Fuite de nos jeunes cerveaux : comment leur en vouloir ?

25 Juin

Certaines ruptures dans l’histoire des nations en disent plus long sur leur perdition que les états d’âme conjoncturels de certains de leurs concitoyens. Il en est ainsi, d’un côté, de nos critiques inébranlables de l’évolution de notre pays et, de l’autre, de l’expatriation croissante de nos enfants. Car nous savions tous que si la France a toujours été une « Terre d’accueil » (entendez d’immigration – et Dieu sait si nos élites et autres responsables politiques nous le répètent à satiété -), nous savions aussi qu’elle ne fut jamais une terre d’émigration à l’exception des explorateurs et autres colonisateurs de contrées lointaines.

Or, sachez que les temps ont changé et que nos meilleurs cerveaux quittent désormais, en nombre et avec satisfaction, leur mère-patrie. Mais, ne vous y trompez pas, il ne s’agit plus seulement et avantageusement de compléter un cursus universitaire par des études dans des pays étrangers. Non, il s’agit désormais d’authentiques expatriations sans désir (ou si peu) de retour. Cela en dit long sur les dégradations observées ou subies par nos enfants dans leur propre pays et qui les poussent à se couper ainsi de leurs racines. Mais nos responsables politiques s’en moquent puisque cette démarche leur facilite la mise en oeuvre du « Grand Remplacement« de la population française.

En voici quelques exemples.

« L’hiver a été long », admet volontiers Cécile H., qui n’entend pas rater le plaisir des beaux jours. Mais qu’importe que le ciel soit encore gris et les températures un peu fraîches pour la mi-mai, la Française de 28 ans ne tarit pas d’éloges sur sa nouvelle terre d’adoption, le Québec.

En août 2018, elle arrive en tant qu’étudiante, pour suivre une maîtrise (équivalent du master) en études littéraires à l’université du Québec à Montréal (UQAM). Dans son pavillon universitaire, élégamment construit autour de la façade d’une ancienne église, Cécile loue un enseignement qui « sort des sentiers battus », avec une large place donnée à la parole de l’étudiant. Des reproches à faire à la Belle Province ? La Parisienne de naissance en trouve très peu, elle qui est tombée amoureuse de Montréal, dont elle apprécie l’ambiance et les services « excellents ». Sa décision est prise : elle restera ici à la fin de ses études.

Comme elle, beaucoup d’étudiants français, partis pour des universités québécoises, font finalement le choix de ne pas embarquer dans leur avion de retour. Le Québec est l’une des destinations d’études préférées des jeunes Français, qui y voient l’occasion de poser un premier pied en Amérique tout en conservant la langue de Molière. En 2017, on comptait près de 12 000 Français sur les 35 000 étudiants internationaux qui garnissaient les bancs des universités et des écoles de Montréal. Cette proportion importante s’explique notamment par les accords bilatéraux entre le Québec et la France. Ils permettent aux étudiants français de bénéficier de tarifs préférentiels pour les frais universitaires.

Du côté des établissements québécois, la communication est intense pour « recruter » des élèves. Ils écument les salons étudiants étrangers et envoient des ambassadeurs dans les lycées. Les moyens engagés trouvent leur retour sur investissement : le nombre d’étudiants internationaux a augmenté de 37 % en cinq ans au Québec. Une nécessité pour la région, qui fait face à un ralentissement de sa croissance démographique et à une pénurie de main-d’œuvre, et ne pourrait plus se passer des étudiants étrangers. Alors que la province connaît un boom économique, les jeunes Québécois et Québécoises délaissent les universités, et les entreprises peinent à recruter des travailleurs qualifiés. En mai 2019, le taux de chômage s’élevait à seulement 5,4 %, s’établissant même à 2,8 % dans la région de la ville de Québec. De quoi faire rêver plus d’un Français. Comment voulez-vous, dans de telles conditions, que nos jeunes ne souhaitent pas y partir et même y rester ? Surtout si vous les comparez à la baisse constante du niveau des études en France (ainsi que cela apparaît désormais de façon constante dans toutes les études internationales)* et au métissage ethno-culturel imposé par l’immigration-invasion voulue par nos responsables politiques.

L’un des sésames pour trouver un emploi sur place est sans nul doute de venir y faire une partie de ses études. Une fois terminées, l’étudiant devient alors éligible à un permis de travail post-diplôme (équivalent au temps d’études passé dans le pays, jusqu’à trois ans). « Il y a une valorisation sur le marché du travail des étrangers venus étudier au Québec, indique Michèle Glémaud, directrice du service de l’admission et du recrutement de l’université de Montréal (UDEM). Cela assure aux employeurs la maîtrise de la langue française mais aussi une intégration déjà bonne à la culture québécoise. » On croit rêver quand on sait à quel point la langue française est de plus en plus sinistrée chez nous…

Quelque 8 500 permis de travail post-diplôme ont été délivrés en 2018 au Québec à des jeunes diplômés. Ces permis délivrés s’inscrivent dans une logique « d’immigration choisie » et qualifiée au Québec, qui devrait être renforcée avec un projet de loi voté lundi 17 juin, visant à sélectionner plus drastiquement les étrangers en fonction des besoins du marché du travail. Là encore, nous croyons rêver en entendant de telles affirmations.

Les bénéficiaires des permis post-diplôme trouvent assez facilement un emploi, particulièrement dans les secteurs comme les nouvelles technologies. La métropole québécoise s’est imposée comme un des leaders mondiaux en intelligence artificielle mais aussi en conception de jeux vidéo.

On peinerait à croire que, avec son style si vintage, la tour de brique rouge accueille les activités d’une des entreprises les plus innovantes de Montréal. Ubisoft fait aujourd’hui figure de proue dans le Mile End, ancien quartier ouvrier, qui s’est gentrifié avec l’installation de nouveaux acteurs économiques. L’entreprise de jeux vidéo française doit à son studio montréalais – où elle emploie 4 000 personnes – de nombreux succès, dont le très lucratif Assassin’s Creed Origins. 

Alexandre P. a 24 ans. Arrivé à Montréal sept ans plus tôts, il y a désormais fait sa vie, et démarré une carrière dont il aurait à peine rêvé quand, lycéen dans l’Hexagone, il lorgnait le monde de la vidéo.

Son envol pour le Québec, il le doit à une visite de l’université de Montréal dans son lycée de Colomiers (Haute-Garonne). La métropole canadienne est « une capitale du jeu vidéo », le Français le sait bien et il y voit une opportunité : « C’était ça ou la fac à Toulouse. J’ai eu la chance que mes parents puissent payer mes frais de scolarité québécois. » Il s’inscrit en informatique à l’UDEM, poursuit avec une maîtrise….et ne revient plus en France. Aujourd’hui, il est programmeur 3D chez Ubisoft. « Le secteur informatique se porte extrêmement bien à Montréal, il y a même trop de jobs à pourvoir ! », s’enthousiasme-t-il. Alexandre a déposé sa demande de résidence permanente.

François B. a saisi sa chance à Montréal. Il y arrive à l’âge de 19 ans, pour un bachelor de relations internationales à l’UDEM. Là, avec ses colocataires étudiants, il monte une start-up, Outline Montréal, créatrice de masques LED qui s’illuminent au contact de la musique. Lancée en 2015, elle est aujourd’hui économiquement viable. Dans la ville, il s’est senti soutenu dans son projet. « L’entrepreneuriat est valorisé, au Québec, souligne le jeune homme de 25 ans. Et Montréal est une ville créatrice, un petit microcosme où beaucoup de jeunes lancent leur entreprise. » C’est sans crainte que beaucoup de Québécois et d’étrangers tentent des aventures d’entrepreneurs. « Ici, ce n’est pas grave d’échouer. Il y a une culture de l’échec très à l’anglo-saxonne. » Lui non plus ne compte plus repartir.

Des opportunités, Margaux D., 23 ans, en a également trouvé dans la Belle Province : « J’avais grandi en France en me faisant à l’idée que mon travail serait sûrement nul. Au Québec, j’ai découvert cette possibilité de trouver un emploi qui correspond vraiment à son domaine et de vite progresser. » Partie après le bac pour éviter le « système classe prépa » français, elle étudie l’économie et les sciences politiques à l’université de Montréal. Quand la question du retour se pose à la fin de son « baccalauréat » local (équivalent de la licence française), elle hésite un peu. Mais elle est séduite par la qualité de vie québécoise et ne se voit pas rentrer dans sa Haute-Loire natale. Elle poursuit avec une maîtrise à HEC Montréal et, une fois diplômée, est embauchée comme conceptrice de cours en ligne pour des entreprises. Elle a bien sûr la ferme intention d’y rester.

A Montréal, Margaux D. apprécie un climat plus propice à l’égalité entre les femmes et les hommes. Comme toutes les Françaises qui se trouve là-bas, la jeune expatriée s’enthousiasme : « Ici, le harcèlement de rue est quasiment inexistant. Je n’ai jamais ressenti le moindre stress en rentrant tard le soir chez moi. Même dans les bars, il n’y a aucune remarque macho. » Il n’y a pas, non plus, de racailles de banlieue qui ont tous loisirs d’imposer leur vision du machisme…

Une vie « douce » dans une ville à taille humaine et pourtant très vivante, forte de nombreux festivals en été : c’est ainsi que les jeunes Français décrivent leur expatriation québécoise. Une vie d’autant plus douce que son coût y est bien moindre que dans les autres grosses villes américaines et dans de nombreuses métropoles occidentales. Les loyers y sont en effet assez peu élevés, pour des salaires plus importants qu’à Paris dans de nombreux secteurs. Montréal se positionne à la 147eplace dans le palmarès mondial Mercer de 2018, qui classe les villes des plus chères aux moins chères. C’est loin derrière Paris, Londres ou, outre-Atlantique, les voisines New York, Chigago et Boston.

Et même si l’hiver est bien plus rude au Canada que chez nous, cela n’a jamais découragé Cécile H. « L’hiver peut aussi être perçu comme le moyen de mieux profiter de l’arrivée du printemps. Dès que le soleil arrive, tout le monde sort dans les rues, profite des parcs… », a découvert la Parisienne. Plus que le climat, ce sont finalement les droits sociaux dont elle pourra bénéficier au Québec qui l’interrogent encore, sur le front des soins de santé ou encore des congés payés (le plus souvent deux semaines par an). 

S’installer au Canada implique une véritable adaptation que ne mesurent pas toujours les nouveaux arrivants. « Les Français ont tendance à imaginer le Québec comme le 21e arrondissement de Paris ou comme une Bretagne éloignée », s’agace Rodolphe B., 27 ans, installé à Montréal depuis dix ans. A HEC Montréal, où il a fait toutes ses études, il a lancé sa start up, Potloc, prestataire spécialisé en études de marché. Mais avant cela, il se souvient avoir connu un choc culturel à son arrivée. « Nous parlons la même langue mais ça ne veut pas dire que nous avons la même culture, qui est ici très américaine », rappelle-t-il souvent aux « Frenchies » qui débarquent au Québec comme en pays conquis, et qu’on appelle d’ailleurs ici, affectueusement, « ces maudits Français ».

« On présente souvent le Québec comme un eldorado, observe Laurence Haguenauer, consule générale de France à Québec. Les Français se pensent parfois dispensés de préparer leur expatriation. Mais ici tout est différent : le climat mais aussi la manière de faire des affaires, les habitudes, les coutumes, même le Français n’est pas le même. »  Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à partir y étudier et presque aussi nombreux à souhaiter s’y installer définitivement. Il faut croire que les différences de culture, mises en avant par la consule générale, sont finalement peu dissuasives !

Mais, encore une fois, comment leur en vouloir face à la décadence de notre malheureux pays et aux métastases explosives du cancer migratoire qui nous emportera.

Le 25 juin 2019.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Pour la première fois… » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/20/pour-la-premiere-fois/

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