Relations franco-allemandes : attention, danger.

24 Juin
Nos médias ne sont que des courtisans. A peine annoncé l’échec du dernier sommet européen de Bruxelles, qui avait pour mission de préparer la désignation des candidats aux postes-clés de l’Union, les voilà qui, comme un seul homme, le versent au crédit d’Emmanuel Macron et entonnent une ode à la gloire d’un président de la République miraculeusement rétabli. Allant même jusqu’à prétendre qu’il serait désormais un « faiseur de roi en Europe » ! Hélas, il n’en est rien, comme nous ne tarderons pas à le vérifier.
En vérité, il est hautement probable qu’Emmanuel Macron va perdre la bataille qu’il a engagée. Non parce qu’il aurait mal manoeuvré jusqu’à maintenant. Non parce que le rapport de force lui serait défavorable derrière les apparences. Mais parce qu’il commet la grave faute d’humilier publiquement la Chancelière et ses candidats.
On peut faire à Nicolas Sarkozy bien des reproches et lister beaucoup de ses bévues. Mais il est le seul à avoir cherché à faire pression sur la Chancelière allemande pour faire avancer des objectifs français.  Alors qu’il avait fait alliance avec Barack Obama pour forcer le chef du gouvernement allemand à prendre des mesures d’urgence en pleine crise financière et monétaire en 2008, François Hollande, lui, a été d’une soumission constante et totale face à Berlin. Quant à Emmanuel Macron, il n’a, jusqu’à présent, rien obtenu de Berlin, malgré ses ambitions de réformer la zone euro.
Il était parti avec l’objectif d’un budget européen – dont l’Allemagne lui accorde finalement 10% (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/15/ils-prennent-leurs-reves-pour-des-realites/). Sans doute le président français juge-t-il que la Chancelière est suffisamment affaiblie pour qu’il puisse se comporter comme il le fait ; mais il s’y prend de la plus mauvaise des manières, au risque de perdre l’estime (déjà fragilisée par l’annonce que la France allait repasser la barre des 3% de déficit pour répondre à la crise des Gilets jaunes) de la classe politique allemande.

De même, en refusant que ce soit le parti arrivé en tête aux élections européennes qui fasse émerger le président de la Commission européenne, Emmanuel Macron confirme un autre cliché allemand sur la France : le peu de respect des règles et des processus dont font preuve les Français, surtout quand il s’agit de respecter un accord politique de type parlementaire. Et là aussi, quelle arrogance !

Mais qui est Emmanuel Macron, dont le parti n’a rassemblé que 11% des inscrits aux élections européennes pour affirmer que Manfred Weber n’a pas l’étoffe électorale ni l’expérience ? C’est quand même beaucoup en deux jours: moquer la compétence d’un ancien conseiller de la Chancelière qui est l’un des plus fins connaisseurs des questions monétaires en Europe ; puis écarter avec une suffisance qui, au fond n’est pas très différente de celle de Nathalie Loiseau, un député européen siégeant depuis quinze ans à Bruxelles et Strasbourg et qui s’est toujours caractérisé par son sérieux et sa maîtrise des dossiers.

Il est évident qu’Angela Merkel n’a pas dit son dernier mot. Elle est suffisamment formée aux jeux de pouvoir de l’ancienne RDA et elle a écarté assez d’hommes politiques de son chemin pour, même affaiblie, battre Emmanuel Macron à son propre jeu. Le président français devrait se souvenir qu’il n’a su faire qu’une chose, pour l’instant, faire tomber les poutres vermoulues du système politique français. Dès qu’il s’est trouvé confronté à la vraie politique, avec la crise des « Gilets jaunes« , il ne s’en est sorti qu’à coup de subventions et de dérives budgétaires (rappelons que les mesures annoncées ne sont toujours pas financées).

Hors de France, le bilan du Président français est également pour le moins mitigé. Les petites manoeuvres dans les instances européennes ne doivent pas masquer son absence de succès sur la plupart des dossiers européens, à commencer par la capacité à peser sur les négociations commerciales avec les Etats-Unis. La France est brouillée avec l’Italie, avec le Groupe de Visegrad et en froid avec l’Europe du Nord. Il ne manque plus que se mettre à dos définitivement l’Allemagne, sans pour autant rien obtenir en retour. Nous y sommes !

En fait, Emmanuel Macron fait, avec l’Allemagne, le contraire de ce qui convient. Il faudrait être dur à huis clos mais tout faire pour arriver au Conseil Européen avec un accord. Le Président français, en réalité, n’obtient rien en négociation et affiche ses différends en public. Au lieu de travailler le fond des dossiers et de se demander comment la France pourrait occuper des postes clés aux niveaux intermédiaires de la Commission – les plus importants – il s’engage dans un combat pour les apparences du pouvoir.

Surtout, le président français devrait se souvenir que, lorsqu’ils sont humiliés, les Allemands ne répondent pas immédiatement, ils « ruminent » leur réponse, comme aurait dit Nietzsche. Et ils finiront par le mettre échec et mat pour finir à un jeu où ils sont infiniment meilleurs : la connaissance des rouages de l’Union Européenne. Car c’est eux qui l’ont organisée…à leur seul profit.

C’est pourquoi nous jugeons, dans cette guerre asymétrique, qu’il n’y a pas d’alternative au « Frexit » tant il est préférable de se quitter bons amis que rester ensemble avec d’aussi mauvais rapports.

Le 24 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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