L’évolution de la dette italienne est la nouvelle bombe à retardement attendue au sein de l’Union européenne.

26 Mai

A la suite de la gigantesque crise monétaire de 2008, il y eut la quasi-faillite de la Grèce, aujourd’hui en convalescence mais dont nul ne peut être certain qu’elle ne rechutera pas. Mais le poids économique du pays étant somme toute assez modeste, les risque pour l’Union européenne (UE) et sa monnaie unique ne furent jamais vitaux. Plus préoccupantes furent les situations de l’Espagne et du Portugal, également en convalescence au prix d’énormes sacrifices pour leurs concitoyens.

Mais désormais, une crise bien plus grave et potentiellement mortifère s’annonce avec la situation de l’Italie qui, ne l’oublions pas, pèse d’un autre poids au sein de l’économie européenne.

C’est d’ailleurs le sujet empoisonné par excellence, celui que tous les partis politiques en lice pour les élections européennes ont soigneusement évité de mettre en avant. Comment s’en étonner ? A-t-on déjà vu quelqu’un remportant une élection en parlant de la dette ? Le problème, c’est que quelle que soit l’issue du scrutin du 26 mai et la configuration européenne qu’il créera, cette donnée s’imposera à tous : la situation des comptes publics italiens s’est tellement dégradée au fil des mois qu’elle engendrera nécessairement, à brève échéance, une situation très dangereuse.

Mercredi 22 mai, à Rome, Vincenzo Boccia dirigeait pour la dernière fois l’assemblée annuelle des industriels de Confindustria, le Medef italien. Pour son ultime discours en tant que président, en présence des représentants des plus hauts responsables institutionnels (le chef de l’Etat Sergio Mattarella, le premier ministre Giuseppe Conte, la présidente du Sénat, Maria Elisabetta Casellati, et celui de la Chambre des députés, Roberto Fico), celui-ci s’est offert le luxe de prononcer un véritable réquisitoire contre les choix économiques de l’actuel gouvernement italien.

Tout d’abord, a-t-il asséné, il faudra trouver au bas mot 32 milliards d’euros, dans le prochain budget, pour que l’Italie respecte sa trajectoire budgétaire, et « il n’y aura pas de solution indolore ». Alors que la croissance est à l’arrêt, le déficit public initialement prévu en 2019 à 2,04 % du produit intérieur brut (PIB) a déjà été réévalué par le gouvernement à 2,4 %, et les privatisations massives auxquels s’était engagé le pouvoir italien (18 milliards d’euros) n’ont même pas été ébauchées. « Il faut arrêter de se diviser sur des promesses qui ne peuvent être tenues et se concentrer sur ce qui reste à faire », a poursuivi M. Boccia, allant même jusqu’à évoquer le besoin que « gouvernement et opposition travaillent ensemble » pour éviter la catastrophe. Ces propos, ouvertement dirigés contre l’actuel gouvernement, ont été accueillis par un tonnerre d’applaudissements.

Le vice-premier ministre et chef politique du Mouvement 5 Etoiles, Luigi Di Maio, présent dans la salle, n’a pas bronché. Dans son intervention, il a affirmé que « la réduction du déficit doit arriver grâce à des investissements et non grâce à des coupes brutales », et que « rigueur et croissance doivent être compatibles ». Son partenaire de coalition, Matteo Salvini, ministre de l’intérieur et chef de la Ligue, n’était pas là.

Le 14 mai, en assurant qu’il était prêt à assumer de dépasser les 3 % de PIB de déficit ou « les 130 %-140 % de dette », et voulait avant tout baisser les impôts, M. Salvini avait provoqué un regain de tension sur les marchés financiers. Le spread, à savoir l’écart entre les taux d’emprunt à dix ans allemands et italiens, considéré comme le baromètre du risque, s’était dangereusement rapproché de la barre symbolique des 300 points.

Mais au fond, le problème est que, volontairement ou pas, le dérapage des comptes publics italiens paraît désormais inévitable. « La Péninsule se dirige droit vers un nouveau clash avec la Commission européenne sur le sujet », estime Jack Allen, chez Capital Economics. Comme ses confrères, il a retourné les chiffres dans tous les sens, avant d’en conclure que l’équation auquel fait face le gouvernement est insoluble.

Selon les diverses estimations, la croissance ne dépassera pas 0,3 % cette année. Soit un niveau insuffisant pour que la décrue du chômage se poursuive : celui-ci devrait remonter à 11 % l’an prochain, contre 10,6 % en 2018, prévoit la Commission. Surtout : la croissance sera trop basse pour permettre au gouvernement de tenir la cible de déficit public fixée avec Bruxelles fin 2018, à savoir 2 % du PIB cette année et 1,8 % en 2020. « Si aucune mesure supplémentaire n’est prise, il dépassera les 3,5 % en 2020 », estime la Commission, dans ses dernières prévisions. L’Italie serait alors le seul pays à franchir le seuil européen des 3 %.

A moins que le gouvernement ne revienne sur sa promesse de ne pas augmenter la TVA en janvier prochain. « S’il la relevait tout de même, la hausse du déficit serait moindre, mais cela amputerait la croissance de 0,5 % en 2020 en 2021 en pesant sur la consommation des ménages », calcule Nicola Nobile, chez Oxford Economics. Et ce, sans apaiser vraiment les inquiétudes. Car à 2,66 %, les taux d’emprunt à dix ans du pays sont aujourd’hui supérieurs à la croissance, ce qui alimente mécaniquement la hausse de l’endettement. « L’Italie est le seul Etat membre où cet effet boule de neige continuera d’alimenter la dette », prévient la Commission : à 133,2 % du PIB en 2018, elle pourrait dépasser les 135 % d’ici deux ans.

Dans ces conditions, Bruxelles pourrait placer Rome en procédure de déficit excessif à l’automne, au moment de la présentation du budget 2020. Ou avant, en juin, lorsqu’elle se penchera de nouveau sur les comptes publics italiens. « Reste à savoir si le gouvernement tiendra jusque-là, où s’il sera recomposé dans la foulée des élections européennes », s’interroge Jack Allen.

Dans tous les cas, le coup de semonce viendra probablement des marchés. De nouvelles tensions sur le budget pourraient faire décoller le spread au-delà des 300 points. Or, à l’automne dernier, le gouvernement avait fini par plier et revoir sa copie budgétaire lorsque les taux d’emprunt à dix ans avaient frôlé les 4 %, ravivant le douloureux souvenir de la crise des dettes de 2010.

N’en doutez pas, si l’Italie boit la tasse, l’UE se noiera. Car la banque centrale européenne sera dans l’incapacité de lui venir en aide comme elle le fit pour la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Un véritable cataclysme financier.*

Le 26 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/04/10/je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette/

Une Réponse to “L’évolution de la dette italienne est la nouvelle bombe à retardement attendue au sein de l’Union européenne.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 26, 2019 à 12:45 #

    Regardez donc cette petite vidéo…

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