Hécatombe à Bruxelles.

21 Juin

Le sommet d’hier, jeudi 20 juin, réuni pour tenter d’accorder les points de vue pour la désignation des plus hauts postes de l’Union européenne (UE) – la présidence de la Commission, celle du Conseil, du Parlement, de la diplomatie commune et même de la Banque centrale européenne (BCE) – s’est terminé par une hécatombe.

Le 28 mai déjà, deux jours après les résultats des élections européennes, Angela Merkel, Emmanuel Macron et les dirigeants socialistes avaient campé sur leurs positions : la première et les troisièmes défendaient leur tête de file désignée (spitzenkandidaten) – l’Allemand Manfred Weber pour la chancelière, le Néerlandais Frans Timmermans pour la gauche. Le président français, lui, n’avançait pas de noms, mais il laissait entendre que la Danoise Margrethe Vestager et le négociateur en chef des Vingt-Sept pour le Brexit, Michel Barnier, feraient de bons candidats.

« Nous avons constaté qu’il n’y a de majorité pour aucun des candidats têtes de listes ni au Conseil, ni au Parlement [où ils doivent recueillir des majorités] », a ainsi déclaré le Polonais Donald Tusk, actuel président du Conseil, dont le mandat arrive à terme à la fin du mois de novembre. Même déclaration pour Angela Merkel, qui, implicitement, a lâché la tête de liste de la droite européenne, son compatriote Manfred Weber.

Allant plus loin, Emmanuel Macron a affirmé à l’issue du dîner entre les vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement – la première ministre britannique Theresa May était présente mais faisait de la figuration – que « Les trois noms des spitzenkandidaten sont écartés pour la présidence de la Commission. Il est clair qu’il n’y a pas de majorité autour de la table du Conseil, de la même manière que, ce matin, il est apparu clairement qu’il n’y a pas de majorité pour M. Weber [au Parlement européen]»

Les dirigeants sont convenus de se revoir le 30 juin au soir, juste avant la première séance plénière du Parlement européen, le 2 juillet, au cours de laquelle celui-ci doit impérativement avoir désigné son président.

La « mise à mort » symbolique de M. Weber, candidat de l’Allemagne et soutenu à bout de bras depuis un mois par le Parti populaire européen (PPE), avait commencé dès jeudi matin, quand Philippe Lamberts, co-chef de file des Verts au Parlement assurait à la presse que les sociaux-démocrates (PSE) et les libéraux (ALDE) avaient expressément lâché leur collègue bavarois, qui avait été intronisé comme candidat officiel des conservateurs depuis la fin 2018.

L’entourage d’Emmanuel Macron expliquait que « le profil de M. Weber ne correspond pas à l’expérience nécessaire qu’on doit avoir pour la présidence de la Commission ». Dans l’après-midi, la présidence du PPE continuait toutefois à dire que M. Weber restait vaillant. « Nous restons déterminés à respecter la procédure [du spitzenkandidat, tête de liste] et à soutenir notre candidat », affirmait sans pourtant trop y croire le Français Joseph Daul, le patron de la droite européenne.

Si le PPE reste le premier parti dans l’UE avec 182 sièges dans l’hémicycle strasbourgeois renouvelé, il ne peut plus prétendre à imposer seul son choix pour les « top jobs ». Il doit compter avec les sociaux-démocrates (153 sièges) mais aussi les libéraux, forts de leurs 108 élus désormais, dont les vingt et un macronistes (Lire à ce sujet « Au Parlement européen le marcronisme est un naufrage  » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/16/au-parlement-europeen-le-macronisme-est-un-naufrage/).

Plusieurs diplomates assuraient, ces derniers jours, qu’Angela Merkel avait« besoin de temps pour lâcher Manfred Weber », candidat officiel de la droite allemande, l’alliance CDU-CSU. « On avait encore besoin d’un tour », confirmait un diplomate à l’issue du dîner. Pour des raisons de politique intérieure essentiellement : M. Weber a été continuellement soutenu par Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a succédé à Mme Merkel à la tête de la CDU.

Le petit jeu de massacre de jeudi soir ne fait pas qu’une seule victime : Margrethe Vestager, la brillante commissaire à la concurrence, semble éliminée de la succession à Jean-Claude Juncker. Tête de liste des libéraux, elle était pourtant considérée comme une des favorites du président français. Même logique éliminatoire pour Frans Timmermans, champion des sociaux-démocrates. Hériteront-ils quand même d’un autre poste à responsabilité ? Une de ces prébendes si convoitées et si lucratives de l’Union européennes ?

Les dirigeants de l’UE ont désormais huit jours pour accorder leurs violons et sortir une liste, de quatre ou cinq noms. Sachant que celui du président ou de la présidente de la Commission doit être assuré d’obtenir une majorité des votes à Strasbourg. « Nous avons besoin d’une position commune au Parlement », précisait Angela Merkel, jeudi soir.

Dans la configuration de cet après-sommet, le nom de Michel Barnier – toujours chez Les Républicains et donc au PPE mais considéré comme « macron-compatible »revient un peu plus. Le négociateur en chef du Brexit pour l’UE, ex-commissaire et ancien ministre, est très apprécié des dirigeants de l’UE mais il a aussi la cote au Parlement.

Jeudi, de nouveaux noms circulaient toutefois, donnant l’impression que le jeu restait complètement ouvert : on parlait ainsi de la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic ou de son premier ministre Andrej Plenkovic. Ou encore, pour la Commission, de l’actuel président du Conseil, Donald Tusk, qui a démenti. Idem pour le premier ministre du Luxembourg Xavier Bettel cité au Conseil. Charles Michel, chef du gouvernement belge, lui, n’a rien dit.

Mais pourquoi pas d’autres propositions parmi lesquelles, par exemple, Viktor Orban à la Présidence du Conseil européen et Matteo Salvini à celle de la Commission de Bruxelles ?… 

Le 21 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Hécatombe à Bruxelles.”

  1. Paul-Emic juin 21, 2019 à 2:47 #

    C’est beau l’Union européenne après 62 ans de traité. Mais en fait 62 ans pour un traité c’est énorme. En 62 ans les positions, la puissance de chacun évolue .
    Carthago delenda est !

  2. Hervé J. VOLTO juin 21, 2019 à 11:59 #

    Mais pourquoi pas d’autres propositions parmi lesquelles, par exemple, Viktor Orban à la Présidence du Conseil européen et Matteo Salvini à celle de la Commission de Bruxelles ?…

    La question est pertinante.

    Et pourquoi pas une Europe Monarchique et Chrétienne ?

    • gilbert thizy juin 23, 2019 à 11:09 #

      tres bonne reponse, mais il faut changer beaucoup de choses dans la vie de tous les jours cordialement

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