La politique du chien crevé au fil de l’eau d’Emmanuel Macron.

16 Mai

Après la publication des plans de soutien au pouvoir d’achat qui vont représenter près de 18 milliards d’euros, Emmanuel Macron et son gouvernement  se rendent bien compte qu‘ils ne pourront jamais revenir à leurs objectifs de réduction du déficit budgétaire. A Bercy, on cherche en vain les niches fiscales que l’on pourrait fermer mais on s’aperçoit qu’elles sont incontournables pour l’essentiel, parce que l’abandon de ces niches reviendrait purement et simplement à augmenter la pression fiscale. C’est d’ailleurs ce qui apparaît, en filigrane, dans le dernier document publié par la Cour des comptes (https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/une-niche-fiscale-sur-trois-nest-pas-chiffree-dans-le-budget-de-letat-1019352).

Du côté de la fonction publique, personne ne croit véritablement à la possibilité de réduire de 120 000 les effectifs d’ici la fin du quinquennat sans rallumer la colère de certains groupes sociaux.

En clair, le gouvernement ne va donc pas officiellement abandonner l’objectif de revenir à l’équilibre budgétaire, il va même jurer le contraire. Mais il va surtout insister sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles, chères à Bruxelles. Emmanuel Macron tentera là de revenir à la première mouture de la stratégie économique qu’il avait développée pendant la campagne électorale, à savoir que la priorité des priorités est de remettre l’entreprise France en état de marche et de compétitivité mondiale.

En arrivant à l’Elysée, il avait certes cédé aux codes européens en promettant à Bruxelles de consentir un effort pour revenir dans les clous de Maastricht, mais il est évident aujourd’hui qu’après le mouvement des gilets jaunes, il a dû virer de bord pour calmer la fronde en organisant un reflux apparent de la pression fiscale. Ce qui est intéressant, c’est que l’environnement économique, monétaire et politique va lui permettre de faire cette entorse à l’orthodoxie, à la seule condition qu’il poursuive et accentue son projet de rénover le système français en profondeur.

D’ailleurs, pendant qu’il distribuait du pouvoir d’achat aux gilets jaunes et aux retraités, il a poursuivi les chantiers de réformes : les retraites, l’éducation, le chômage, l’assurance maladie, la santé, l’aménagement du territoire, la transition écologique, etc….sous couvert d’un prétendu « Grand débat national » dont nous savons qu’il a, finalement, accouché d’uns souris (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/04/17/la-reponse-differee-demmanuel-macron-au-grand-debat/).

Voici en réalité le contexte.

1er point : Bruxelles ayant été informé du probable changement d’objectif budgétaire, la Commission a enregistré, mais n’a fait aucune critique ou commentaire, sans doute parce qu’elle considère désormais que les réformes de structures sont plus importantes que l’équilibre comptable.

2e point : la BCE a fait savoir qu’elle allait maintenir, encore plusieurs mois, sa politique de taux d’intérêt très bas, ce qui facilite le financement des déficits publics, lequel peut être considéré comme un investissement s’il permet de mener à bien les fameuses réformes de structures. Le fameux « ENDETTEZ-VOUS, RENDETTEZ-VOUS !…« 

3e point : l‘Allemagne est sans doute en train de changer de modèle pour adopter progressivement une politique économique moins orientée par la compétitivité extérieure et l’obsession de constituer des excédents pour se consacrer davantage à ses propres investissements publics et à son pouvoir d’achat interne.

4e point : la guerre commerciale entre la Chine et les USA menace, par les effets induits l‘Europe qui se retrouve coincée. L’Europe va donc avoir besoin de renforcer son potentiel industriel et sa compétitivité. C’est plus urgent que de réduire ses dépenses publiques. Ou comment la France a réussi à contaminé l’Europe avec son virus de l’inflation des dépenses publiques…

5e point : le monde syndical français est en train de changer aussi. Pour regagner des adhérents perdus dans une défense étroite et immédiate des intérêts corporatistes, ils sont en train de se réorienter vers une stratégie du compromis, à l’image de ce que fait avec succès la CFDT ; et le compromis se noue d’autant plus facilement qu’on se situe sur le long terme.

6ème point : la généralisation des mouvements populistes partout en Occident prouvent bien que certaines catégories sociales déclassées ont besoin de respirer (d’où les dépenses sociales), mais à terme, elles ont aussi besoin de s’adapter à la mondialisation qu’on leur impose, d’où la nécessité des réformes de structures.

Voilà donc le chemin emprunté par Emmanuel Macron. Mais c’est un chemin pavé, à la fois, de mauvaises intentions (puisqu’il s’agit, au bout du compte, de favoriser envers et contre tout le mondialisme et son corollaire, les ploutocraties cosmopolites) et de gros risques. Ceux-ci sont au nombre de trois :

Le premier serait que les réformes de structures en question ne génèrent pas de résultats tangibles. Moyennant quoi, les « Gilets jaunes » et autres mouvements de révolte ne manqueront pas de se réveiller.

Le second risque serait que, finalement, l’Europe n’accompagne pas le mouvement et se mette en travers de cette évolution. Un éclatement de l’UE couterait évidemment plus cher que l’union, par la faute des utopistes. Les Anglais qui font leurs comptes ont compris cette évidence.

Le troisième risque est évidemment le déclenchement d’une crise financière internationale par le défaut d’une grande banque ou d’un Etat. Ce qui nous pend au nez chaque jour davantage. Ce jour-là, les taux d’intérêt s’enflammeront, le marché interbancaire se bloquera (comme en septembre 2008) et les banques centrales seront incapables de rattraper les systèmes, faute de moyens. En 2008 et 2009, les Etats ont pu s’endetter, les banquiers centraux (garantis par les Etats) ont fait le maximum et…les citoyens ont payé ! Mais, aujourd’hui, les lignes de crédit sont épuisées et les citoyens refusent de cracher une fois de plus au bassinet.

Résultat :

 

Le 16 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “La politique du chien crevé au fil de l’eau d’Emmanuel Macron.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 16, 2019 à 11:47 #

    UNE MANIERE D’ EXAMEN : SOUS LE VOILE DE LA VERTU

    – L’orgueilleux juge que les honneurs lui sont dus.

    – L’avare pense qu’il y a de la prudence à amasser de l’argent.

    – Le coléreux s’imagine que son désir de vengeance est légitime.

    – L’envieux se persuade que les biens des autres sont dus plutôt à lui qu’à eux.

    – Celui qui est esclave de son ventre et de ses plaisirs, prétend qu’il pourvoit à sa santé.

    – Le paresseux, en cherchant le repos et fuyant le travail, se persuade la même chose.

    C’est pareil en politique…

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