De l’Afrique au Mali…et retour.

18 Juin
La décolonisation en Afrique n’a pas eu, loin s’en faut, les effets bénéfiques auxquels aspiraient à la fois les bénéficiaires de cette inexorable évolution de l’histoire et auxquels prétendaient ses principaux acteurs. Nous ne nous étendrons pas ici sur les différents aspects de cet échec pour ne considérer que l’un des plus absurdes et des plus fautifs : la conviction qu’en dehors des principes démocratiques nés en Occident, il n’y avait pas de salut ! Or, c’était ignorer ou faire fi des spécificités culturelles et historiques des peuples africains qui sont sans rapport avec les nôtres. La première conséquence tragique de cette vision erronée fut la création d’Etats qui ne correspondaient en rien aux organisations ethnologiques du continent.
Le Mali (et quelques autres auprès de lui) en est l’un des meilleurs exemples. Au point que nous avons résumé sa situation, à plusieurs reprises, d’une manière lapidaire :

Le Mali n’existe pas !*

En voulez-vous la preuve ? C’est très simple, il suffit de se pencher un peu sur les quelques ethnies qui composent le soi-disant pays et vous aurez tout compris des tragiques violences qui l’ensanglantent depuis des années. Une vingtaine d’ethnies vivent au Mali. Malgré les échanges entre elles au cours de l’histoire, chacune possède une culture spécifique sans beaucoup de rapport avec les autres. Les principales sont :

les Bambaras , les Bobo, les Malinkés, les Soninkés ou Sarakolés, les Peuls, les Dogons, les Touaregs, les Sonrhaïs, les bozos, les Toucouleurs, les Sénoufos, les Minianka et les Khassonkés….Le tout de plus en plus déstabilisé par les prétentions des arabo-musulmans, venus de nord et de l’est, et porteurs du message pervers de l’islam radical.

Une excellente analyse de cette situation a été produite par l’intellectuel malien Adam Thiam

Adam Thiam.

Journaliste et consultant, Adam Thiam est spécialiste du centre du Mali. Auteur d’un rapport de référence in­titulé « Centre du Mali : enjeux et dangers d’une crise négligée », publié en 2017 par le Centre pour le dialogue humanitaire, il a aussi étudié les ­conflits et les questions de développement au Sahel. Il est par ailleurs un familier des arcanes politiques : ex-porte-parole de la commission de l’Union africaine, il est actuellement conseiller de l’ancien président de transition malien Dioncounda Traoré (2012-2014).

Il déplore évidemment qu’au Mali le nombre de civils tués dans des attaques a augmenté de 300 % entre novembre 2018 et mars 2019, en majorité dans la région du centre. Comme le fait que le Burkina Faso s’embrase à son tour. Pour lui, la situation de violence qui prévaut aujourd’hui dans le centre du Mali découle de l’offensive djihadiste qui avait été lancée dans le nord, en 2012. C’est cette même année qu’Amadou Koufa [aujourd’hui chef djihadiste dans le centre du Mali] a été recruté, au nord, par Iyad Ag Ghali [principal leader djihadiste pour ­l’ensemble du Sahel].

Un de leurs projets était alors d’annexer le centre du Mali. Ils ont échoué, grâce à l’action militaire de la France en 2013, mais beaucoup de groupes armés islamistes sont restés dans la région du centre ou se sont dispersés vers le Burkina Faso. D’ailleurs, au Burkina, Ibrahim Malam Dicko [fondateur du groupe armé islamiste Ansaroul Islam] a lui aussi été formé par Iyad Ag Ghali, qui a placé ses pions pour creuser son sillon.

Ses combattants ont attendu que les opérations militaires de 2013 [opération « Serval » menée par l’armée française] se tassent. La suite a été relativement facile pour eux car il n’y avait pas vraiment d’Etat capable de les contrer, et ils ont pu avancer.

La situation s’est encore dégradée avec la constitution de milices d’autodéfense par certains des groupes ethniques dont nous avons parlé. La création de ces milices a été une riposte au djihadisme. Au centre du Mali, ce phénomène est apparu, fin 2015, dans le sillage de l’opération militaire « Seno ». L’armée malienne a en effet commencé à utiliser comme éclaireurs des membres de la confrérie traditionnelle des chasseurs [appartenant au peuple dogon] pour lutter contre les groupes armés islamistes.

Un an plus tard, le chef de la confrérie, Théodore Soumbounou, était assassiné par des djihadistes peuls. La milice dogon Dan Na Ambassagou a été créée dans la foulée en réaction au meurtre de Soumbounou. Meurtre dont les chasseurs dogon ont rendu responsables les Peuls en général, selon un raccourci : tous les djihadistes qu’ils avaient tués étant des Peuls, tous les Peuls étaient un problème. Dan Na Ambassagou a organisé un blocus économique contre la communauté peule, qui s’est à son tour ­défendue en se dotant de milices.

Et la boucle se boucla !

Au Burkina Faso aussi, les affrontements se multiplient et les causes en sont les mêmes qu’au Mali. Toutes ces milices sont nées à partir du sentiment partagé par les différentes communautés : elles ne se sentent pas assez protégées par l’Etat et l’armée. Fatalement, puisqu’il n’y a pas d’Etat et que l’armée est quasiment virtuelle.

Au Burkina Faso, les autorités ont favorisé l’implantation des milices koglweogo sur la base d’un constat, valable aussi au Mali : dans cette guerre asymétrique qui déstabilise les Etats, les troupes régulières ne suffisent pas, et il est possible de faire appel à des troupes paramilitaires susceptibles de contribuer à la sécurisation du pays. 

La multiplicité des acteurs et des conflits au Sahel ne manque pas d’aboutir à un morcellement politique des zones touchées par l’insécurité. Ainsi, dans la région de Mopti, au Mali, il n’y a plus d’Etat. La quasi-totalité des 108 communes qui composent cette région sont dans l’œil du cyclone djihadiste. A tel point qu’il n’est pas exagéré de parler dans cette zone d’un début de califat. L’Etat est présent dans les chefs-lieux, mais, autour, les djihadistes ont imposé leur loi. La question de l’existence de l’Etat se pose même au-delà du centre du Mali, à l’échelle nationale malienne, comme au Burkina Faso.

Quant aux forces armées elles ne parviennent nulle part à rétablir l’ordre. Les routes sont partout minées. L’un des réflexes des militaires est, avant tout, d’essayer d’échapper aux embuscades que pourraient leur tendre les djihadistes. D’autre part, les soldats sont mal équipés, et l’instinct de survie prime chez eux – ce qui pourrait expliquer pourquoi ils ne répondent pas toujours aux alertes. S’ajoute à cela le manque de qualification de l’armée, très peu préparée à cette guerre asymétrique.

Mais le pire, est que l’insécurité ne s’est pas seulement aggravée, elle s’est aussi étendue sans que les Etats aient pris la juste mesure de l’ampleur du problème: entre 2014 et 2016, quand les habitants du centre du Mali disaient que ça n’allait pas, ils ont suscité peut d’intérêt et personne ne les a écoutés. Le centre du Mali est loin de Bamako. La réalité, pour les dirigeants, ce sont les capitales et leur environnement économique immédiat. Ce sont les gouvernances africaines ! D’un côté, il y a le pouvoir dans les capitales, où les élites se reproduisent et, de l’autre, le pays réel constitué à 90 % de cultivateurs et d’éleveurs de troupeaux. Ces citoyens ne connaissent même pas le nom de leur président. Ils ignorent aussi le plus souvent que l’Etat a des obligations envers eux, simplement parce qu’ils n’en sont pas informés et que, surtout, ils vivent depuis des siècles…sans Etat.

En réalité, ce sont les fondements mêmes de ces Etats-fantoches et leur vivre-ensemble qui sont à présent menacés. Avant cet engrenage, les Etats sahéliens étaient déjà très fragiles car ils ne reposaient que sur l’héritage de la colonisation. Aujourd’hui, ils peuvent s’effondrer à tout moment , et très rapidement. Il n’en reste déjà que si peu de chose….

Au Mali, si le centre s’enflamme définitivement, le pays risque de se retrouver divisé, car cette région constitue le point de jonction entre le nord et le sud. Il est un passage obligé. Si le centre tombe, il n’y aura tout simplement plus de pays en tant que tel.

Pour Adam Thiam, il faut désarmer toutes les milices et faire en sorte que les populations ne prennent plus les armes. La guerre au nord du Mali et l’accord de paix d’Alger, signé en 2015 entre le gouvernement et les anciens groupes re­belles [indépendantistes touareg], ont eu un impact sur la course à l’armement des autres communautés, ailleurs. Ces dernières ont observé que des concessions avaient été faites aux ­rebelles et elles se sont dit : si ça leur a été concédé, c’est que, nous aussi, nous pouvons obtenir des concessions en faisant comme eux, c’est-à-dire en prenant les armes.

Mais ce désarmement des milices ne pourra pas suffire si les Etats ne mettent pas en place une gouvernance vertueuse. Les Etats corrompus ne sont plus ­acceptés. Ni à Mopti ni au Burkina Faso. Tant que les administrateurs seront vus par les locaux comme des prédateurs économiques, les autorités auront beau renforcer leur présence, elles auront toujours des ennemis. Le premier combat des Etats devrait être celui contre la corruption. Ce qui n’est clairement pas pour demain, tant elle est consubstantielle à l’Afrique comme aux pays arabo-musulmans. Il faut donc nous attendre à une perpétuelle balance entre les violences locales et les tyrannies nationales, dans un contexte de misère endémique.

Autant de sources inépuisables aux migrations et, chez nous, au « Grand Remplacement« .

Le 18 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Lire à ce propos:

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/11/il-faut-helas-le-repeter-une-fois-de-plus-le-mali-nexiste-pas/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/25/le-mali-nexiste-pas/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/01/29/le-mali-va-mal-tres-mal/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/01/30/bulletin-climatique-quotidien-30-janvier-2017-de-la-republique-francaise/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/11/10/bulletin-climatique-quotidien-10-novembre-2016-de-la-republique-francaise/

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