A une semaine des élections européenne, les paradoxes des électeurs de l’UE.

20 Mai

Imaginez-vous qu’en dépit de crises à répétition, de scandales insupportables en matière de protection alimentaire et sanitaire, d’une incapacité absolue à faire face à la plus grave crise migratoire de tous les temps, de la tyrannie exercée par des oligarques jamais élus mais prétendument détenteur du savoir et des conditions de leur bonheur, deux tiers des Européens garderaient une image positive de l’Union européenne, et s’y disent même attachés. Et pourtant, à quelques jours seulement des élections européennes, le moral des citoyens des principaux pays de l’UE est en berne au sujet de l’avenir du continent. C’est en tout cas ce que voudrait nous faire accepter la seconde vague, dévoilée jeudi 16 mai, d’un vaste sondage réalisé par l’institut britannique YouGov pour le compte du European Council on Foreign Relations (ECFR).

Dans ce constat paradoxal il apparaît ainsi que les deux tiers des quelque 50 000 personnes interrogées dans quatorze pays – lesquels représentent 80 % des sièges du Parlement de Strasbourg – n’excluent pas l’éventualité d’un démantèlement de l’UE d’ici dix ou vingt ans ; 58 % des Français jugent même cette hypothèse « très probable » ou « assez probable » ; un sentiment partagé par une petite majorité des sondés en Allemagne. Aurions-nous eu (comme souvent) raison avant tout le monde ?

Signe de leur attachement persistant au projet européen ? Tenez-vous bien, en cas d’écroulement de l’édifice communautaire, les personnes interrogées redoutent une série de reculs sur le plan de la liberté de circulation, des échanges, du commerce, ou de la protection des droits humains, de l’Etat de droit ou de l’influence des Européens face aux Etats-Unis et à la Chine. Autant dire…quelques broutilles et beaucoup de billevesées !

Mark Leonard, le directeur de l’ECFR, pointe d’ailleurs une forme de « paradoxe » : « Le soutien pour l’appartenance à l’UE n’a jamais été aussi élevé depuis 1983, mais une majorité d’électeurs craint sa disparition. » Démontrant ainsi, tout simplement, qu’ils ne croient plus un seul mot des discours lénifiants ou prêcheurs de nos élites politiques et de leurs complices médiatiques. 

D’après cette enquête, on pourrait croire que c’est moins l’euroscepticisme que le pessimisme à l’égard des institutions communautaires, comme nationales, qui caractérisent l’état d’esprit des électeurs. En réalité, les deux formes de désenchantement se renforcent pour nourrir soit le vote en faveur des formations radicales eurosceptiques, soit une grande volatilité dans l’électorat, soit une forte abstention.

D’ailleurs, plus de la moitié des personnes interrogées (58 %) estiment en effet que le système politique est « brisé » dans leur pays – dont 79 % en France et 69 % en Italie. Et un peu moins, 47 % au total, sont de cet avis pour le système politique européen.

Mais l’anxiété économique n’est pas moins forte, exprimant l’absence de vision des réalités pourtant les plus criantes: plutôt que le phénomène migratoire, les personnes sondées mettent en avant les questions de pouvoir d’achat, de logement, de santé ou de chômage parmi les principaux motifs d’inquiétude dans leur pays. Dix ans après le déclenchement de la crise des dettes souveraines et après le naufrage de la Grèce, seules 40 % se disent d’ailleurs « très confiantes » ou « assez confiantes » de voir leurs enfants disposer d’un avenir meilleur que le leur. Mais faire ce constat n’est pas minorer la gravité des conditions économiques infligées par les fautes terribles commises au nom d’une illusoire monnaie unique et par le mondialisme financier.

Ce sentiment de déclassement est perceptible surtout dans l’ouest du continent, en particulier en Autriche, en France et en Allemagne, même s’il est également présent en Europe centrale, dans des pays comme la Hongrie ou la Pologne, en plein rattrapage économique.

Si l’Europe est largement perçue comme un projet de paix, une part non négligeable des personnes interrogées ont néanmoins peur du retour de la guerre entre les pays de l’UE : ils sont 38 % au total à penser qu’il s’agit d’une « possibilité réaliste », contre 36 % d’un avis opposé, et 20 % sans opinion.

A noter que les clivages entre le nord et le sud ou l’ouest et l’est de l’UE ne sont pas prépondérants à ce sujet. Les Pays-Bas (38 %), l’Autriche, la France (35 %) ou la Pologne et la Hongrie (33 %) sont les plus préoccupés par cette question, loin devant l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou le Danemark.

En revanche, « dans les cinq principaux Etats membres, la majorité de ceux qui prévoient de s’abstenir lors des élections européennes et des proportions significatives de ceux qui veulent voter pour des partis antisystème croient que la guerre est possible au sein de l’UE », observe l’ECFR. Ce qui est un autre paradoxe puisque la meilleure façon de réduire le risque en question n’est pas de s’abstenir mais, au contraire, de s’engager aux côtés des patriotes.

Plus nous approchons de l’échéance du 26 mai prochain, date de l’élection des parlementaires européens, et plus il apparaît que ce scrutin sera à la foi vital et fondateur en faveur d’une Union européenne des nations qui mette un terme définitif aux utopies des « cabris« .

Le 20 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :