Les Petits Poucets de LR face à l’ogre LRM.

6 Juin

Les élus Les Républicains, candidats aux élections municipales de 2020, ont perdu leur boussole depuis les élections européennes de dimanche dernier, comme les enfants du bûcheron de Charles Perrault qui s’enfonçaient dans la forêt profonde en semant derrière eux de la mie de pain…Alors, ils sont l’objet de toutes les convoitises en même temps que de toutes les pressions politiques.

Et ceux qui mènent la danse sont évidemment les traîtres de 2017. Ceux qui passèrent avec armes et bagages et sans le moindre scrupule, du soutien à François Fillon à celui d’Emmanuel Macron dès qu’ils eurent flairé que la chance tournait : les Philippe, Darmanin, Lecornu, Riester, Boyer ou Solère. Tous largement récompensés depuis par quelques maroquins ou autres prébendes.

Depuis dix jours, ils multiplient les appels pour inciter leurs anciens collègues à rejoindre la majorité dans l’optique des élections municipales de mars 2020. Avec un mot d’ordre : « Mettez votre énergie à nous aider à reconstruire le pays plutôt que votre parti ! »

En première ligne de cette « opération séduction » figurent le ministre des collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, celui des comptes publics, Gérald Darmanin, de la culture Franck Riester, l’eurodéputé Gilles Boyer, ou encore le député La République en marche (LRM) des Hauts-de-Seine, Thierry Solère. Tous proches du premier ministre, Edouard Philippe, ils exhortent les maires de droite à quitter leur parti, qui s’enfonce dans la crise. « C’est le moment », jugent-ils, après la déroute de LR le 26 mai et la démission de Laurent Wauquiez de la présidence du parti.

Soulagés du score obtenu par la majorité aux européennes (le boulet passa si près que leur chapeau tomba !), ces anciens élus de droite ralliés à Emmanuel Macron sont désormais déterminés à anéantir leur famille d’origine pour faire de leur nouveau port d’attache le seul réceptacle de la droite molle. « Ils y vont à fond car les résultats ont conforté leur choix risqué de rejoindre Macron au moment de la présidentielle », analyse un pilier de la majorité, évoquant « une raison existentielle ». Il suffisait de voir le large sourire de Bruno Le Maire au soir des européennes, actant « la disparition des grands partis de gouvernement, en particulier Les Républicains », pour le comprendre.

Si la direction de LR espère que le départ de M. Wauquiez va permettre de « stopper l’hémorragie », les responsables de la majorité assurent enregistrer un afflux de soutiens d’élus de droite. « Nos appels marchent bien », se félicite-t-on notamment à Agir, parti de centre droit allié à Emmanuel Macron, en assurant avoir de « grosses prises ». Même satisfaction à La République en marche.

Si, ni Agir ni LRM n’est en mesure de fournir le moindre chiffre, des premiers mouvements sont intervenus au cours des derniers jours. Le maire de Quimper (Finistère), Ludovic Jolivet, a annoncé vendredi qu’il quittait LR pour rejoindre Agir. Trois élus des Hauts-de-Seine (le maire de Chaville, Jean-Jacques Guillet, celui de Clichy, Rémi Muzeau, ou encore celui de Saint-Cloud, Eric Berdoati) ont également décidé de lâcher leur étiquette LR. Même le maire de Nice, Christian Estrosi, qui avait choisi de voter LR aux européennes, a refait un pas vers la majorité, mardi, en se disant prêt à former « une coalition » avec LRM ! (souvenez-vous de ce que nous écrivions ici à son propos, dès 2017 : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/09/il-y-sans-aucun-doute-anguille-sous-roche/).

Au plus grand bonheur des macronistes issus de la droite, qui pressent les élus LR de « faire un choix de clarté ». En clair : à quitter leur famille politique. « Par nature, les maires se retrouvent sur une position centrale dans la gestion de leur commune donc assez aisément, ils peuvent se retrouver à travailler avec la majorité», souligne Thierry Solère. Si certains viennent d’eux-mêmes, beaucoup se montrent encore hésitants. D’où la nécessité de se montrer le plus persuasif possible. « Il faut tendre la main aux maires de droite et s’il le faut, leur tordre le bras », sourit un ministre au cœur des opérations.

Une ardeur qui hérisse les responsables des Républicains. « Leur indécence est révélatrice de l’attitude des nouveaux convertis, qui sont prêts à tout pour faire oublier leur trahison, assène le patron des députés LR, Christian Jacob qui ajoute «  Chacun veut donner des gages à Macron et c’est le concours de celui qui ira le plus loin. »

Mais, au sein de la majorité présidentielle, l’énergie déployée par les ex-LR n’est pas non plus perçue d’un très bon œil par les macronistes de la première heure, pour qui la logique du dépassement des clivages doit rester la règle. C’est notamment la position du patron de LRM, Stanislas Guerini, qui se pose en défenseur du « en même temps » originel. « Les élections européennes confirment la fin du clivage droite-gauche. Nous allons poursuivre notre stratégie du en même temps et rassembler largement autour de nos valeurs progressistes, à gauche comme à droite », affirme-t-il.

Lui-même a pris ses distances avec l’offensive de l’aile droite de la majorité, rappelant, mardi dans Le Figaro, que la vocation des macronistes n’était pas de tomber « dans des affaires de boutiquiers ». Avant de condamner les récents propos de l’eurodéputé Gilles Boyer, selon lequel un maire élu sans l’apport de LRM « sera un ennemi du président pour 2022 » : « C’est une impasse politique que de raisonner comme cela. »

D’autres, au sein du parti présidentiel, craignent qu’une arrivée d’élus LR déporte un peu plus la majorité vers la droite. « On a signé pour dépasser le clivage, pas pour passer de l’autre côté », prévient le député LRM de Paris, Pacôme Rupin, issu du PS. Avant de mettre en garde : « Notre formation n’a pas vocation à remplacer la droite. Il y a des valeurs différentes entre la droite conservatrice et notre ligne progressiste. » « Le calcul des amis d’Edouard Philippe est simple : ramener un maximum d’élus LR car plus ils seront nombreux, plus ils pourront peser sur la ligne », estime un macroniste.

Un danger identifié par l’aile gauche de la majorité. « Attirer des élus de droite ne doit pas être notre seul objectif. Il faut aussi veiller à élargir notre majorité vers la gauche, en particulier en direction des écologistes », souligne le député LRM du Val-d’Oise, Aurélien Taché. « Nous ne sommes pas une bouée de sauvetage pour partis en perdition !, abonde son collègue Hugues Renson, candidat à l’investiture de son parti pour les municipales à Paris. Si des élus LR veulent nous soutenir, c’est à eux de se positionner. Pas à nous de faire de la débauche. Restons fidèles à ce que nous sommes. » Un message résumé par le député des Deux-Sèvres, Guillaume Chiche : « Nous devons parler aux Français, pas aux appareils politiques que l’on supplante. »

Souvenez-vous de ce que André Malraux disait à l’époque du gaullisme triomphant : «Entre les communistes et nous [les gaullistes], il n’y a rien». Théorème appliqué d’une main de fer, avec la complicité active du Parti communiste qui ne voulait pas perdre sa prédominance à gauche.

Aujourd’hui, à défaut du Rassemblement national, l’ogre macroniste a bien l’intention de dévorer le Petit Poucet Républicain !

Le 6 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Les Petits Poucets de LR face à l’ogre LRM.”

  1. Paul-Emic juin 6, 2019 à 9:35 #

    m’est avis que ce mouvement de bric et de broc qu’est LREM ne tiendra sous cette forme que tant que tiendra Macronnet. Ensuite je lui prédis un avenir aussi durable que le mouvement de Poujade.
    A terme les factions les plus progressistes prendront le pouvoir ou feront sécession, en particulier dès que la classe moyenne aura complètement été siphonnée pour alimenter immigration et clampins.
    La bourgeoisie se cherchera un nouveau manche pour protéger son capital et poursuivre sa marche vers des lendemains qui brillent comme le reflet du soleil sur les pièces d’or.

    La ligne de fracture passe entre les mondialistes-libéraux-immigrationnistes-progressistes et les patriotes. Les recompositions sont inéluctables ce qui amène à la dissolution des autres formations héritières de l’après guerre où le clivage était entre les marxistes et les non marxistes. S’il n’y avait l’islam en embuscade ça serait presque drôle à observer.

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