Les jours de la « grande coalition » allemande semblent de nouveau comptés.

5 Juin

Même s’il est vrai que, dans ce domaine, il y a guère de chance de voir « Bonnet blanc » se fâcher durablement avec « Blanc bonnet« .

La Pythie, à Athènes

Quoi qu’il en soit, les Pythies berlinoises nous affirment que, après quatorze mois d’existence, jamais la grande coalition d’Angela Merkel n’a en effet paru aussi proche de la rupture.

Tout a commencé avec le départ inattendu d’Andrea Nahles de la présidence du Parti social-démocrate (SPD). « Les débats à l’intérieur du groupe parlementaire et de nombreux retours venus de l’intérieur du mouvement m’ont convaincue que je ne dispose plus du soutien nécessaire à l’exercice de mes fonctions », a-t-elle annoncé, dimanche matin, dans un courriel adressé aux 400 000 adhérents du SPD.

Cette démission a pris tout le monde de court. Mardi 28 mai, deux jours après la débâcle historique du SPD aux élections européennes – 15,8 % des voix, son plus mauvais résultat à l’échelle nationale depuis la fin de la seconde guerre mondiale –, Andrea Nahles avait certes annoncé qu’elle remettrait en jeu son mandat de présidente du groupe SPD au Bundestag. Mais, selon ses plans, le vote, prévu mardi 4 juin, devait lui permettre de sauver son poste de présidente. En se faisant réélire à la tête du groupe, son autorité de chef de parti aurait été automatiquement restaurée, avait-elle espéré.

Il n’en aura finalement rien été. Quatre jours après une réunion houleuse avec ses collègues députés, mercredi 29 mai, Andrea Nahles a décidé de jeter l’éponge : dimanche, elle a non seulement annoncé qu’elle quittait la présidence du SPD et celle de son groupe parlementaire, mais elle a aussi fait savoir qu’elle quitterait prochainement le Bundestag.

Cette décision est particulièrement lourde de la part d’une dirigeante politique de 48 ans qui fut élue pour la première fois députée en 1998, qui devint, en avril 2018, la première femme à accéder à la présidence du SPD, et qui avait affirmé, l’année de son bac, qu’elle ne s’imaginait que deux destins : « Femme au foyer ou chancelière. » Rien de moins.

Dans quelle mesure ce départ précipité fragilise-t-il la grande coalition de MmeMerkel ? A vrai dire, nul ne le sait. Mais une chose ne fait aucun doute : jamais l’avenir de son gouvernement n’a été aussi incertain, tant sont maigres à la fois ses projets et ses résultats moins de quatre ans après la calamiteuse année 2015 qui vit s’abattre sur l’Europe en général et l’Allemagne en particulier, tels des criquets, plus d’un million et demi de migrants, la plupart analphabètes, incultes ou sans formation professionnelle et, pire, d’une violence calamiteuse.

Vol de criquets

En tout cas, preuve de la gravité du moment : la chancelière elle-même a estimé nécessaire de réagir publiquement, dimanche après-midi, à la démission d’Andrea Nahles. « Nous allons poursuivre le travail au sein de la grande coalition avec beaucoup de sérieux et un grand sens des responsabilités », a ainsi assuré sans rire Angela Merkel, d’une voix pesante, dans une allocution d’à peine deux minutes non suivie de questions face à quelques journalistes convoqués en urgence au siège de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), à Berlin. De la part de la chancelière, qui déteste commenter à chaud les soubresauts de la vie politique, une telle prise de parole est tout à fait inhabituelle et témoigne de son inquiétude.

Qu’Angela Merkel souhaite rester au pouvoir n’est pas une surprise… Depuis mars 2018, début officiel de son quatrième mandat de chancelière après six mois chaotiques consacrés à la formation d’une nouvelle coalition, elle a plusieurs fois répété qu’elle comptait diriger le gouvernement jusqu’à la fin de la législature, prévue à l’automne 2021. Mais y parviendra-t-elle ?

Ce n’est pas la première fois que les jours de la grande coalition semblent comptés. Dès juin 2018, trois mois seulement après sa laborieuse mise en place, celle-ci battait de l’aile et donnait déjà le sentiment d’être au bord de la rupture. En désaccord avec Angela Merkel sur la question des réfugiés, le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, président de l’Union chrétienne-sociale (CSU) bavaroise, avait menacé de claquer la porte. Il finit par y renoncer. Jamais le divorce entre la CDU et la CSU bavaroise, alliées depuis la fin des années 1940, n’avait paru aussi proche.

Aujourd’hui, ce n’est plus la CSU qui menace Angela Merkel. Ebranlés par leur mauvais résultat aux régionales d’octobre 2018, où nombre de leurs anciens électeurs ont voté pour Les Verts, les conservateurs bavarois ont décidé de recentrer leurs discours. Désormais, ils se posent en garants de la grande coalition au pouvoir à Berlin. Car, c’est bien connu, ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent. « Nous attendons du SPD qu’il permette à l’Allemagne d’avoir un gouvernement stable », a déclaré, dimanche, Markus Söder, qui a remplacé M. Seehofer à la présidence de la CSU mi-janvier.

Moins contestée par une CSU qui s’est assagie, Angela Merkel l’est davantage, aujourd’hui, par un SPD devenu de plus en plus fébrile. Avec le départ d’Andrea Nahles, la chancelière perd une alliée de poids. Les deux femmes entretenaient de très bonnes relations. Ministre du travail de Mme Merkel de 2013 à 2017, MmeNahles n’avait pas ménagé ses efforts, début 2018, pour convaincre les adhérents du SPD de voter en faveur d’une nouvelle grande coalition avec la CDU-CSU. Ce qu’ils ont accepté, à 66 %, lors du référendum interne du 4 mars 2018. Mal leur en a pris car ils ont été, comme souvent, vampirisés par la chancelière.

Mais au SPD, le résultat désastreux des européennes a un peu plus conforté les contempteurs de la grande coalition, ceux pour qui le parti va à sa perte en continuant de gouverner avec les conservateurs. Contrôlés jusqu’alors par Andrea Nahles, ceux-ci auront-ils désormais les mains libres pour précipiter le cours des choses ? C’est la grande inconnue.

Après le départ de celle qui en était la présidente depuis seulement treize mois, le SPD doit se trouver un nouveau chef. Pour cela, un congrès pourrait être organisé dès septembre. D’ici là, une direction provisoire devrait être mise en place. Quelle que soit sa composition, il paraît peu probable que, sans mandat des adhérents, celle-ci mette un terme du jour au lendemain à la participation du SPD au gouvernement. C’est ce que nous appelions l’union de « Bonnet blanc » et de « Blanc bonnet« .

Mais, si elle n’est pas pour tout de suite, l’heure de vérité approche à grand pas. Jusque-là, c’était l’aile gauche du SPD qui spéculait sur une fin de la grande coalition avant 2021. Aujourd’hui, même des modérés évoquent l’hypothèse à haute voix.

C’est le cas de Thomas Oppermann, vice-président du Bundestag. Début 2018, ce dernier milita activement pour que le SPD reste au gouvernement. Désormais, il est beaucoup plus réservé. « La grande coalition n’est pas un but en soi », a-t-il déclaré, dimanche, sur la chaîne de télévision ARD. « La question reste ouverte de savoir si la grande coalition sera toujours là à Noël », a-t-il ajouté.

M. Oppermann n’a pas cité l’échéance de Noël au hasard. Celle-ci correspond d’abord au lendemain des élections régionales du 1er septembre en Saxe et dans le Brandebourg, puis, le 27 octobre, en Thuringe – trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est où le SPD pourrait de nouveau essuyer de sérieux revers et la droite radicale (AfD) engranger de nouveaux succès.

L’échéance coïncide aussi avec le mitan de la législature, autrement dit le moment prévu par le « contrat de coalition » pour que le SPD et la CDU-CSU décident s’ils souhaitent continuer à gouverner ensemble jusqu’en 2021.

Pour l’heure, ce sont les sociaux-démocrates qui sont le plus tentés par l’idée de retourner dans l’opposition. Mais si la CDU subit elle aussi de lourdes pertes aux élections régionales de septembre et octobre, en particulier au profit de l’AfD, la pression pourrait s’accentuer sur Annegret Kramp-Karrenbauer, la nouvelle présidente du parti, pour que celle-ci « droitise » encore davantage son discours. Ce qu’elle a commencé à faire depuis qu’elle a succédé à Mme Merkel à la tête de la CDU en décembre 2018. Au risque, cette fois, de rendre la cohabitation avec le SPD réellement impossible.

Attendez-vous donc à ce que la situation politique en Allemagne tangue…tôt ou tard.

Le 5 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Les jours de la « grande coalition » allemande semblent de nouveau comptés.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 5, 2019 à 10:00 #

    MERKEL n’est pas comme MACRON : elle ne tente pas de prendre ses cons-citoyens pour des cons-tribuables justes bons à être tondus. Non pas parce qu’elle possède des vertus que notre Président ne possèdent pas : non, parce qu’elle n’a pas comme lui la majorité absolue au gouvernement et au parlement. Elle ne peut pas faire ce qu’elle veut…

    Car la Gross Khoalzione empèche la chancelière de mener la même politique de raclage de titoir et de gestion à la petite semaine d’Emmanuel Macron. Elle ne peut rien faire d’autre : cohabitation égal paralysie ! Et le poid de l’immigration, due à sa politique suicidaire, s’alourdit toujours plus. D’où le risque d’implosion de la classe dirigeante allemande…

  2. Hervé J. VOLTO juin 5, 2019 à 11:32 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE !

    N’avez-vous pas lu le dernier numero de L’INCORRECT
    https://lincorrect.org/ ?

    En titre : steve banon, « la droite doit rendre coup pour coup ».

    Celà vaut des eux cotés du Rhin…

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