump en 2016 ? Selon les chiffres de Mark Muro, chercheur de la Brookings Institution, la croissance de l’emploi dans les comtés remportés par Donald Trump a bondi de 70 %, passant de 1,5 % sur la période 2010-2016 à 2,6 % entre la prise de fonction du nouveau président, le 20 janvier 2017, et le mois de septembre 2018. Vous pouvez imaginer pour qui ils voteront la prochaine fois…

En revanche, les territoires ayant voté Hilary Clinton sont relégués : la croissance de l’emploi n’a progressé que de 1,7 % à 2,2 %. Ainsi, M. Trump parviendrait à aider l’Amérique des rednecks (les « Petits Blancs »), en dépit des guerres commerciales. Car comme l’écrit Thomas Edsall, qui a décortiqué les chiffres de la Brookings dans le New York Times : « Pour l’emporter, Trump doit maintenir l’ennemi bien vivant dans l’esprit de ces “Américains oubliés”. Il ne peut pas leur permettre de cesser de se faire du mauvais sang. »

En tout cas, ça marche. Et Emmanuel Macron en rêve probablement chaque nuit, même si elles sont courtes.

Le 5 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Ne vous fiez surtout pas à nos médias pour juger de l’efficacité de la présidence Trump.”

  1. thizy mai 5, 2019 à 3:10 #

    a lire, les résultats sont la!!!!!!!!!!!!
    cordialement

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