Mali : l’opération militaire Barkhane ne peut plus réussir.

7 Mai
Nous avions soutenu, lors de son engagement par François Hollande en 2013, l’opération Serval de nos forces armées au Mali, contre les velléités terroristes islamiques. L’objectif était non seulement louable mais nécessaire. Le Mali fut sauvé…provisoirement.

Mais, au fil du temps, la France restant seule à se battre contre des islamistes de plus en plus nombreux (car déplacés du Proche-Orient puis de la Libye ) et l’Etat malien restant inexistant, la situation sécuritaire sur le terrain s’aggrave de jour en jour. Et tout ça pour les beaux yeux, même pas reconnaissants, de peuplades négro-musulmanes incapables de s’organiser et de se défendre. D’ailleurs, le veulent-elles seulement ?

Ainsi naquit une nouvelle opération militaire française, renommée Barkhane, qui veille désormais sur un territoire bien plus grand que notre propre pays (lui-même livré aux trafics et autres violences de communautés arabo-négro-musulmanes de plus en plus agressives, sans être protégé comme il devrait l’être), aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

Ainsi, depuis janvier 2019, les soldats français tentent d’enrayer une menace djihadiste qui se propage dans le Gourma, un territoire du nord malien abandonné par l’Etat.

Pour rassurer les populations et déloger les groupes armés, la force française Barkhane s’est engagée depuis janvier sur ce nouveau secteur d’opération. « Une ouverture de théâtre… une Terra incognita », résume le colonel Jean-François Calvez, qui commande certaines des opérations au nord et compte plus de 600 hommes sous ses ordres. Ce 23 avril, il lance une nouvelle opération. Soixante-dix hommes engagés pour quatre jours autour de Ouinerden et de Gossi avec pour objectif de mieux maîtriser cette zone stratégique pour les groupes djihadistes engagés au Sahel.Pour la plus grande opération militaire extérieure française, il s’agit avant tout de combler le vide. « Ici iI n’y a pas de paix. Ni de Mali. Où est l’Etat ? », s’exclame Abdul Salam Ag Hati en se dirigeant vers ce qui fut la sous-préfecture de Ouinerden. « Les représentants de l’Etat ont peur de venir. Ils sont trop menacés », ajoute le vieil homme, en entrant dans le bâtiment, lui aussi abandonné. Il y a an, le sous-préfet de Ouinerden a été assassiné. Les autorités locales ont déserté, effrayées par cette menace confuse, entre terrorisme et banditisme.

Région du Gourma

Depuis cinq ans, Barkhane tente de contenir la menace terroriste au Sahel, qui s’est propagée du nord vers le centre du pays et le Burkina Faso. Entre le Nord du Mali et ces régions, le Gourma est devenu un passage quasiment obligé pour les groupes armés, et même l’un de leurs points de refuge privilégiés au Sahel. Cette zone vaste comme l’Europe est aspirée par la violence. Un mélange de banditisme et de terrorisme fait d’enlèvements et d’assassinats (où les représentants de l’Etat sont les premiers visés), mais aussi d’attaques de villages et de convois. Entre novembre 2018 et mars 2019, 4 700 personnes y ont été tuées dans plus de 1 200 incidents, selon l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled). Une hausse de 46 % par rapport à la même période, l’année précédente. Le Gourma n’a pas échappé à la règle.

Paradoxalement, les heurts y sont plus meurtriers depuis que la hache de guerre a été officiellement enterrée, en 2015, entre Bamako et les groupes rebelles. Curieux, non ? L’ONG Acled y a ainsi comptabilisé près de 200 morts entre 2016 et 2019. Pis, dans tout le Mali, les seuls conflits locaux de 2018 auront quasiment fait autant de victimes que les trois années de guerre : 1 800 morts entre 2012 et 2014, contre 1 754 en 2018.

Dans le Gourma, l’ennemi a plusieurs visages. Les katibas affiliées à l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS) et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GISM) sont actives sur le terrain.

Ce 23 avril, la vingtaine de véhicules blindés du colonel Calvez vient de quitter le camp de Gossi. A l’intérieur des engins, les soldats sont fatigués par la chaleur de la saison chaude et l’attente qui rythme leur quotidien. Par les hublots, pas grand-chose d’autre à voir que quelques épineux qui défilent, épars, au fil des kilomètres de plaine sableuse. Car, au Mali, non seulement il n’y a personne aux manettes mais il n’y a rien non plus. Car

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/25/le-mali-nexiste-pas/

Début avril, la première opération de grande ampleur de Barkhane dans cette zone, baptisée « Bourgou », avait permis de neutraliser une trentaine de terroristes et de démanteler l’une de leurs bases logistiques. « On a mis un bon coup de pied dans la fourmilière, mais il ne faut pas s’en contenter. Il ne faut pas créer du vide », explique l’un des responsables de la nouvelle opération.

Le temps des combats directs de Serval , l’opération française qui a précédé « Barkhane » entre 2013 et 2014, semble bien loin. Désormais, l’ennemi se terre, interdisant la relâche ou la décompression.

« C’est un conflit lâche », estime le caporal Kevin, en lançant une patrouille sur le marché de Ouinerden. « Je m’attendais à un peu plus de contacts avec les groupes terroristes, mais ils ne veulent pas nous affronter directement, parce qu’ils savent qu’on a plus de moyens qu’eux », explique-t-il. « RAS. La population est plutôt favorable à notre présence », grésille la radio du blindé pendant qu’autour du marché les contrôles de motos s’enchaînent. Difficile de différencier le suspect du simple passant. D’autant que « celui qui te sourit aujourd’hui peut être celui qui t’attaquera demain », glisse un des militaires.

Dans ce contexte de guérilla, où l’ennemi, invisible, préfère la pose d’engins explosifs improvisés à l’affrontement direct, Barkhane mise sur le contact et l’aide aux populations pour stabiliser la zone et se faire accepter.

Tandis que les forces spéciales continuent de porter des coups aux groupes armés, les forces conventionnelles, elles, mettent désormais en avant ces actions « sociales« . « Le volet civilo-militaire de “Barkhane” est important. C’est l’absence de projets qui encourage les affrontements ethniques, favorise le banditisme et grossit les rangs des terroristes », explique l’adjudant Pierre, l’un des chefs d’équipe des actions civilo-militaires (Cimic) de Barkhane, en regardant la mosquée de Gossi.

Mais est-ce à la France de se substituer aux autorités maliennes sur le plan social ?

Car, ne l’oublions pas, ces prétendus pays ont exigés d’être indépendants et ils le sont désormais.

Dans cette commune de Gossi, chef lieu du Gourma, à une trentaine de kilomètres au sud de Ouinerden, la réhabilitation de la mosquée et de son école coranique est l’un des trois projets menés par Barkhane . Une initiative qui a remporté l’assentiment de l’imam, « content que Barkhane soit là, parce qu’avant, les terroristes avaient le pouvoir, ici », et heureux de trouver en l’adjudant Pierre un interlocuteur qui entende sa liste de doléances.

Mais est-ce à la France de réhabiliter la mosquée et l’école coranique de Gossi, sous le feu des terroristes islamiques ?

Pour mieux former aujourd’hui nos ennemis de demain ?

Ces derniers mois, la force française a renforcé le volet développement de son action. En 2018, près de 70 projets Cimic ont été menés. Mais cette approche est parfois critiquée par les observateurs et les humanitaires. « Quand “Barkhane” construit un puits, c’est la légitimité de la France qui se trouve renforcée, pas l’Etat malien. Que les communautés locales soient contentes de la France, c’est sans doute bien pour “Barkhane”, mais ce n’est pas la solution. A long terme, il faut faire en sorte que les populations soient satisfaites de l’Etat malien. Il faut lui donner les moyens pour qu’il mène lui-même ces projets », estime Ibrahim Yahaya, analyste principal de l’International Crisis Group au Sahel.

Encore faudrait-il que l’Etat malien existe.

Et que l’administration réinvestisse le lieu… Depuis son refuge de Bamako, la capitale malienne, Walid Ag Mohamed rêve de rentrer, certes, mais « pas tant qu’il n’y a pas de sécurité. Notre vie est là-bas, mais le danger y est trop grand. Tout ce qui est lié à l’Etat reste sous la menace permanence des bandits. » Le 22 avril, ce représentant de l’Etat à Gossi a été victime d’une tentative d’assassinat en plein centre-ville, dans des conditions qui en disent long sur l’insécurité des lieux et la complexité de la mission des militaires français.

Reste à comprendre « comment des hommes armés à moto peuvent entrer en plein centre-ville alors qu’il y a une interdiction de circuler en deux-roues depuis des mois et que les camps de Barkhane, des Forces armées maliennes (Famas) et de la gendarmerie sont à quelques kilomètres », ne peut s’empêcher de se demander Sidi Cissé un autre représentant de l’Etat dans le Gourma, qui a dû fuir lui aussi pour garder la vie sauve.

A ses côtés, M. Ag Mohamed, qui a échappé à la mort, raconte : « Les bandits sont revenus après l’attaque. Ils ont volé mes 240 têtes de bétail ! » « A part Dieu et ma vie, je n’ai plus rien », se désole-t-il, avant de s’énerver : « Personne n’a rien fait, encore une fois. “Barkhane” sécurise son camp, les Famas sécurisent le leur. Mais les représentants de l’Etat, eux, restent livrés à eux-mêmes. Nous pensions que l’arrivée des Français allait faire fuir les bandits, mais ça n’a rien changé. On est même plus exposés que l’an dernier. »

Pour les deux fonctionnaires en fuite, cette tentative d’attaque, comme celle qui, quelques jours plus tard, a visé un douanier de Gossi, serait un « défi » des groupes armés de la région lancé aux Français et à leurs alliés. Une façon de vouloir « montrer que leur présence ne signifie rien et que la paix n’avancera pas ».

Quelques semaines avant que M. Ag Mohamed frôle la mort, il avait participé à une grande rencontre pour la paix entre les communautés, organisée à Gossi par un groupe armé à dominance touareg, le Groupe d’autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia). Un représentant de « Barkhane », qui a collaboré avec ce groupe dans la région de Ménaka, a d’ailleurs été aperçu à la rencontre.

Mais ce genre d’échange n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de violences. « Quand les gens s’unissent pour parler le même langage, cela dérange les terroristes. Ils ne veulent pas que la paix avance. Quand ils voient quelqu’un se rapprocher du Gatia ou de la France, il devient un ennemi à tuer », analyse Amara Ag Hamdouna. Le chargé de communication du Gatia se dit « 100 % pessimiste » pour l’avenir de son pays et du Gourma : « C’est la guérilla, cela désorganise tout le monde. Il n’y aura pas de paix. Ici les gens ne cherchent plus à vivre, juste à survivre. Dès que “Barkhane” partira, ça va reprendre, comme à Ménaka. Et on est en alerte maximum, là-bas. »

Théâtre d’opérations majeur de Barkhane en 2018, la zone de Ménaka, située à 500 km à l’est de Gossi, est en effet bien loin d’être pacifiée. Depuis le début de l’année, 178 personnes y ont même été tuées dans plus d’une trentaine d’attaques, selon Acled. Un nombre bien supérieur à celui enregistré par l’ONG il y a deux ans.

« Au moment où “Barkhane” enchaînait les opérations, les djihadistes sont partis ou se sont cachés. Mais, ces dernières semaines, depuis que “Barkhane” a réduit l’activité, ils reprennent le dessus », souligne M. Yahaya, craignant qu’un tel scénario ne se répète dans le Gourma. Au Sahel, la France dispose d’un effectif fixe de 4 500 hommes pour lutter contre une menace qui s’étend.

« La France s’enlise au Sahel, car la guerre s’y étend. “Barkhane” ne pourra pas s’étendre indéfiniment », souligne le chercheur.

« Ce que je crains, c’est que les Français reproduisent ce que les Américains ont fait en Afghanistan : qu’ils se rendent compte qu’ils se sont engagés dans une guerre qu’ils ne peuvent pas gagner et finissent par dire aux Etats sahéliens de se débrouiller. Pour que la présence de “Barkhane” ait un sens, il faudrait que les autorités maliennes engagent en parallèle un processus politique. Le but ultime de toutes ces actions doit être une sortie de crise, et je ne pense pas que cela arrivera sans un dialogue avec les djihadistes. »

Sur le terrain, les militaires français sont plus happés par le quotidien que par les analyses au long cours. Pourtant, certains confient leur pessimisme sur l’évolution de cette intervention où quinze des leurs ont perdu la vie depuis le début de « Barkhane ».

De retour d’opération, au camp de Gao, l’un d’entre eux schématise à voix basse ce conflit vicieux, sans front ni frontières : « Quand on tue un chef terroriste, les katibas en recrutent trois. Les têtes repoussent. » L’espoir de jours meilleurs semble encore loin, cinq ans après le déploiement de Barkhane dans la poudrière sahélienne. C’est l’hydre de Lerne.

Héracles attaquant l’hydre de Lerne

Il n’y a qu’une alternative. Il faut partir ou mettre des moyens…que nous n’avons pas.

Le 7 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Mali : l’opération militaire Barkhane ne peut plus réussir.”

  1. Paul-Emic mai 7, 2019 à 8:53 #

    La colonisation de l’Afrique, en particulier de l’Afrique noire, a été une faute dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences jusqu’au retour du courage en politique qui nous permettra de nommer un chat, un chat.

    • conseilesperanceduroi mai 7, 2019 à 9:43 #

      Bien d’accord avec vous sur la bêtise de la colonisation. C’est bien pourquoi il faut, d’urgence, couper radicalement et définitivement tous ces aliénants cordons ombilicaux.

      • Paul-Emic mai 7, 2019 à 12:04 #

        jusqu’à l’immigration et c’est là que l’on reparle du courage !

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