Pas de chance pour les « cabris », les Britanniques persistent et signent.

30 Mai

Dès juillet 2018, nous étions convaincus que les Britanniques auraient avantage à imposer à l’Union européenne (UE) un départ sans accord; un « Brexit » dur (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/24/brexit-dur-et-si-cetait-la-bonne-solution/). Six mois plus tard, cette sortie brutale du Royaume-Uni de l’UE nous apparaissait inéluctable et même souhaitable (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/23/face-a-un-brexit-dur-les-pays-de-lue-ont-probablement-plus-a-perdre-que-le-royaume-uni/  et aussi https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/31/vers-un-brexit-dur-et-sans-accord/).

Or, après les tergiversations gouvernementales et parlementaires que l’on sait ayant abouti à la démission de la Première ministre, Théresa May, les élections au Parlement européen ont permis aux citoyens britanniques de manifester leur colère en plaçant la liste du Brexit Party, de Nigel Farage, devant tous les autres candidats. Un camouflet en faveur d’un départ sans accord de l’Union européenne; le fameux « Brexit » dur ! Nous avions donc raison.

Et pourtant un Parti conservateur au pouvoir massivement rejeté dans les urnes et des travaillistes laminés par le succès des partis anti-Brexit. C’est peu dire que le paysage politique britannique est en ruines au lendemain des élections européennes, dont aucun des deux grands partis ne voulait. Mardi 28 mai, pendant que, de façon surréaliste, Theresa May participait au sommet européen à Bruxelles et exprimait sa « déception » pour les résultats des tories (9 %), les onze candidats déjà déclarés à sa succession s’écharpaient autour d’un thème dicté par le Parti du Brexit, grand vainqueur du scrutin avec 31,6 % des voix : le « no deal ».

Son leader, Nigel Farage, a gagné en se faisant le champion de cette forme la plus radicale de Brexit, la « sortie sans accord ». Le Parti du Brexit, lancé six semaines avant le vote, n’a aucun programme mais une promesse unique : sortir de l’UE coûte que coûte. Signe de la panique provoquée par le succès de M. Farage, un seul des candidats à la direction des tories et du pays, le ministre de la coopération Rory Sewart, ose affirmer qu’il voterait contre un « no deal ». Tous les autres envisagent, avec plus ou moins d’allant, cette perspective qui fait frémir le patronat et la City, et n’était pas même évoquée pendant la campagne du référendum en 2016. Patente, leur division reflète des différences de sensibilité sur le fond, mais aussi de stratégie sur un point crucial : que faire avec la démarche de M. Farage ?

Boris Johnson, favori pour Downing Street, est l’un des premiers à s’être dit partant pour un « no deal ». D’ici au 31 octobre, nouvelle date limite fixée par l’Union européenne, il promet de renégocier avec les Vingt-Sept l’accord signé par Mme May et rejeté par les députés, qu’il sait non renégociable. « Si nous continuons comme cela, nous serons congédiés, écrit M. Johnson dans le Telegraph à propos du résultat des élections européennes. La seule façon d’éviter cela est de respecter le résultat du référendum de 2016 et de sortir de l’UE, de le faire correctement, pas par un simple simulacre de Brexit (…), de façon à pouvoir, comme tous les pays indépendants, fixer nos propres tarifs douaniers et voter nos propres lois. »

Jeremy Hunt, ministre des affaires étrangères, se positionne face à M. Johnson. S’il écarte un « no deal », ce n’est pas par opposition sur le fond, mais parce que cela équivaudrait selon lui à un « suicide politique ». Rappelant que le Parlement actuel s’est nettement prononcé contre une telle issue, M. Hunt constate qu’elle suppose l’organisation d’élections législatives. Or les députés conservateurs, terrorisés par la blitzkrieg de Nigel Farage, veulent à tout prix éviter de revenir devant les électeurs avant la fin de leur mandat en 2022. Le chef du Foreign Office, qui, en 2016, a voté pour rester dans l’UE mais affirme aujourd’hui qu’il « croit dans le Brexit », se fait fort de renégocier l’accord avec l’Union…

« La seule façon de sortir de la situation extrêmement difficile où nous sommes est de changer l’accord de sortie », a-t-il déclaré mardi 28 mai à la BBC. M. Hunt est le préféré des députés conservateurs, qui doivent sélectionner deux prétendants à la direction du parti. Leur second choix est Boris Johnson. Or ce seront les 100 000 adhérents du Parti conservateur – dont M. Johnson est le grand favori – qui opéreront le choix final. Au Royaume-Uni, le chef du parti dirigeant une majorité au Parlement devient automatiquement Premier ministre.

L’ennui pour les partisans d’une renégociation est qu’en avril, pour obtenir le report de la date butoir du Brexit, Theresa May s’est engagée auprès des Vingt-Sept à ne pas rouvrir les débats. « J’ai été extrêmement clair. Il n’y aura pas de renégociation », a répété mardi le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. A l’évidence, le nouvel exécutif européen qui doit être installé dans le sillage des élections européennes fera face à une demande de reprise des discussions.

L’emprise exercée par Nigel Farage ne conduit pas seulement à attiser cette guerre du « no deal ». Fort de ses 29 députés européens – autant que l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel –, il menace de faire un malheur lors des élections législatives qui pourraient se tenir à l’automne. « Je soupçonne que nous ne sortirons pas de l’UE le 31 octobre, ce sera une seconde trahison », prophétise-t-il pour maintenir la pression. Jusqu’à présent, le système britannique d’élection à un tour a empêché la droite radicale d’être présente à Westminster. A sept reprises, M. Farage a d’ailleurs échoué à se faire élire député. Grâce au Brexit et à son succès aux élections européennes, il pense tenir sa revanche et continuer de faire trembler les tories et le Labour. Il ne le cache pas, sa prochaine cible est « le système bipartisan qui (…) n’est plus adapté aux besoins ». Une élection partielle, dès le 6 juin à Peterborough, ville où le vote pro-Brexit a atteint 60 % au référendum, lui donne l’occasion d’un nouveau coup de semonce.

D’ici octobre, en tout cas, les députés du Brexit Party vont siéger à Strasbourg et à Bruxelles. Et pas du côté des européistes ! Les prochains mois s’annoncent donc favorables aux « indépendantistes » de tous horizons.

Il serait bon d’en profiter pour consolider les positions.

Le 30 mai 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Pas de chance pour les « cabris », les Britanniques persistent et signent.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 30, 2019 à 11:52 #

    Le résultat des élections européennes du 26 Mai 2019 est intéressant à différents titres. D’abord, il prolonge le séisme de 2017 à l’échelle européenne. Ensuite, il acte le décès d’une droite de gouvernement n’ayant jamais su se remettre en cause ni nouer les bonnes alliances. Enfin, il confirme la percée du nouveau messianisme postpolitique appelé à sévir pour de nombreuses années : Les Verts.

    Le scrutin du 26 mai 2019 est un véritable séisme. Pour la première fois, les deux formations politiques qui structuraient le Parlement européen depuis 1979, le PPE et les sociaux-démocrates, perdent la majorité absolue des sièges et devront composer avec les Verts et les Libéraux pour former une coalition. Les premiers, forts de leurs succès en France et en Allemagne, gagnent 20 sièges, et les seconds, au sein desquels siègeront les députés LREM, en enregistrent 30 de plus. Si bien que l’un et l’autre seront très convoités pour former une majorité et pourront se montrer exigeants. On se dirige donc vers une coalition à l’allemande regroupant tous les partis favorables à l’approfondissement de la construction européenne.

    Du côté des souverainistes et conservateurs eurosceptiques, la victoire est nette même si elle est plus limitée qu’on aurait pu l’imaginer, l’ensemble de ces formations gagnant 17 eurodéputés de plus que sous la précédente mandature pour en totaliser 172, devenant ainsi la deuxième force du Parlement européen après le PPE (179 sièges). Mais elle est sans grande incidence sur la vie du Parlement, en raison de la division de ces élus en trois groupes distincts. Nettement atlantiste, le PiS polonais, qui siège au sein du groupe CRE avec les conservateurs britanniques, refuse d’envisager toute alliance avec le RN, jugé trop proche de la Russie.

    Tout comme Nigel Farage, à la tête du parti du Brexit, qui rafle 28 sièges avec 31,6 % des suffrages mais trouve Marine Le Pen trop sulfureuse. Celle-ci, alliée avec Matteo Salvini, au sein du groupe ENL ne pourrait donc fédérer tous les souverainistes et conservateurs eurosceptiques dont le seul point commun est de refuser d’ouvrir l’Europe aux vents de l’immigration. La grande inconnue concerne le sort de Viktor Orban qui a réalisé un score historique de 52,3% mais reste suspendu du PPE. Convoité de toute part, il s’est, lui aussi, montré hostile à une alliance avec le RN. Le plus logique serait qu’il rejoigne le groupe CRE pour recomposer en son sein l’alliance de Visegrad avec les Polonais. Le bloc souverainiste ne pourra donc peser outre-mesure sur le fonctionnement de l’UE.

  2. Hervé J. VOLTO mai 30, 2019 à 11:58 #

    C’est au niveau Français que le scrutin a révélé des surprises lourdes de conséquences. D’abord, l’élection confirme l’effacement des anciens partis de gouvernement qui totalisent moins de 15% des voix, au profit du duel Macron-Le Pen, qui est l’assurance vie de la réélection d’Emmanuel Macron en 2022. Celui-ci avait tué le PS en 2017, il a poursuivi son œuvre de recomposition de la vie politique en tuant LR.

    Contrairement à ce que l’on peut lire, ce n’est peut-être la fin du clivage droite / gauche autour duquel s’était structurée notre vie politique, mais simplement son évolution. En effet, Macron n’a fait qu’aligner la gauche française, encore archaïque et rivée aux 35 heures, à la social-démocratie européenne. Macron a fait en 2017 ce que Blair ou Schröder ont fait dans les années 2000 : un parti libéral, progressiste et pro-européen. LREM n’est que le nouveau visage de cette gauche qui reste progressiste mais aime l’argent, d’abord parce qu’elle s’est enrichie au fil des années, les anciens révolutionnaires devenant des apparatchiks nantis, et ensuite parce qu’elle estime que le socialisme a échoué et qu’il est temps, pour elle, d’appliquer à la sphère de l’État les méthodes de gouvernance issues de l’entreprise.

    En face, la droite dite de gouvernement, qui n’était pas encore morte en 2017, n’a jamais été capable de comprendre qu’il lui appartenait non seulement de recentrer son discours sur les thématiques identitaires – ce qu’elle a en partie fait – mais de nouer des alliances avec le RN, ce qu’elle n’a jamais voulu. Faute de clarification politique, elle se retrouve perdante sur les deux tableaux puisqu’une partie de son électorat a basculé chez Emmanuel Macron dont elle se sent plus proche, tandis que l’électorat conservateur et souverainiste, s’estimant trahi à chaque élection, ne peut lui accorder sa confiance, en dépit de la présence de François-Xavier Bellamy qui était une belle prise de guerre de Wauquiez mais n’a eu aucune influence sur la composition de la liste ni sur la stratégie de LR.

    Cela confirme, s’il en était encore besoin, que l’UMP, véritable auberge espagnole, était une imposture voulue pour agréger des partis qui reposaient sur des rentes électorales sans éprouver le besoin de clarifier leur ligne politique. Cela a fonctionné jusqu’au moment où Macron a bouleversé le jeu politique. Le tort de Wauquiez, c’est de n’être pas allé jusqu’au bout de cette clarification et de n’en avoir pas tiré toutes les conséquences au niveau électoral en 2017. Maintenant, il se retrouve en position de faiblesse et replié sur une base électorale très réduite.

    En Grande Bretagne, les équivalants british de LR et du RN ont fait comme en Italie : ils seosnt mis ensemble. Celà marche. Ils vont sortir de l’Europe. Sans concession. Sans no deal. Mais ils vont sortir…

    Nous, Français, on n’est pas encore sortits de l’aberge.

  3. Hervé J. VOLTO mai 31, 2019 à 12:00 #

    Enfin, le score des Verts interroge. La gauche a toujours été partagée en deux courants : l’un réformiste et l’autre idéaliste. Naguère, c’était ce qui distinguait le PS du PC. Aujourd’hui, où LREM a remplacé le PS, l’idéalisme ne se joue plus sur la lutte des classes ni sur le grand soir anticapitaliste mais sur l’écologie. Idéalisme d’autant plus facile qu’il contribue à une certaine dépolitisation de la vie politique. Qui peut être contre le respect de la nature ? Personne. Il est donc facile de créer un artifice de consensus sans avoir à se positionner sur tous les sujets. À Paris, Les Verts ont triomphé dans les arrondissements traditionnellement classés à gauche, alors que LREM a raflé la mise dans les arrondissements naguère acquis à la droite bourgeoise. Celle-ci a donc définitivement choisi son camp : comme au temps de Louis-Philippe ou de VGE, elle a choisi de s’enraciner au sein des forces du progrès. Hormis une petite minorité qui a voté pour Bellamy et avait plébiscité Fillon à la Primaire, la bourgeoisie a trahi la cause du peuple pour un plat de lentilles. Le peuple, en particulier, s’en souviendra…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :