Urbanisation du Grand Paris : une politique du chien crevé au fil de l’eau.

28 Juin

Capture d’écran de la vidéo de promotion du projet dans le quartier de Maison-Blanche à Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis

A l’entrée du parc de l’ancien hôpital psychiatrique de Maison-Blanche, à Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, huit promoteurs attendent les acheteurs dans leurs cabanes de vente. Sur les images qui se veulent alléchantes, de futurs habitants radieux déambulent dans un parc arboré semé d’immeubles sagement contemporains, mêlant peinture blanche et parement de briques, terrasses et « maisons sur le toit » comme la mode urbanistique l’impose désormais. Pour 3 800 à 4 500 euros le mètre carré, cette opération emblématique de la « ville durable » promet un « quartier ambitieux » dans un « site exceptionnel » de 58 hectares, entre deux parcs naturels en bord de Marne. Tout ça « au pied de la future station ligne 11 », proclamaient les panneaux placardés le long du site lors du lancement de la commercialisation des appartements, en 2017…(http://leparcmb.fr)

Hélas, si les appartements sont toujours en vente, les affiches autour du chantier se contentent désormais d’annoncer sobrement « de nouveaux transports pour une desserte renforcée ». Sans que personne ne sache laquelle…Car, entre-temps, il est devenu évident qu’à l’heure du super-métro, du développement durable et de la construction du Grand Paris, la plus grosse opération immobilière de toute la métropole serait réalisée sans le prolongement de ligne qui devait la desservir. Autrement dit, on propose à la vente des milliers de logements sans que leurs habitants puissent espérer des moyens de transport adaptés. Imaginez les conséquences sur un réseau routier déjà saturé et l’encombrement supplémentaire des transports en commun existants !

Imaginez quatre mille deux cents logements programmés sur le parc de Maison-Blanche, 2 000 de plus prévus de l’autre côté de la route sur des terrains de l’autre hôpital psychiatrique de la commune, celui de Ville-Evrard… Soit 15 000 à 20 000 personnes de plus au bas mot, dans une ville de 35 000 habitants, mais sans transports supplémentaires.

Ces gens sont fous.

« La réalisation de la ligne 11 est vitale pour notre commune et pour cette partie délaissée de la Seine-Saint-Denis », plaide Jacques Mahéas, maire (DVG) de Neuilly-sur-Marne depuis plus de quarante-deux ans. Pas question toutefois pour l’édile de stopper l’opération immobilière : il aurait certes fallu indemniser les promoteurs, les entreprises… et, surtout, renoncer aux grandes ambitions du maire pour sa commune, qui va grossir de 50 %. De toute façon, les deux tiers des 1 250 logements de la première tranche étaient déjà prévendus au moment du changement de programme sur le métro. « Ça ne fait pas une grosse différence, ça continue à bien se vendre quand même : les gens n’achètent pas que pour les transports », assure un promoteur….probablement véreux.

« Faire autant de logements sans métro, c’est de la folie douce », se désole Gaëtan Grandin. Ce conseiller départemental (LR) a tenté, en 2018, de faire voter un moratoire sur l’opération au sein du conseil du territoire Grand Paris-Grand Est, qui réunit quatorze communes. Le feu vert finalement accordé par les élus l’a conduit à démissionner de ce conseil territorial… « On va installer l’équivalent de la population d’une petite ville de manière très dense sur un petit territoire, alors que la route nationale et la ligne de bus sont déjà saturées tous les matins », déplore M. Grandin.

Comment en est-on arrivé là ? En 2011, la future portion de métro entre Rosny-Bois-Perrier et Noisy-Champ, d’un coût de 1,5 milliard d’euros, était programmée comme une branche de la ligne 15 du Grand Paris Express, dotée de ses propres ressources financières. Mais, en 2013, le tronçon est passé, d’un trait de crayon, de la ligne 15 à un prolongement de la ligne 11… Un changement de couleur en apparence anodin, mais qui faisait désormais dépendre sa réalisation des arbitrages financiers d’Ile-de-France Mobilités. « C’était un enterrement de première classe », estime Gaëtan Grandin.

« L’hypothèse d’une extension de la ligne 11 a été actée par le syndicat des transports sans aucune étude préalable, pour accélérer l’opération immobilière. Il y a eu une entente entre la ville, l’Etat et la région », accuse Henriette Zoughebi, ancienne vice-présidente (Front de gauche) du conseil régional d’Ile-de-France, qui milite, au côté de son conjoint, Michel Tavet, conseiller municipal (PCF) de Neuilly-sur-Marne, pour que la commune revoie ses projets de développement. Quelques années plus tard, ces études sont finalement réalisées et le verdict tombe : le taux de rentabilité prévisible n’atteint pas les 2 %. A moins de 8 %, les projets ne sont même pas envisagés…

« A mesure que ce secteur s’urbanise, le menu des mobilités sera réexaminé, les taux de rentabilité peuvent évoluer : je crois que le métro se fera, même si le calendrier n’est pas connu », rassure Thierry Lajoie, le PDG de Grand Paris Aménagement, qui pilote l’opération. Pour lui, la construction se justifie, avec ou sans métro : « On ne doit pas construire de logements dans la pampa, là où on ne peut pas vivre sans voiture, mais, ici, ce n’est pas le cas : on est à moins de quinze minutes de trois RER. » Nous pouvons vous assurer qu’il n’a jamais tenté de prendre le RER aux heures du trafic le plus dense ! Alors que la région ne parvient pas à tenir ses objectifs de bâtir 70 000 logements chaque année, pas question de renoncer à une opération aussi ambitieuse. « Si on ne construit pas ici, sur un foncier public, si près de Paris, où diable le ferons-nous ? », interroge l’aménageur. La vérité, c’est LE FRIC, LE FLOUZ, LE BLÉ…comme vous voudrez.

Michel Tavet et Henriette Zoughebi bataillent pour que les tranches suivantes de logements soient réexaminées à la baisse et remplacées par un programme mêlant nature, culture et formation, mettant en valeur le parc et l’héritage psychiatrique du site. Le maire, lui, hausse le ton : « Le métro a été programmé par un décret en Conseil d’Etat et le gouvernement de l’époque s’y est engagé. Je vais finir par attaquer en justice ! » 

Rendez-vous aux élections municipales de mars prochain.

Le 28 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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