Les amis d’Edouard Philippe ne sont pas nos amis.

27 Mai

Lundi 18 mars Philippe Mazet, administrateur du Sénat, réunissait au restaurant du Palais du Luxembourg quelques « copains« , tous issus de la promotion Marc-Bloch de l’ENA, cuvée 1997, pour fêter (avec deux ans de retard) les vingt ans de leur délivrance. On y chanta du Johnny Hallyday, on rigola (à huit jours des élections européennes), on se glissa une carte de visite…

A la surprise de beaucoup des convives, Edouard Philippe participa à cette communion du souvenir. Le premier ministre avait tenu à être présent, malgré les « Gilets jaunes » qui grondaient et le Grand débat national qui s’achevait à peine. Il était venu flanqué de deux de ses collaborateurs, estampillés « Marc-Bloch », comme lui : Emmanuel Lenain, conseiller diplomatique et l’incontournable Benoît Ribadeau-Dumas, directeur de cabinet.

Quelques anciens camarades lui réclament des selfies, qu’il accorde volontiers, mais le locataire de Matignon veut signifier que la vraie star de la soirée se trouverait à côté de lui. « On dit que mon poste est impossible, mais celui de directeur de cabinet du premier ministre est pire encore », déclare-t-il en désignant Benoît Ribadeau-Dumas. Son bras droit est, de fait, tout autant que lui la cible de critiques nourries.

Le duo a fêté, le 15 mai, ses deux ans d’exercice de l’Etat, à Matignon (ce qui est encore bien peu par rapport aux hommes de Jean-Yves Le Drian – https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/05/25/lentourage-de-jean-yves-le-drian-sent-le-souffre/ -. Quoi qu’il en soit, certaines voix réclament déjà le départ du Premier ministre dans le cas d’une défaite de La République en Marche aux élections européennes. Le principal collaborateur du chef du gouvernement a fini par s’habituer à ce flot de critiques. Depuis le déclenchement de la crise des « Gilets jaunes », en novembre 2018, de nombreux représentants de la majorité attribuent en effet les insuffisances du pouvoir à la supposée rigidité des « technos » – lui, donc –, qui ne se plieraient pas assez à la volonté des hommes politiques ou lorgneraient trop souvent sur le compteur de la dépense publique.

Avec sa longue mèche brune de jeune homme, sa récente barbe de trappeur finement taillée et son humour, « Ribadeau », 46 ans, n’a pourtant pas l’air d’un croque-mitaine obsédé par la rigueur budgétaire. « Il a toujours la banane, une vivance générale et intellectuelle hors norme », soutient Philippe Mazet, son camarade de promo. Il n’empêche, le procès tourne en boucle.

Allons crescendo dans la gamme des critiques. Une députée de La République en marche (LRM), par exemple, joue de l’euphémisme : « Il ne fait pas partie du peloton de tête de ceux qui sont convaincus de la nécessité de la transition écologique. » Un secrétaire d’Etat, qui accuse le directeur de cabinet de Matignon d’avoir cherché à rendre « moins coûteux » les 10 milliards d’euros débloqués en décembre par Emmanuel Macron pour calmer les « Gilets jaunes« , embraye : « Tout est abordé chez lui sous le prisme de la dépense, son logiciel n’est pas dans l’ADN du macronisme. Il ne se lève pas le matin en pensant à la disruption. » Enfin, selon un ministre venu de la gauche (suivez mon regard), il conviendrait carrément de mettre toute l’équipe de Matignon dans le même sac, celui d’une droite comptable et coupée des réalités : « La moitié du cabinet vient de chez Raffarin et l’autre de chez Juppé, ils considèrent le peuple comme de la piétaille ! » Plus grand est le pouvoir, plus durs sont les coups…

A Matignon, le directeur de cabinet voit passer sur son bureau l’ensemble des dossiers de l’exécutif, des plus anodins aux plus brûlants. C’est lui qui se charge de délivrer la plupart des arbitrages pour n’en faire remonter qu’une partie au niveau supérieur. « Le directeur de cabinet est celui qui sait, dans 90 % des cas, comment le premier ministre arbitre », explique l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a connu Benoît Ribadeau-Dumas comme conseiller technique dans son cabinet à Matignon, entre 2002 et 2004. « C’était déjà une formule 1, un jeune très brillant de mon équipe », assure-t-il. Le haut fonctionnaire, par ailleurs, « gère les ministres au quotidien, les appelle, rattrape les conneries », précise un bon connaisseur des arcanes ministériels. D’où, sans doute, certaines crispations évoquées plus haut…

« C’est un homme de l’ombre, il ne parle pas, indique-t-on dans l’entourage d’Edouard Philippe. Toutes les décisions prises à Matignon le sont au nom du Premier ministre. » Le chef du gouvernement, néanmoins, tient à faire passer un message. « Je déteste qu’on tape sur mes collaborateurs, on s’adonne beaucoup trop à leur critique « , s’agace Edouard Philippe. « C’est l’homme le plus intelligent et le plus droit que je connaisse, poursuit-il. Il fait un job redoutablement difficile, et le fait très bien. Il a toute ma confiance. » Raison de plus pour s’en méfier comme de la peste !

Les deux hommes se sont connus sur les bancs de l’ENA au mitan des années 1990. A l’époque, leurs camarades savaient qu’Edouard Philippe était un homme (prétendument) de droite, même s’il revendiquait lire Libération tous les jours (mais en doutiez-vous ?). Benoît Ribadeau-Dumas, pour sa part, déjà auréolé d’un diplôme de Polytechnique, se montrait moins enclin à parler comme le premier ministre, même si son orientation à droite ne faisait guère de doute. Mais la même droite que celle d’Edouard Philippe…

Fils d’un avocat et enfant de la bourgeoisie traditionnelle du 7e arrondissement de Paris, il a voté Jacques Chirac en 1995. « Je ne suis pas l’exemple type de la démocratisation de l’ENA », reconnaissait-il dans un portrait que Libé lui consacrait, en 1997, en sa qualité de major de promotion. Si l’on devait d’ailleurs puiser dans les références politiques des années 1990 pour chercher à définir l’homme, il serait au fond plus Balladur que Chirac, à en croire un ami.

Outre le Conseil d’Etat – au côté d’Edouard Philippe, encore lui –, puis le cabinet Raffarin, donc, l’énarque a passé le plus clair de son temps dans le privé. Une dizaine d’années, réparties entre Thales, CGG Veritas (une entreprise du secteur parapétrolier) et Zodiac Aerospace (un équipementier aéronautique). Des expériences qui ne sont pas sans influence sur sa vision de la politique, ou sa manière de travailler.

« L’impact du passage dans le privé, c’est la rigueur de la gestion du budget », estime ainsi Alexandre de Juniac, ancien PDG d’Air France-KLM, qui connaît l’homme de longue date pour l’avoir aidé à réviser son concours d’entrée de l’ENA. « Ribadeau est brillantissime, mais c’est un bulldozer, ajoute une députée qui a travaillé avec l’intéressé sur certains dossiers-clés du quinquennat. Ils se ressemblent avec Edouard Philippe : manches retroussées, bras de chemise, très énergique. Il y a peu de place pour la négociation et l’écoute, c’est très entrepreneurial. Et il y a peu de femmes dans cet univers masculin. »

Le quatuor qu’il forme avec Emmanuel Macron, Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, et Edouard Philippe fonctionnerait en tout cas à merveille, à en croire ce dernier. Au début du quinquennat, Emmanuel Macron avait pourtant cherché à imposer l’ex-secrétaire général adjoint de l’Elysée, Nicolas Revel, comme directeur de cabinet à son Premier ministre. Mais le juppéiste a su convaincre le chef de l’Etat de renoncer à cette idée après lui avoir fait rencontrer Benoît Ribadeau-Dumas. « L’essayer, c’est l’adopter », lui glisse-t-il alors.

Pour combien de temps encore ? Selon Le Canard enchaîné, Benoît Ribadeau-Dumas chercherait à rejoindre l’entreprise Naval Group. Il nie. « J’ai tout laissé tomber pour donner un coup de main à Edouard, ce n’est pas pour me débiner au milieu », a-t-il juré récemment à un conseiller de Matignon.

Ou la technocratie au pouvoir. Que peuvent comprendre ces élites au pays réel et, à fortiori, aux « Gilets jaunes » ?

Le 27 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

5 Réponses to “Les amis d’Edouard Philippe ne sont pas nos amis.”

  1. MA Guillermont mai 27, 2019 à 9:38 #

    Après recherches rapides car je découvre ce personnage … le patronyme faisait écho … son cousin est LE ….porte-parole de la Conférence des Évêques de France !
    – l’un haut fonctionnaire de la république
    – l’autre communicant de l’Église de France
    Ni l’un ni l’autre n’ont répondu aux demandes de nos Braves et Vaillants Gilets Jaunes !
    Venus implorer PACIFIQUEMENT l’aide et le secours du gouvernement , contre les abus de pouvoir des « grands … bourgeois » Ils ont reçu EN RÉPONSE … LA TRIQUE DU MAÎTRE … par les charges violentes , disproportionnées et MUTILANTES de la force publique !!!
    Merci Mr J-Y Pons pour la rédaction de cet article cinglant dénonçant ces … seigneurs qui n’obéissent plus à aucune règle d’équilibre moral , éthique , économique pour le peuple , uniquement tournés sous couvert d’austérité budgétaire vers la richesse , le luxe , la puissance … PERSONNELS .
    Il est temps de dénoncer l’insolence de LEUR COMPORTEMENT et de réclamer VENGEANCE … AU VRAI DIEU DES CHRÉTIENS !

    St BERNARD DE CLAIRVEAUX , vous qui , la torche à la main, avez LUTTÉ de toutes vos forces pour détecter et menacer tous ceux qui voulaient ABÎMER LA MOISSON , BRANDISSEZ CONTRE EUX LES FOUDRES DES PUNITIONS CÉLESTES !

    • conseilesperanceduroi mai 27, 2019 à 11:31 #

      Famille catho, certes, mais des cathos fortement conciliaires. C’est tout dire.

      • MA Guillermont mai 27, 2019 à 2:53 #

        Bonjour Monsieur Jean-Yves Pons , ces renards ne sont pas Catholiques .
        Soldats de l’Armée de l’Antichrist , indignes de porter le titre de chrétien !
        L’Eglise EST Une , Sainte , Catholique , apostolique et Romaine , éclipsée mais BIEN VIVANTE et l’Armée du Christ qui la compose brisera …en Nom Dieu , la tête de ces hérétiques .

  2. Hervé J. VOLTO mai 27, 2019 à 10:00 #

    -La moitié du cabinet vient de chez Raffarin et l’autre de chez Juppé, ils considèrent le peuple comme de la piétaille ! selon un ministre venu de la gauche (suivez mon regard)…

    M. Jean-Yves Pons, CJ, raison :

    -…la technocratie au pouvoir. Que peuvent comprendre ces élites au pays réel et, à fortiori, aux « Gilets jaunes » ?

    Il semble que le Pays Réel ai compris à qui il a affaire.

    Il n’y a qu’à regarder les résultats des Européennes 2019, dévoilés et commentés sur BFM TV par une pertinante Apoline de Malherbes aussi slendide en bleu qu’en rouge : le Rassemblement National en tête, La République En Marche en seconde position, les écologistes qui crééent la surprise en se plaçant dans la III° position, la giffle à cette droite comptable et technocratique dite modérée mais ceratinement hautaine, et la débacle des partis de Gauche, la seule chose qui ne surprend pas…

    • conseilesperanceduroi mai 27, 2019 à 11:26 #

      La droite dite « de gouvernement » a tellement trahi, depuis des décennies, qu’elle est en train de finir vampirisée par LRM sur sa gauche et le RN sur sa droite. Elle récolte ainsi ce qu’elle a semé et nous ne la pleurerons pas.
      R I P

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