Numerus clausus médical : plus ça change et plus ça risque d’être la même chose.

7 Juin

Ou « la grande désillusion » des futurs étudiants en médecine.

Avec Emmanuel Macron, c’est toujours pareil. Il y a les annonces, toujours logiques et séduisantes. Et il y a les faits, toujours trompeurs. Ce sera probablement le cas, une fois encore, de la suppression annoncée du fameux numerus clausus qui est depuis son instauration (1971) l’une des principales causes de la paupérisation de la santé publique dans notre pays. Vous trouverez d’ailleurs l’analyse que nous en avions faite en septembre 2018, après bien des années pendant lesquelles nous n’avions cessé de montrer l’absurdité du système (mot-clé « numerus clausus » dans notre moteur de recherche, pour ceux que cela intéresse): https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/19/a-propos-du-numerus-clausus-des-etudes-medicales/

Donc, si l’on en croit Emmanuel Macron lui-même, à la rentrée 2020, presque cinquante ans après sa création, le numerus clausus aura officiellement disparu. Cette suppression, annoncée en septembre 2018 et adoptée lundi 3 juin lors de l’examen de la loi santé au Sénat, doit mettre fin au gâchis humain d’une première année de médecine ultra-sélective, la Paces (première année commune aux études de santé), où plus des trois quarts des quelque 60 000 inscrits échouent à décrocher une place dans les filières médicales. Elle doit aussi contribuer à résoudre la pénurie de médecins.

Mais cette promesse spectaculaire pourrait hélas susciter quelques désillusions. La commission des affaires sociales du Sénat a déjà mis en garde contre une « communication gouvernementale potentiellement trompeuse quant à la suppression du numerus clausus et à ses conséquences ». Et dans le monde universitaire et médical, l’affaire semble entendue, jusque dans les rangs feutrés des doyens de faculté de médecine : cette « suppression » du numerus clausus serait en réalité largement en trompe-l’œil. Selon les bonnes habitudes d’Emmanuel Macron et de ses sbires.

Pourquoi une telle méfiance envers une mesure pourtant largement saluée ? Certes, le nombre de places ouvertes dans les filières des études de santé (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie) ne sera plus fixé par l’Etat pour chacune des trente-sept facultés françaises (13 523, dont 8 205 en médecine à la rentrée 2018). Mais il demeurera : aux universités désormais de fixer ce contingentement, en fonction de leurs capacités de formation et des besoins de santé du territoire, « sur avis conforme de l’agence régionale de santé [ARS] », et au regard « d’objectifs nationaux pluriannuels relatifs au nombre de professionnels à former établis par l’Etat ». Il y aura donc toujours un nombre couperet.

Si la réforme apparaît comme source d’une plus grande souplesse, difficile en revanche d’y voir une révolution. « On laisse croire qu’on va ouvrir les vannes pour rejoindre les études médicales, que ça va être open bar, alors que ce ne sera pas du tout le cas », pointe un universitaire.

Le chef de l’Etat a beau proclamer qu’« il n’y aura plus de concours à la fin de la première année », des épreuves sélectives – en cours de définition, elles seront précisées par décret – viendront le remplacer. Parallèlement, la Paces, première année aboutissant à ces épreuves, elle aussi annoncée comme « supprimée », va persister dans une version proche, même si des voies alternatives vont monter en puissance.

« On n’a retenu qu’une chose avec cette communication sur la fin du numerus clausus, c’est qu’il n’y aurait plus cet atroce concours, souligne le doyen de la faculté de médecine de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Mais les futurs étudiants auront un autre concours atroce. Quand les familles et les lycéens vont s’en rendre compte, on va avoir une forte désillusion. »

Deuxième objectif de la réforme : répondre, d’ici dix à quinze ans, aux déserts médicaux. Agnès Buzyn a annoncé en février que le nombre de médecins formés augmenterait de 20 % après la réforme. Un pourcentage qui a marqué les esprits mais sur lequel elle a reculé quelques jours plus tard dans l’Hémicycle ! « Il ne s’agit-là que d’un chiffre maximal, a-t-elle déclaré. Les capacités de formation de nos universités et de nos hôpitaux n’étant pas infinies. » Et la ministre des solidarités et de la santé d’ajouter : « Ce système ne signifie pas la fin du numerus clausus, puisque notre capacité à former des médecins reste limitée… »

Dans les facultés, on reconnaît que la progression du nombre d’étudiants formés ne pourra être bien souvent que de quelques pourcents par an, dans la continuité de ce qui est fait depuis des années. « Cette fin du numerus clausus ne va pas changer massivement le nombre de médecins formés », relève avec tristesse Jean Sibilia, le président de la Conférence des doyens de médecine.

Outre le manque de terrains de stage, en hôpital ou chez les médecins, déjà insuffisants aujourd’hui pour répondre à une formation française très ancrée« au chevet du patient », cela risque de coincer quant aux capacités d’accueil des formations. Une porte grande ouverte à l’accueil et à l’emploi d’un nombre sans cesse croissant de médecins à diplômes étrangers dont nous aurons TOUS à redouter les incompétences.*

Par ailleurs, les universités ne sont pas en grande forme, en termes de finances. Et pourtant, pour mener cette réforme, rien de concret en matière d’enveloppe budgétaire n’a été annoncé. Certains rappellent le coût très élevé d’un étudiant en médecine. « On comprend bien qu’une augmentation du nombre de médecins formés, cela signifie des internes de plus à payer demain, c’est aussi une question budgétaire pour l’Etat », relève le doyen de Versailles qui n’ose pas préciser que les pouvoirs publics auront tôt fait de calculer que les faire former et payer à l’étranger…c’est tout bénéfice !

Reste l’inconnue des déserts médicaux. Les acteurs actuels de la suppression du numerus clausus sont ambigus sur la capacité de la mesure à résoudre ce problème. Tantôt ils assurent qu’elle permettra, en vertu de la loi de l’offre et de la demande, de voir les territoires aujourd’hui en souffrance trouver preneur une fois que les médecins seront en nombre suffisant, d’ici…dix à quinze ans. Tantôt ils assurent que cette suppression « ne réglera pas le problème de la démographie médicale », comme l’a d’ailleurs déclaré Mme Buzyn, en rappelant qu’il n’y avait jamais eu autant de médecins en France qu’aujourd’hui.

Une ambiguïté pointée par certains, qui craignent que les résultats ne soient pas au rendez-vous. « La situation devient intenable dans certains territoires en matière d’accès aux soins, les gens sont révoltés. On leur répond suppression du numerus clausus, mais la question fondamentale est celle de la répartition « , fait valoir Patrice Diot, doyen de la faculté de Tours et président de l’Observatoire national de la démographie des professions de santé.

En d’autres termes, nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge.

Le 7 juin 2019.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

 

Lire « Quand des mercenaires dictent leur loi aux hôpitaux français » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/20/quand-des-mercenaires-dictent-leur-loi-aux-hopitaux-francais/ et aussi « Un effet collatéral de l’islamisation de la France » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/03/22/un-effet-collateral-de-lislamisation-sournoise-de-la-france-les-francaises-sont-de-plus-en-plus-nombreuses-a-accoucher-sous-la-tente/ et encore « Médecins algériens: tirons une fois encore la sonnette d’alarme » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/01/medecins-algeriens-tirons-une-fois-encore-la-sonnette-dalarme/

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