Le lent démantèlement du tissu industriel français.

15 Juin

Les exemples de fermetures de sites industriels ne manquent hélas pas en France, avec leur lot de chômage, de misère, de désespoir de nos compatriotes et de paupérisation sans fin de notre malheureux pays mais sans que cette tragédie soucie le moins du monde nos dirigeants politiques, davantage préoccupés d’élections et, surtout…de réélection.

Mille emplois en sursis à General Electric (GE), dont 850 rien qu’à Belfort, plus de 700 supprimés chez le papetier Arjowiggins, 20 % des 1 500 postes menacés chez Bosch à Rodez, qui produit des composants pour les moteurs diesel, près de 300 emplois en suspens à l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve et 250 sur l’ex-site de Whirlpool, désormais dénommé WN… La litanie des annonces de fermetures partielles ou totales de sites industriels se poursuit, souvent du fait d’une chute brutale de leurs marchés respectifs, entraînant une perte de trésorerie. Et ce malgré le léger rebond de l’industrie française depuis 2017.

Avant de se résoudre à céder ou fermer un site déficitaire, les grands groupes cherchent généralement à le diversifier. Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, rappelait d’ailleurs, le 3 juin à Belfort : « Il y a des pistes de diversification prometteuses et porteuses, notamment dans l’aéronautique. » Des voies possibles, certes, mais ce processus est compliqué, surtout quand rien n’a été anticipé !

Car, « Pour réussir une reconversion et pérenniser un site, il faut avant tout anticiper », rappelle Géraud de Montille, chargé de la revitalisation et de la réindustrialisation au sein du cabinet Siaci Saint-Honoré. « A l’usine d’électronique Bosch de Mondeville, nous avons commencé à réfléchir dès 2009. Et il a fallu quatre à cinq ans pour établir un plan de transformation partagée par toutes les parties prenantes. Travailler avec les organisations syndicales le plus en amont possible est une nécessité », insiste Estelle Schneider, représentante CFDT de l’usine, dont l’activité est repartie.

Face à l’effondrement du marché du diesel (merci Europe Ecologie-Les Verts !), le site Bosch de Rodez se cherche un nouvel avenir depuis deux ans. « Nous voulons nous donner le temps d’établir un plan de diversification, confirme Heiko Carrie, le directeur général du groupe en France. Une équipe de trente à quarante personnes travaille sur le sujet. Sur les trois cents postes menacés, nous en avons déjà sauvegardé une petite partie en identifiant des charges de production à leur confier, et en diversifiant le site dans les services à l’industrie. Nous avons d’autres pistes en discussion, mais il est trop tôt pour les évoquer. Il faut laisser le temps au temps. » 

Du temps, ces deux sites en ont un peu car leur maison mère a les reins solides et finance une partie de leur reconversion. A contrario, une recherche de repreneurs dans l’urgence, c’est-à-dire dans la période de deux à quatre mois prévus par la loi Florange pour les cessions de site, est généralement vouée à l’échec.

Pour l’ensemble des professionnels de restructurations de site interrogés, il faut un minimum de dix-huit mois pour préparer convenablement une cession reconversion. Sans garantie de succès aucune. Selon les données du cabinet Trendeo, au cours des dix dernières années, seul 6 % des 1 723 sites fermés ont été repris. Une catastrophe.

« Outre le temps, et la transparence vis-à-vis des partenaires sociaux, il faut pouvoir travailler de manière absolument confidentielle en amont d’une restructuration, c’est une condition sine qua non, confirme Patrick Georges, directeur en charge des mutations industrielles et territoriales au cabinet LHH Altedia. L’ennemi, en un sens, c’est la médiatisation et la récupération politique. Quand un dossier devient politique, cela parasite tout le système ! »

Whirlpool l’illustre parfaitement. Après une grande mobilisation locale et sa récupération par les candidats de la campagne présidentielle, son repreneur, Nicolas Decayeux, a tenté de transformer cette usine de fabrication de sèche-linge en usines multiproduits… avant que la société ne soit, faute de fonds, placée en redressement judiciaire fin mai.

En revanche, quand un industriel prend le temps de préparer une cession en accord avec les syndicats, cela peut fonctionner. A Barentin, en Normandie, le transfert de production, en 2015, du site de disjoncteurs de Schneider à la PME spécialisée dans l’éclairage par LED, Lucibel, a été lancé dès 2013. En fait, constate Patrick Georges, « il n’existe malheureusement aucune formule magique pour sauver un site. Pour réussir une reprise, il faut un moteur économique et des perspectives de chiffre d’affaires de la nouvelle activité… Sans cela, c’est très compliqué ». D’ailleurs, si Vallourec avait bien pris le temps de céder en 2017 son aciérie, rénovée, à Ascometal, ce dernier a tout de même fini par mettre la clé sous la porte. Et depuis deux ans, l’aciérie est brinquebalée d’un repreneur fragile à un autre.

Hélas, ces dernières années, malgré la loi Florange qui les incite à chercher un repreneur, les grands groupes préfèrent fermer purement et simplement leurs entités. Dans de rares cas, les salariés, après de longs et âpres combats, arrivent à récupérer le site pour y monter une société coopérative à l’image des Fralib à Marseille, qui ont relancé la production de sachets de thé de l’ex-site d’Unilever. En revanche, dans d’autre, comme à Ford en Aquitaine, l’usine est condamnée.

Quant aux groupes qui n’ont aucun espoir de retrouver des repreneurs, ils optent pour le financement de plans de revitalisation économique. En 2014, PSA avait arrêté son site d’assemblage d’Aulnay-sous-Bois tandis que Michelin fermait son usine de pneus de camions de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire). Cinq ans plus tard, PSA a financé de 1 000 à 1 500 emplois dans diverses structures, notamment dans la logistique, Michelin, pour sa part, a subventionné l’installation de 800 postes. Un moindre mal.

Et tout ça parce que, la plupart du temps, les dividendes versés aux actionnaires ont plus d’importance que la vie d’une entreprise, son rôle dans l’économie du pays et ne parlons même pas de l’existence de ses employés…

Autant de méfaits du capitalisme mondialiste.

Le 15 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Le lent démantèlement du tissu industriel français.”

  1. gilbert thizy juin 15, 2019 à 1:35 #

    effectivement on assiste petit a petit a une transformation de la FRANCE, mais dans la mauvaise direction

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