Depuis le temps que le CER demandait une alliance franco-italienne dans la construction navale…

16 Juin

Nous voici enfin, semble-t-il, exaucés ! En tout cas si aucun nouvel obstacle politique ne vient contrecarrer ce beau projet.

Ceux qui lisent notre blogue régulièrement savent combien le Conseiller du CER aux Armées insiste, depuis de nombreuses années, sur les avantages tant économiques que techniques qui résulteraient d’une alliance entre les deux principaux constructeurs navals militaires de France et d’Italie (le mot-clé « conseiller aux armées« , sur notre moteur de recherche, vous permettra d’en juger).

Après plus de deux ans de négociations, le PDG de Naval Group (ex-DCNS), Hervé Guillou, et le patron de Fincantieri, Giuseppe Bono, ont signé, vendredi 14 juin, un accord sur la création d’une coentreprise qui mènera des projets communs, notamment dans le secteur des corvettes et des frégates où la concurrence mondiale fait désormais rage.

FREMM Federico-Martinengo

Tous les gestes symboliques comptent, alors que les relations entre les deux « maisons » sont passées par des hauts et des bas. C’est sur le Federico-Martinengo, une frégate multimission de conception franco-italienne, amarrée dans le port militaire de La Spezia (Toscane), que l’accord a été scellé. « C’est l’aboutissement d’une ambition industrielle partagée », estime M. Guillou. La société sera, dans un premier temps, présidée par M. Bono, alors qu’un Français, Claude Centofanti, en sera le directeur général. La nationalité des dirigeants alternera. Le siège sera installé à Gênes, mais la filiale ingénierie sera basée à Ollioules (Var).

L’enjeu est économique et industriel. Comme toute joint-venture, celle qui est sortie du projet « Poséidon », lancé en 2017, permettra de regrouper certains achats pour dégager de substantielles économies. Avant la clôture de l’opération, prévue dans les prochains mois, et avant même l’accord intergouvernemental devant délimiter ce qui relève de la souveraineté de chaque Etat, M. Guillou veut « rendre cette joint-venture très concrète à court terme ». Des deux côtés des Alpes, les ingénieurs travaillent déjà sur la refonte des frégates franco-italiennes Horizon, arrivées à mi-vie. Les deux groupes se sont entendus sur cinq projets de recherche et développement pour faire des offres à l’international. Et « des actions volontaristes à l’export pour être plus forts ensemble ».

Rester compétitif est primordial, sans sacrifier pour autant l’exigence technologique. La loi de programmation militaire 2019-2025, qui prévoit de porter les crédits de la défense à 2 % du produit intérieur brut, ne permet pas à Naval Group d’assurer son avenir. Il envisage d’exécuter des programmes 30 % moins chers que ses concurrents britannique ou allemand, ce qui permettra des économies de 400 millions d’euros par an à la marine nationale, selon M. Guillou. L’enjeu est similaire pour les Italiens. L’objectif est également de passer la part des exportations de 35 %-40 % aujourd’hui à 50 %. Notamment grâce à la vente, par la coentreprise, d’une à deux frégates de plus par an, à partir de 2025.

Mais l’enjeu de ce rapprochement est tout aussi géopolitique : maintenir l’indépendance de la France et de l’Italie dans le naval de défense. « Nous souhaitons conduire notre avenir, la construction de notre souveraineté nationale plutôt que de subir à terme les difficultés d’une entreprise qui n’aurait pas une taille critique », explique Hervé Guillou. Or, ni le groupe français ni son concurrent italien n’auraient tenus très longtemps seuls.

« Nous avons fait un constat stratégique : nos entreprises sont les deux leaders européens du naval de défense, mais la compétition est de plus en plus forte avec l’industrie des puissances chinoises et russes, mais aussi la Corée du Sud, et maintenant la Turquie, souligne Jean-Yves Battesti, secrétaire général du groupe, qui sera un des trois administrateurs français de la coentreprise. Nos marchés nationaux ne sont plus suffisants pour conserver l’ensemble des compétences nécessaires au maintien de notre avance technologique. Il faut se projeter à dix ans si l’on veut conserver le leadership. » Les corvettes et les frégates, d’un tonnage compris entre 2 000 et 8 000 tonnes, seront « au cœur de notre coopération », précise-t-il.

La concurrence s’exacerbe depuis quelques années. La Chine, dont l’objectif affiché est de rattraper la puissance navale américaine, est devenue le numéro un mondial de ce secteur industriel en 2018. Elle y investit massivement, améliore sa technologie et bénéficie des effets de série d’importantes commandes nationales. La Russie, elle, affiche une croissance annuelle de son activité de 17 % et sera numéro deux dès 2020.

Une offre européenne s’impose. Pour cimenter l’alliance franco-italienne, Paris et Rome ont ainsi déposé à Bruxelles un dossier pour la future European patrol corvette de 3 000 tonnes, d’abord destinées aux marines française et italienne, qui devraient en prendre livraison avant 2030. Ouvert à d’autres pays, ce programme pourra recevoir des crédits communautaires.

La création d’une coentreprise a pris du temps. Le résultat est pourtant moins ambitieux que le scénario de départ prévoyant un mariage capitalistique à travers des participations croisées de 5 % à 10 %. On est hélas assez loin de l’« Airbus du naval » imaginé par certains.

Travailler sur des projets concrets vaut sans doute mieux, dans un premier temps, que de bâtir des entreprises paneuropéennes. Surtout dans des domaines où les Etats restent très sourcilleux sur leur souveraineté. « Nous sommes une industrie de long terme, indique M. Battesti. Avec Fincantieri, nous avons privilégié une approche par étapes. Nous verrons ensuite. » Après tout, il y a cinquante ans, Airbus n’était qu’un groupement d’intérêt économique franco-allemand rejoint par les Britanniques et les Espagnols. Avant de devenir – non sans crises – un des deux leaders mondiaux de l’aéronautique, avec Boeing.

Reste que les conséquences du temps perdu jusqu’à cet accord restent entières ! Ainsi, à cause des interminables tergiversations qui l’ont précédé, une concurrence « de fait » s’est instaurée entre Naval Group et Fincantieri. Il y a par exemple déjà le cas de la Bulgarie pour les corvettes, qui voit Fincantieri parmi les candidats… Mais il y a aussi le fait que le premier PPA de bonne mémoire destiné à la marine militaire italienne sera lancé sous peu et opérationnel en 2021 alors que notre première FDI/FTI… n’est encore que sur le papier….. Un beau gâchis…

Quoi qu’il en soit…c’est cela l’Europe des nations, telle que nous la voulons. Avec ses coopération ciblées, entre des Etats choisis et volontaires, en dehors des tyrannies de Bruxelles.

Le 16 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA, et CC(r) François Romain, CJA, Conseiller aux armées.

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