En Autriche, la droite radicale ne protège ni de la bêtise ni des turpitudes.

20 Mai

Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, chef du parti conservateur, a annoncé, samedi 18 mai, la convocation prochaine d’élections législatives anticipées et la fin de la coalition entre sa formation, le Parti populaire autrichien (ÖVP), et le Parti de la liberté (FPÖ, droite radicale). « J’ai proposé au président de la République [Alexander Van der Bellen] que de nouvelles élections soient organisées, et cela le plus tôt possible », a déclaré M. Kurz lors d’une allocution devant la presse, quelques heures après la démission du numéro deux du gouvernement et chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, mis en cause dans une vidéo qui montre une tentative de collusion en lien avec la représentante d’un oligarque russe. M. Strache avait formé un gouvernement avec le chancelier conservateur en décembre 2017.

Cette affaire» a éclaté vendredi soir avec la publication par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel d’une vidéo tournée en caméra cachée en 2017, à Ibiza (Espagne), dans laquelle M. Strache discute, quelques mois avant les législatives, avec une femme se présentant comme la nièce d’un oligarque russe, de la meilleure façon de financer de manière occulte le FPÖ et de racheter un média autrichien puissant.

« Il m’est impossible de rester au pouvoir, a déclaré, samedi soir, Sebastian Kurz. Je n’ai pas l’impression que le FPÖ a envie de changer. Les sociaux-démocrates [SPÖ]ne partagent pas mes orientations et les autres partis sont trop petits. » M. Kurz a laissé entendre qu’il serait candidat à ces législatives. Le chancelier a affirmé qu’il avait dû faire face à de nombreux scandales de la part du FPÖ depuis décembre 2017. « Après cette vidéo, assez, c’est assez. »

Pour l’instant, aucune date n’est fixée pour ces législatives, alors que les Autrichiens doivent se rendre aux urnes dans huit jours, pour les élections européennes.

Les sondages d’opinions montrent toutefois que l’électorat du chancelier ne le tient pas pour comptable des scandales du FPÖ. Il espère donc réitérer l’exploit de la droite qui, après deux ans de pouvoir avec l’extrême droite en 2000, avait réussi à augmenter fortement son score aux législatives deux ans plus tard, à la suite, déjà, d’un scandale de corruption. Elle avait alors, en 2002, formé de nouveau une majorité avec une extrême droite affaiblie et aux personnels renouvelés. Hélas, sans parvenir à se débarrasser de certaines branches pourries du parti.

Samedi midi, flanqué de ses ministres, le chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, également numéro deux du gouvernement – le plus populaire de la dernière décennie avec plus de 60 % d’opinions favorables avant que n’éclate le scandale –, avait annoncé sa démission les larmes aux yeux, lors d’une conférence de presse improvisée en urgence.

« J’ai remis au chancelier Sebastian Kurz ma démission de mes fonctions de vice-chancelier et il l’a acceptée », a-t-il déclaré, dénonçant un « attentat politique ciblé ». Il a aussi indiqué qu’il déléguait la direction du FPÖ à Norbert Hofer, actuel ministre des transportset candidat malheureux de la droite radicale lors de la présidentielle autrichienne. Johann Gudenus, un très proche de M. Strache, qui était impliqué également dans la vidéo, a aussi quitté ses fonctions politiques.

M. Strache, né en 1969, a succédé en 2005 à Jörg Haider et a été l’un des principaux artisans du rapprochement entre les nationalistes européens et le Kremlin, avant de devenir la personnalité de droite ayant réussi à obtenir les plus hautes fonctions au sein d’une démocratie de l’Union européenne (UE), grâce à une coalition avec les conservateurs, en décembre 2017. Il a été le premier à se rapprocher de Vladimir Poutine, le soutenant dès 2008, dans le cadre du conflit avec la Géorgie.

C’est notamment sur une entrée de sa pseudo-investisseuse russe au capital du tabloïd Kronen Zeitung (premier tirage du pays), afin d’en faire un titre pro-FPÖ, que porte une partie des discussions filmées durant une soirée arrosée dans une villa de l’île d’Ibiza et à l’origine du scandale. Dans la vidéo, filmée en caméra cachée, M. Strache, qui était donc accompagné d’un de ses proches, Johann Gudenus, actuel chef du groupe parlementaire FPÖ, suggère à son interlocutrice qu’il pourra, en échange de ce soutien, lui obtenir des marchés publics, au détriment de l’un des fleurons industriels autrichiens, la Strabag. M. Strache souhaitait à l’époque faire renvoyer plusieurs rédacteurs du Kronen Zeitung car « les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète », affirme-t-il dans cette vidéo.

Selon les extraits publiés, M. Strache décrit aussi à la visiteuse un mécanisme de financement de campagne permettant de contourner la Cour des comptes via des versements à une association et non directement au parti. Il cite des dons allant de 500 000 à 2 millions d’euros et égrène le nom de grands patrons autrichiens qui financeraient le FPÖ.

Dans cette vidéo, M. Strache dévoile aussi sa proximité avec l’investisseur viennois Heinrich Pecina, controversé pour avoir racheté des médias en Hongrie, avant de les revendre à des personnalités proches du gouvernement de ce pays. M. Pecina, estime-t-il, pourrait aider la jeune Russe en rachetant le reste des parts du Kronen Zeitung« Nous voulons construire un paysage médiatique semblable à celui d’Orban », lâche le vice-chancelier, en évoquant également la privatisation possible d’une chaîne nationale.

En réalité, qui peut douter que le rendez-vous d’Ibiza était autre chose qu’un coup monté pour piéger le patron du FPÖ, trois mois avant les législatives de 2017. Ce qui n’exonère évidemment pas M. Strache de ses turpitudes et, moins encore, de sa bêtise. Car, dans la situation de l’Autriche et surtout de l’Union européenne, comment pouvait-il se croire à l’abris de telles tentatives de déstabilisation et de manipulation de la part de ses adversaires politique, par services secrets interposés ? Mais, comme toujours, dans ce genre d’affaire, la question cruciale est la suivante :

À QUI PROFITE LE CRIME ?

Il n’est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour soupçonner la patte des services allemands et de la chancellerie de Berlin.

Samedi, lors de sa conférence de presse, M. Strache a reconnu que la soirée avait bien eu lieu, qu’il avait eu « une attitude typique de macho provoquée par l’alcool » et il a présenté ses excuses à sa femme, à son parti et à M. Kurz, disant s’être comporté « comme un adolescent » en ne contrôlant pas ses propos. Trop tard, sombre imbécile ! Grâce auquel l’ensemble des droites radicales européennes ne manquera pas de subir, à six jours des élections européennes, les assauts intéressés et revanchards des eurolâtres patentés. D’ailleurs, cette concordance de temps ne manque pas de co-signer la manœuvre.

Le président autrichien, Alexander Van der Bellen (qui n’a jamais fait mystère de son hostilité au FPÖ), a affirmé que « les démissions d’aujourd’hui ne sont qu’un premier pas ». Il jure que toute la lumière sera faite et il se porte garant d’une République « humiliée ». « Je ne tolère pas le manque de respect envers les Autrichiens, qui doivent pouvoir se reposer sur l’intégrité des institutions. » Qui pourrait prétendre le contraire ?

C’est à désespérer de certains…

Le 20 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “En Autriche, la droite radicale ne protège ni de la bêtise ni des turpitudes.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 20, 2019 à 11:55 #

    Si à Milan existe une discothèque fréquentée par des manequins et des jouers de foot -on y croise Princes en exil, grands des médias, du spectacle et de la haute couture, producteurs de cinéma- où se pratique, tenez-vous bien, la vente de renseignements, et où s’y pressent aventuriers un peu louches, hommes d’affaires venus aux nouvelles, émissaires des services secrets fouinants aux quatre coins du continant européen… à Vienne existent des caffés historiques. Décors belle époque. Une atmosphère de nostalgie austro-hongroise. Dans l’un des ces èlégants caffés, dont je ne peut rèvéler le nom, on vous y sert capuccino et… vienoiseries… en gant blanc. Fond musical de Strauss. Un discret salon littéraire s’y tient. C’est surtout dans ce salon élégant que se réunissent nos amis Royalistes du mouvement Monarchiste et Catho-Tradi « Die Weiße Rose » (la Rose Blanche) de M. Petö (soutenu par une partie de l’aristocratie conservatrice) et qui publie un bulletin de haut niveau, extrêmement antirépublicain et anti-Union Européenne.

    Les Comtes VOLTOLINI DE VALTELINA proviennent d’une famille de la Noblesse austro-lombarde italianisée et étant pour sa part Royaliste et Catholique de Tradition, votre serviteur arrive à se faire entendre dans ce milieu là. On y chuchote à demi-mot que le crime profite à l’impérialisme allemand, et son leader, Amgella Merkel, qui ne supporte pas le « petit Kurz », qui a eu l’outrecuisance de faire alligner l’Autriche aux Pays de Visegrad (Hongrie, Slovaquie, République Tchèque, Pologne). M. Strache, dont Marine Le Pen et Viktor Orban louaient les mérites, était le mentor du jeune Kurz. Et la bête noire d’Angella !

    Dans la vidéo incriminée, -On y sent la patte des Services allemands et de la chancellerie de Berlin dans la chausse-trappe- M. Strache dévoile aussi sa proximité avec l’investisseur viennois Heinrich Pecina, controversé pour avoir racheté des médias en Hongrie, avant de les revendre à des personnalités proches du gouvernement de ce pays. M. Pecina, estime-t-il, pourrait aider la jeune Russe en rachetant le reste des parts du Kronen Zeitung.

    -Nous voulons construire un paysage médiatique semblable à celui d’Orban, lâche le vice-chancelier, en évoquant également la privatisation possible d’une chaîne nationale.

    Dans la situation de l’Autriche et surtout de l’Union Européenne, comment ne pas le voir cible de telles tentatives de déstabilisation et de manipulation de la part de ses adversaires politique, par services secrets interposés ? ne pouvant plus accuser l’Autriche d’être la plaque tournante de la vente internationale d’armes, ni le Luxembourg voisin de constituer un paradis fiscal, les deux pays s’étant mis en règle, il fallait trouver quelque chose qui fasse que l’ensemble des droites patriotes européennes ne manquera pas de subir, à six jours des élections européennes, les assauts intéressés et revanchards des eurolâtres patentés. Les leaders des partis patriotes réunis à Milan n’ont qu’à bien se tenir…

  2. Hervé J. VOLTO mai 20, 2019 à 12:24 #

    En Italie, ce qui est arrivé à M. Strache est arrivé à un maire Léghiste à deux parlemantaires de Forza Itaia, alliés avce la Ligue de Matteo Salvini, cible finale de la tentaive de destabilisation.

    Le scénario est le même : on y emploie une prostituée de luxe -pardon, une « escorte girl »- souvent un manequin raté originaire de Russie, idéal pour la faire faire passer pour un agent russe, ce afin de salir Putin au passage, et le maire léghiste et les parlementaires berlusconiens se retoruvent impliqué dans des affaires d’abus d’office et trafic d’infòluence, avec dessous de table par dessus le marché, le tout minutieusement filmé par d' »honnêtes citoyens » désireux de faire exploser « la vérité » et assure la justice, ce main dans la main, on ne sait pourquoi, avec des journalistes d’investigation connus pour leurs postions « politicaly correct »…

    Attention aux jolies filles de Russie !

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