Face aux multiples départs de feu islamistes en Afrique, la France manque de Canadairs anti-terroristes…

15 Mai

C’est une guerre dans laquelle la France s’est généreusement et efficacement lancée en janvier 2013 mais où ne se dessine encore aucun horizon de sortie. Une victoire éclair pour chasser les djihadistes du nord du Mali, suivie d’une opération militaire qui « ne s’arrêtera que le jour où il n’y aura plus de terroristes islamistes dans la région », selon l’engagement pris par Emmanuel Macron en mai 2017 à Gao, aussitôt après son élection. Un voeu pieux car il sous entend sans l’avoir compris que l’islam aura un jour abandonné son projet conquérant du monde.

Deux ans après cette déclaration et plus de six après le déclenchement de l’intervention au Mali, transformée en août 2014 en une vaste opération antiterroriste régionale, le Sahel et le Sahara demeurent une priorité stratégique de Paris, tout en étant, dans les faits, des menaces encore lointaines. Vingt-quatre soldats des opérations « Serval », « Barkhane » et « Sabre » (forces spéciales) y ont été tués ; des attaques y ont visé des ressortissants et des intérêts français ; mais à la différence de celles du Moyen-Orient, les formations qui y sont combattues par Paris n’ont à ce jour revendiqué aucun attentat dans l’Hexagone et leur lutte n’a attiré quasiment aucun candidat français au djihad. POUR LE MOMENT.

Sur le terrain, le conflit a changé de dimension. Il s’est répandu loin de ses bases du nord du Mali pour descendre vers le sud et même l’ouest. Il a débordé au Niger et plus encore au Burkina Faso. Les mouvements affiliés à Al Qaida ou à l’Etat islamique ont su instrumentaliser de vieilles rivalités intercommunautaires et des récriminations légitimes contre des élites locales, issues de la colonisation, et des Etats qui oscillent entre absence et prédation.

Les violences se font plus meurtrières. Selon le décompte de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project, 4 776 personnes ont été tuées au Sahel entre le 1er novembre 2018 et le 23 mars 2019. Sur un an, le nombre de morts liées à des attaques directes contre des civils a augmenté de 7 028 % au Burkina Faso, de 500 % au Niger et de plus de 300 % au Mali. Les djihadistes laissent désormais planer une menace constante sur les Etats côtiers d’Afrique de l’Ouest.

Côté français, l’opération « Barkhane » s’est réorientée géographiquement, mais ses buts de guerre ont peu varié. « Le volet lutte antiterroriste reste présent, car la menace n’est pas encore contenue, explique une source officielle. Les katibas djihadistes sont dans une stratégie de diffusion de la menace au centre du Mali, au Burkina Faso et même au Bénin, au Togo et au Ghana. »

L’enlèvement de deux touristes français dans le nord du Bénin en est une cruelle démonstration. La « multiplication des incendies » a pour objectif, selon une source compétente, de provoquer « l’overstretch » des 4 500 soldats français déjà déployés sur cinq pays (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) : un étirement jusqu’à la rupture propre aux empires s’étant étendus au-delà de leur capacité de contrôle. La campagne de Russie de Napoléon Ier devrait nous servir de leçon. Et, si l’Empire romain l’avait compris, il mourut, lui, d’avoir cru bon de se confier à la sauvegarde des barbares ! (http://familleegger.blogspot.com/2012/03/rome-et-le-recrutement-de-mercenaires.html).

C’est la raison pour laquelle nous écrivions ceci, il y a peu: « L’opération Barkhane ne peut plus réussir » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/05/07/mali-loperation-militaire-barkhane-ne-peut-plus-reussir/).

Depuis le début d’année, l’armée française a commencé à élargir sa zone d’action au sud du fleuve Niger, dans la région malienne du Gourma, sans pour autant prendre pied dans celle de Mopti, au centre du pays. Cette dernière est devenue depuis 2015 le brasier le plus incandescent du Sahel, comme l’a rappelé le massacre « planifié, organisé et coordonné », selon les Nations unies, d’au moins 157 membres de la communauté peule à Ogossagou, le 23 mars. Le pouvoir à Bamako s’est jusqu’ici fait un point d’honneur d’y gérer seul la situation.Un échec de plus ! 

« Le rôle de “Barkhane” est d’aller casser la hiérarchie des groupes terroristes, pas d’assurer la sécurité au quotidien. L’objectif, c’est que l’Etat malien revienne et se comporte bien pour que cette crise d’abandon d’une région ne se transforme pas en une sécession djihadiste », dit-on à Paris pour signifier que « la réponse n’est pas dans l’accroissement du nombre de soldats français ». Pour cela, il faudrait que l’Etat malien existe au lieu que ses habitants traversent sans discontinuer la Méditerranée et viennent s’échouer dans les camps et les bidonvilles de nos cités européennes (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/25/le-mali-nexiste-pas/).

Reste que certaines orientations stratégiques interrogent. Dans la région malienne de Menaka, en 2018, « Barkhane » a mené des opérations aux côtés de milices communautaires, le Mouvement pour le salut de l’Azawad et le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés. « Nous sommes sur une ligne de crête permanente entre la lutte antiterroriste et le risque d’être instrumentalisés dans des conflits intercommunautaires, mais nous ne sommes pas tombés dans ce piège », se défend-on côté français. « Ces milices ont prospéré sur l’incapacité des forces nationales et internationales à garantir la sécurité des populations, reconnaissent les chercheurs Baba Dakono et Ibrahim Maïga, de l’Institut d’études de sécurité, à Bamako. Mais leur utilisation dans le cadre de la lutte antiterroriste a eu un impact doublement négatif. D’une part, cela a donné l’impression que l’armée et donc le pouvoir les soutiennent. D’autre part, ces groupes en ont tiré une forme de légitimation. » Or elles ne sont pas les dernières à pratiquer d’innombrables exactions et autres trafics criminels…

Plus critique encore, le général Bruno Clément-Bollée considère qu’« une incompréhension » s’est établie entre la France et les pouvoirs locaux. « Nous continuons de nous focaliser sur l’action antiterroriste, alors que les Maliens ou les Burkinabés poursuivent une quête d’unité nationale. Ces deux buts de guerre ne sont pas compatibles et nos alliances avec des groupes armés risquent de nous mener à des accusations de complicité de crimes du même ordre que celles au Rwanda », dit l’ancien directeur de la coopération de sécurité et de défense au ministère des affaires étrangères. Ce qui est piqué au coin du bon sens.

Une source française analyse ainsi l’enlisement des soldats français : « Les réponses ne sont plus adaptées. Aujourd’hui, ce n’est plus de l’antiterrorisme mais de la contre-insurrection que l’on doit mener. Celle-ci implique un retour de juges, de policiers, d’infirmiers et d’enseignants sur le terrain, que les Etats ne sont pas en mesure d’assumer. Aujourd’hui, le vœu pieu des diplomates et des militaires n’est pas de rentabiliser notre action, mais…de ‘se casser’. »

Le piège africain est en train de se refermer sur les belles idées et les non moins belles actions de notre pays. Comme au bon vieux temps…

Le 15 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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