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7 Mai

Entre la création d’En Marche!, en mars 2016, et décembre 2017, Emmanuel Macron et son mouvement ont reçu 15 994 076 euros de donsEt certains ont encore donné après la campagne. Jamais un candidat n’avait rassemblé autant d’argent auprès des particuliers en partant de rien  (Lire en marge de cet étonnant constat « La camarilla d’Emmanuel Macron » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/04/29/la-camarilla-demmanuel-macron/).

À première vue, cette somme réunie grâce à 99 361 dons semble accréditer l’histoire racontée par les responsables d’En Marche pendant la campagne : celle d’une mobilisation populaire autour du candidat. Pourtant, à bien y regarder, ceux que l’on a appelé les « grands donateurs » ont été déterminants. 48% de ces 16 millions d’euros ont été récoltés grâce à seulement 1 212 dons de 4 500 euros et plus. Ces gros chèques et virements ont été d’autant plus essentiels qu’ils ont longtemps représenté l’essentiel des ressources dont disposait le candidat. Or qui sont donc ces si généreux « grands donateurs » ?

Leurs noms ne figurent pas dans les fichiers de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Pas plus que ceux de LRM pour les années 2016 et 2017. Mais ces fichiers comportent certains éléments évocateurs: la date du don, le pays et la ville de résidence du donateur, le montant du don, son type (virement ou chèque). Si on croise ces informations avec celles contenues dans les Macron Leaks, on y trouve de nombreux mails de donateurs et bulletins de dons ainsi que des fichiers de contributeurs.

Quand il lance En Marche à Amiens le 6 avril 2016, Emmanuel Macron n’a que 80 000 euros dans les caisses de son mouvement. Ils proviennent de quelques dons faits par des proches. Le premier donateur de l’histoire du mouvement est le père d’Emmanuel Miquel, le secrétaire de l’association de financement de la campagne, qui signe un chèque de 7 500 euros dès le 17 mars. Quelques amis banquiers sont également mis à contribution par Christian Dargnat, l’ancien patron de la branche gestion d’actifs de la BNP, qui prend la présidence de l’association de financement du mouvement.

Mais En Marche a besoin de beaucoup plus d’argent. Or, le parti cumule deux handicaps. Il vient d’être créé, donc il n’a pas accès au financement public de l’État, et il n’a pas d’actif immobilier qui pourrait servir de garantie pour un emprunt. Le candidat n’a qu’une solution pour financer sa campagne : faire appel aux dons des particuliers.

La stratégie de l’équipe Macron est clairement décrite dans un mail de Christian Dargnat, issu des Macron Leaks, du 10 septembre 2016 : « Quand on sait que les dépenses de campagne présidentielle sont limitées à 22 millions d’euros et que nous pourrions contracter un prêt bancaire [à hauteur de 9 millions] remboursé si le candidat dépasse le seuil des 5% aux élections, il nous reste donc à ‘trouver’ 13 millions. Si l’on arrondit à 10 millions le budget à trouver, il faut donc obtenir des dons de 1 333 personnes à 7 500 euros chacune. »

Si Emmanuel Macron a reçu 1 212 dons de plus de 4 500 euros (sur un total de 99 361 dons), le nombre de donateurs qui se cachent derrière ces dons est nettement moins important, probablement aux alentours de 800 (la fourchette se resserre…ce qui donne une meilleure idée de ces donateurs ! – https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/12/06/dans-la-rubrique-dis-moi-qui-sont-tes-amis-suite/ -). Certains ont en effet donné plusieurs fois et ils ont été identifiés dans de nombreux cas par des journalistes d’investigation. La réglementation autorise en effet un particulier à donner 7 500 euros par an à un parti politique. Ce même particulier peut également donner jusqu’à 4 600 euros au candidat de son choix par élection. Il suffit donc de savoir les choisir…

Les noms des donateurs qui ont ainsi donné 7 500 euros à En Marche dès 2016, puis renouvelé leur don en 2017, et fait un troisième chèque de 4 600 euros, parfois arrondi à 4 500, à l’association de campagne du candidat sont donc connus. Certains ont également multiplié cette somme par deux au nom de leur conjoint(e), le chèque ou le virement partant du même compte commun ! Etonnez-vous, après cela, qu’Emmanuel Macron ait supprimé l’ISF.

Dans les faits, les grands donateurs étaient d’abord invités à verser une contribution au parti. Ensuite, ceux qui avaient atteint le maximum pouvaient compléter leur soutien en donnant à l’association de campagne. Un million d’euro a ainsi atterri sur le compte du candidat sous la forme de 251 dons, quasiment tous au plafond de 4 600 euros. Les fichiers de dons fournis par la Commission des comptes de campagne sont anonymisés, mais suffisamment précis pour faire certains recoupements.

On observe par exemple qu’un don de 4 600 euros arrive de Tirana, en Albanie (sic), le 25 janvier 2017. Le même jour, un autre don de 7 500 euros atterrit sur le compte d’En Marche depuis… Tirana. Six jours plus tard, un couple de Zurich (Suisse) fait deux virements de 4 600 euros sur le compte de la campagne, au moment même où le parti reçoit un virement de 15 000 euros partis d’un compte commun de Zurich. Ce couple vient donc de donner 24 200 euros. Et il n’est pas le seul à l’avoir fait. Les enquêteurs ont même retrouvé la trace d’un virement unique de 24 200 euros (correspondant à 2 × 7 500 + 2 × 4 600 pour un couple) qu’En Marche a dû rembourser pour cause de dépassement du plafond. Quelques jours plus tard, son émetteur, habitant à Tahiti, faisait cette-fois deux virements distincts au parti et à l’association de campagne pour le même total. On croit rêver. Mais imagine-t-on un seul instant que cette générosité soit gratuite ?

Pour parvenir à ce montant de 16 millions d’euros, l’équipe de campagne a « optimisé » la réglementation en matière de financement électoral. Certains de ses membres avaient bien conscience de contourner la volonté initiale du législateur sur le financement des campagnes politiques. Ainsi, le 23 janvier 2017, Julien Denormandie écrit : « On en a déjà discuté avec CO [Cédric O, le trésorier], mais je voudrais double checker le fait que notre politique visant à solliciter les dons sans faire la distinction entre mouvement et campagne ne pose pas de problème. Je dis cela car l’esprit de la loi est bien de limiter le montant des contributions au titre de la campagne. »

La stratégie d’En Marche a fait sourciller (mais seulement sourciller) la Commission des comptes de campagne qui s’est opposée à ce que le parti paie directement les dépenses de la campagne d’Emmanuel Macron. L’équipe a réglé le problème en effectuant des virements vers l’association de campagne qui a ensuite payé les factures. Une opération sans conséquence qui avait le mérite de préserver les apparences. Orienter les dons prioritairement vers En Marche présentait l’avantage de pouvoir recevoir des sommes importantes avec un plafond à 7 500 euros au lieu de 4 600 pour l’association de campagne. Une stratégie assumée dans la réponse d’Emmanuel Miquel, le trésorier de la campagne, à Julien Denormandie : « On cherche d’abord à saturer le don au mouvement [à 7 500 euros], avant d’ensuite saturer celle du candidat [à 4 600 euros]. » Au moins, c’est clair.

L’analyse des données fournies par la CNCCFP permet de comprendre où les équipes d’Emmanuel Macron ont concentré leurs efforts. Premier constat : En Marche a fait un carton à Paris. 6,3 millions d’euros ont été donnés au candidat par un peu plus de 15 000 habitants de la capitale. C’est quasiment la moitié des fonds collectés en France, alors que Paris intra-muros ne représente qu’un peu plus de 3% de la population française.

Cette proportion s’explique par la concentration de grands donateurs, installés dans les arrondissements chics du centre et de l’ouest de la capitale, mais aussi, dans une moindre mesure, par une belle récolte de petits dons auprès des Parisiens qui ont largement voté pour Emmanuel Macron avec 35% dès le premier tour et presque 90% au deuxième. À titre de comparaison, le candidat a recueilli 240 000 euros de dons en provenance de Lyon, 35 000 à Bordeaux et 32 000 à Lille. Et ce sont les mêmes qui ne craignent pas de se contredire en soutenant la maire de Paris, Anne Hidalgo. Amusant, non ?

Emmanuel Macron a aussi pu compter sur de généreux donateurs hors de France. Il a reçu 2,4 millions d’euros de dons de l’étranger, soit 15% de sa collecte totale. 1,8 millions émanent de donateurs aisés avec 264 dons supérieurs à 4 000 euros. Sans surprise, le Royaume-Uni arrive en tête des pays donateurs (Emmanuel Macron, encore ministre de l’Économie avait rencontré, en marge de deux voyages officiels, de riches Français installés à la City pour solliciter des dons pour son tout jeune parti). Emmanuel Macron a d’ailleurs effectué au moins quatre voyages à Londres pour y lever des fonds. Avec succès (le don moyen y est de 1 000 euros), mais le socle de grands donateurs du candidat est bien resté en France : à eux seuls, trois arrondissements parisiens (6e, 7e et 16e) ont donné plus que tous les donateurs installés à l’étranger.

Le 18 novembre 2016, alors que le profil de ses donateurs commençait à faire polémique, Emmanuel Macron affirmait : « Il y a plus de 10 000 donateurs, une très grande majorité ce sont de petits dons autour de 40, 50 euros et il y a 5% des dons qui dépassent 1 000 euros. » Pendant des mois, la communication du candidat va viser à installer l’idée d’une campagne financée par le grand public. EN RÉALITÉ (et comme il nous y a habitué depuis) C’EST UN MENSONGE ! L’équipe de campagne évitera toujours soigneusement de dévoiler deux données : le don moyen pour lui préférer le don médian qui ne donne pas d’indication sur les gros dons et la part des grands donateurs dans le total de la collecte.

Ainsi, si les chiffres qu’il énonce en novembre 2016 sont globalement vrais, Emmanuel Macron en oublie un : à cette date, sur les 3,6 millions d’euros qu’il a levé, les deux tiers (2,2 millions) lui ont été donnés par 300 personnes. Dans les premiers mois de la campagne, le candidat est totalement dépendant de généreux contributeurs : banquiers d’affaires, gestionnaires de fonds, avocats, entrepreneurs du web… S’ils n’avaient pas sorti leur chéquier, jamais sa campagne n’aurait pu débuter. La mobilisation du grand public ne va devenir plus significative que vers le mois de février 2017.

Par la suite, l’équipe de campagne va quasi-systématiquement minorer les chiffres réels de la collecte. Dans un article du JDD de février 2017, elle affirme par exemple avoir levé 5,1 millions d’euros et parle de 150 personnes ayant donné 7 500 euros. En recalculant les dons effectivement encaissés à cette date à partir des fichiers de la CNCCFP, on s’aperçoit qu’en réalité, la collecte totale était de 7,2 millions d’euros et que 362 personnes avaient fait des chèques de 7 500 euros, soit plus du double admis par l’équipe de campagne.

La polémique avait enflé quand, quelques jours plus tard, le magazine Paris Match affirmait à tort qu’il avait récolté plus de 12 millions d’euros lors d’un voyage à Londres. Interpellé à l’Assemblée nationale par le député LR Georges Fenech, Manuel Valls avait expliqué que son ministre n’avait pas profité de son voyage pour collecter des fonds. En mai 2017, le magazine « Pièces à conviction » sur France 3 avait enquêté sur les coulisses de cette réunion à Londres.

En 2017, le seul à avoir adopté une stratégie (un peu) comparable à celle d’Emmanuel Macron était Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de La France insoumise ne pouvait pas s’appuyer sur un parti bénéficiant d’un fort financement public. Il a donc lui aussi sollicité les dons. Il a ainsi récolté 2,8 millions d’euros. Même en y ajoutant les dons perçus par le Parti de gauche en 2016 et 2017 et La France insoumise en 2017, pour tenter de trouver un périmètre comparable à Emmanuel Macron, son potentiel financier atteint 4,5 millions, soit quatre fois moins que le candidat d’En Marche. Les comptes détaillés du candidat Mélenchon ne sont pas encore disponibles auprès de la CNCCFP, mais si on regarde le fichier des donateurs 2017 du Parti de Gauche, on y trouve un don de 7 020 euros et une petite cinquantaine de contributions supérieures à 1 000 euros. Le potentiel financier des donateurs ne semble pas être le même.

François Fillon n’avait lui, a priori, pas besoin de faire appel aux dons. Le candidat pouvait notamment compter sur un magot de 10 millions d’euros provenant des bénéfices réalisés lors de la primaire de la droite et du centre. Les 9,6 millions d’électeurs qui s’étaient déplacés sur les deux tours avaient tous versé 2 euros de participation. Néanmoins, François Fillon a collecté des fonds via son parti Force Républicaine. Il a ainsi récupéré 1,4 million d’euros en 2017, mais « seulement » 61 dons supérieurs à 4 500 euros. Très loin des 1 212 reçus par Emmanuel Macron.

Quand à Benoît Hamon et Marine Le Pen, ils n’ont quasiment pas sollicité les dons. Le premier pouvait compter sur la cagnotte du PS, qui bénéficiait encore à cette époque d’un important financement public. La seconde s’est financée grâce à un prêt accordé par Cotelec, le micro-parti de son père.

Dans l’histoire des élections présidentielles, seul Nicolas Sarkozy avait réalisé une performance comparable à celle d’Emmanuel Macron en 2017. Le candidat UMP avait reçu 7 millions de dons via son association de campagne et son parti avait récolté 8,9 millions.

Quoi qu’il en soit aujourd’hui LRM n’a plus à craindre pour ses fins de mois vu que le mouvement, grâce à son score aux législatives, touche dorénavant 22 millions d’euros par an de financement public.

Notre système politique et son mode de financement sont vraiment pourris. Etonnez-vous avec cela de la violence de certains « Gilets jaunes« …

Le 7 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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