« Gilets jaunes » : échec et mat.

4 Juin

Nous les avions pourtant prévenus : ils n’échapperaient probablement pas à l’imposture macronienne qui finirait par les avoir…à l’usure. C’est fait. Mais rares sont ceux qui en ont pris la mesure. À moins qu’ils ne se soient lassés et qu’ils aient ainsi rendu un service inespéré au pouvoir en place.

Et pourtant les « signaux faibles » de la nouvelle tonte des moutons s’accumulent depuis quelques semaines, après un illusoire « Grand débat national » qui, comme la montagne, n’a accouché que d’une souris (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/04/17/la-reponse-differee-demmanuel-macron-au-grand-debat/). Des éléments disparates, susceptibles de concerner seulement certaines catégories de la population, et donc de passer sous les radars des commentateurs et des responsables politiques : augmentation des tarifs de l’électricité le 1er juin, hausse du prix de l’essence ces dernières semaines, envolée du coût du contrôle technique… constituent autant de facteurs qui pèsent concrètement sur le pouvoir d’achat des Français, notamment ruraux. Et ne sont pas sans rappeler la conjonction de mécontentements qui avait mené à l’explosion du mouvement des « Gilets jaunes« .

« Il n’y a plus le volet politique publique [la hausse des taxes sur les carburants qui avait initialement concentré la colère des automobilistes], mais toute une partie du niveau de vie des classes populaires et moyennes va être de nouveau rognée. L’électricité, notamment, n’est pas directement proportionnelle aux revenus. Elle pèse donc davantage sur les ménages modestes que sur les plus aisés », estime le directeur de l’Observatoire des inégalités, Louis Maurin.

Samedi 1er juin, les tarifs règlementés de l’électricité ont augmenté de 5,9%. Une échéance initialement prévue en mars, mais que le gouvernement avait décidé d’ajourner (mais pas de supprimer), en pleine crise des « Gilets jaunes ». « Ni les tarifs de l’électricité, ni ceux du gaz n’augmenteront durant la concertation (sic) et donc durant l’hiver qui s’annonce », avait indiqué le premier ministre, Edouard Philippe, le 4 décembre 2018, promettant un gel jusqu’en mai. La période est désormais écoulée ! Et les tarifs augmentent.

Au cabinet du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, on se dit serein : la hausse du prix de l’électricité « dépend d’un organisme indépendant » – la commission de régulation de l’énergie (CRE) –, se dédouane-t-on. Mais le sujet demeure sensible. M. Le Maire a écrit à la CRE, le 24 mai, avec son homologue de la transition énergétique, François de Rugy, pour demander des explications sur cette hausse de tarif. La belle affaire qui aura tôt fait d’être oubliée.

En effet, dans un avis rendu en mars, l’Autorité de la concurrence préconisait une moindre augmentation. Mercredi 29 mai, une passe d’armes par le biais de radios interposées a même opposé M. de Rugy au PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, qui avait estimé que le gouvernement devrait « réfléchir à moins taxer l’électricité ».

« Ce n’est pas le gouvernement qui fixe les tarifs de l’électricité », a fait valoir, vendredi sur LCI, la porte-parole du gouvernement, Sibeth-(Patankça) Ndiaye, alors que les associations de consommateurs CLCV et UFC-Que choisir ont fait part de leur intention de saisir le Conseil d’Etat pour tenter de faire annuler cette hausse qu’ils jugent « historique » et « injuste ».

Ce n’est pas tout. Le mois de mai a été marqué par une nouvelle flambée des prix des carburants, sur fond de tensions géopolitiques. Lundi 27 mai, le gazole s’affichait à 1,4898* euro le litre en moyenne, en hausse de 0,82 centime, selon des données hebdomadaires du ministère de la transition écologique et solidaire, légèrement en deçà de son plus haut niveau de 2018 (1,5331* euro le litre en octobre). Le litre d’essence sans plomb 95, lui, atteignait 1,5943* euro, un niveau plus vu depuis 2013.

Dernier élément : l’augmentation du prix des contrôles techniques imposés aux propriétaires-vaches à lait de véhicules automobiles – là encore grief originel des « Gilets jaunes », qui n’achètent pas, eux, un véhicule neuf tous les quatre ans – a été confirmée par une étude du site spécialisé Simplauto.com, parue le 20 mai. Leur coût est passé en moyenne de 69 euros à plus de 77 euros en un an, à la suite d’une réforme de mai 2018 destinée à mettre la France en conformité avec une directive européenne visant à améliorer la sécurité. Encore la tyrannie européenne appliquée sans concertation et avec bonne conscience.

Ajoutez-y un nouveau test, lui aussi repoussé en raison de la crise sociale, qui doit concerner les véhicules diesel à partir du 1er juillet et vous aurez une idée de ce qui attend les Français. Car, qui roule essentiellement en véhicules diesels, souvent d’occasion, pendant de très longues périodes  où ils sont assujettis aux contrôles techniques ? Evidemment les Français les plus modestes et souvent des banlieues et des campagnes. C’est ce que l’on peut appeler

une clientèle captive de l’Etat !

A Bercy, on préfère mettre en avant les mesures d’urgence prises entre décembre 2018 et avril, qui représenteront – une fois mise en place la baisse de l’impôt sur le revenu, début 2020 –. « Nous avons bloqué le prix de l’électricité en hiver. C’est moins central en été. Et si la hausse de l’essence avait fait polémique, c’était à cause d’une hausse de taxe. Ce n’est pas le cas aujourd’hui », défend-on.

« Il faut toujours être prudent, on ne maîtrise pas ce qui va se passer. Mais nous avons pris des mesures importantes, avec le chèque-énergie, la prime à la conversion… La communication autour de la revalorisation de la prime d’activité a permis à des personnes qui y étaient déjà éligibles, mais ne la demandaient pas, de se manifester. Et il va y avoir la réindexation des petites retraites, la baisse de l’impôt sur le revenu en 2020… C’est vrai, les Français ne croient plus à la parole politique. Mais on va désormais entrer dans le dur des réformes », assure Bénédicte Peyrol, porte-parole (La République en marche) à la commission des finances de l’Assemblée nationale. Vous comprenez alors pourquoi nous avons de bonnes raisons de craindre le pire…

Le 7 mai, à la sortie du conseil des ministres, Edouard Philippe lui-même avait prétendu que le pouvoir d’achat des Français augmenterait en moyenne de 850 euros par ménage cette année. Un « en moyenne » qui résume à lui seul toute la complexité des mesures en faveur du pouvoir d’achat. « S’il y a une chose que l’on a apprise de la crise des “gilets jaunes”, c’est que les mesures socio-fiscales ont des effets très hétérogènes : selon le type de véhicule possédé, la distance au lieu de travail, le lieu de résidence… De plus, un certain nombre d’entre elles prennent effet progressivement : la baisse du premier tiers de la taxe d’habitation n’a été que peu perçue en 2018 », analyse Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques.

« Le mécontentement des Français ne se manifestera pas forcément de la même façon que cet hiver – il est difficile de se révolter contre les prix mondiaux du pétrole – mais il est toujours là. Les classes moyennes ont vu leur niveau de vie stagner depuis dix ans, les plus modestes depuis quinze ans. Les réponses demeurent conjoncturelles, mais le sentiment que certains profitent plus que d’autres des richesses du pays n’a en rien disparu », conclut M. Maurin.

Mais, sacrebleu, pourquoi ne nous a-t-on pas entendu avant l’élection présidentielle de 2017 ?

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

Le 4 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Vous observerez que les carburants sont les seuls produits commerciaux dont les prix, en euro, comportent QUATRE CHIFFRES APRÈS LA VIRGULE (unités qui n’existent pour personne d’autre). Encore une invention de l’Union européenne pour satisfaire le lobby de l’industrie pétrolière tout en mystifiant le consommateur.

4 Réponses to “« Gilets jaunes » : échec et mat.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 4, 2019 à 11:35 #

    De moins en moins nombreux dans les rues le samedi et sur les ronds-points, les Gilets Jaunes n’ont pas non plus profité des européennes pour se relancer. Un échec qui interroge sur leur avenir.

    Et pourtant les « signaux faibles » de la nouvelle tonte des moutons s’accumulent depuis quelques semaines : augmentation des tarifs de l’électricité le 1er juin, hausse du prix de l’essence ces dernières semaines, envolée du coût du contrôle technique…

    Aussi selon Bénédicte Peyrol, porte-parole (La République En Marche) à la commission des finances de l’Assemblée nationale:

    -Mais on va désormais entrer dans le dur des réformes. Vous comprenez alors pourquoi nous avons de bonnes raisons de craindre le pire…

    Echec et mat ?! ou seulement échec eu Roi ?…

  2. Hervé J. VOLTO juin 4, 2019 à 11:40 #

    Selon nos observateurs infiltrés au sein de la DGSI, les leaders des Gilets Jaunes tenteront de diversifier leurs modes d’action par rapport à tout ce qui a été fait depuis plusieurs mois.

    Confirmant ce qui a été vu sur les réseaux sociaux, à savoir par exemple, mi-février, Priscillia Ludosky expliquait déjà qu' »il ne [fallait] pas bloquer pour bloquer ». Au même moment, Eric Drouet, pourtant farouche défenseur des manifestations du samedi, proposait sur son groupe Facebook des actions différentes. Quant à Maxime Nicolle, on l’a vu à Londres soutenir Julian Assange ou encore dans les Alpes défendre le RIC… lors d’une sortie en parapente.

    Les Gilets Jaunes espèrent aussi se remobiliser cet été.

    -On va essayer d’organiser des rassemblements sur les plages, les lieux touristiques et les péages au moment des départs en vacances pour rester visibles », explique à l’AFP Jérôme Rodrigues.

    Et certains visent déjà les prochains scrutins électoraux :

    -Le mouvement se prépare aux municipales pour faire appliquer le Référendum initiative citoyenne au niveau local », assure Maxime Nicolle.

    La bête remue encore…

  3. Hervé J. VOLTO juin 4, 2019 à 11:47 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE…

    La propagande gouvernementtale nous présente l’échec cuisant des listes se revendiquant du mouvement Gilets jaunes lors des élections européennes :

    « Alliance jaune », menée par le chanteur Francis Lalanne, a remporté 0,54% des voix.
    « Evolution citoyenne », avec à sa tête Christophe Chalençon, a récolté à peine plus de 2.000 voix (0,01%).

    Au-delà des deux listes, le mouvement s’était aussi immiscé dans des partis qui ont intégré des Gilets jaunes. Toutes ces listes ont obtenu des résultats décevants : Benjamin Cauchy était ainsi en neuvième position de la liste de Nicolas Dupont-Aignan (3,51%) alors que Jean-François Barnaba s’est allié aux Patriotes de Florian Philippot (0,65%). L’UPR et le PCF ont également revendiqué la présence de plusieurs Gilets jaunes sur leurs listes, sans réaliser de percée dans les urnes.

    Parallèlement, Emmanuel Macron n’aurait pas connu de déroute dimanche. La liste Renaissance conduite par Nathalie Loiseau est bien arrivée en deuxième position, mais elle a limité la casse, à quelque 200.000 voix et moins d’un point du Rassemblement National.

    -La majorité a été confirmée, s’est réjoui le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, dès le lundi suivant les européennes.

    Morale de l’histoire : le remaniement attendu n’aura pas lieu et Edouard Philippe prononcera le 12 juin un discours de politique générale qui doit permettre « d’expliquer ce que sera la mise en oeuvre de l’acte 2 par le gouvernement » : augmentation des tarifs de l’électricité le 1er juin, hausse du prix de l’essence ces dernières semaines, envolée du coût du contrôle technique…

    Il ne tient aux Français de ne pas se faire enc… ouilonner comme il faut.

  4. Hervé J. VOLTO juin 5, 2019 à 9:42 #

    PS

    Je voulai dire : Il ne tient QU’aux Français de ne pas se faire enc… ouilonner comme il faut.

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