Tunisie : le jasmin a fané.

29 Juin

Souvenez-vous. Ce n’est pas si vieux…Voici ce qu’aimaient nous faire entendre nos médias droit-de-l’hommistes, au début du mois de janvier 2011 :

Dégage, Ben Ali, Dégage !

Sept ans plus tard, face à la faillite du prétendu « Printemps arabe » et de la « Révolution du jasmin » infligés à la Tunisie, Emmanuel Macron, jamais en reste d’une ânerie géopolitique, se rendait (moins d’un an après avoir été élu à la tête de la République Française) en visite officielle dans ce petit pays du Maghreb, perclus de douleurs sociales et d’illusions politiques. Il y déclarait, péremptoire comme toujours :

« La réussite de la Tunisie et des valeurs qui sont les siennes – démocratiques, de liberté de conscience, d’égalité entre les hommes et les femmes – à ce moment-là de notre histoire de la Méditerranée, c’est aussi notre bataille. » Et Emmanuel Macron d’insister pour « redire » tout « le soutien de la France » dans cette expérience tunisienne… Quelle erreur ! (Lire « Le Père Noël sonne toujours deux fois » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/02/01/le-pere-noel-sonne-toujours-deux-fois/).

Car le renversement de Zin el-Abidine Ben Ali était, selon nos médias officiel, l’horizon indépassable de la libération des peuples arabes opprimés. Un tel aveuglement est….renversant quand on sait dans quel abîme cette prétendue révolution a précipité le pays, jadis si prospère ! Nous en avons d’ailleurs décrit les différents épisodes dans plusieurs articles qu’il est aisé de retrouver grâce à notre moteur de recherche (mot-clé Tunisie).

D’ailleurs, un vent d’inquiétude souffle à nouveau à Tunis depuis jeudi 27 juin, au moins autant en raison d’un double attentat ayant fait un mort et huit blessés que de l’hospitalisation subite du président Béji Caïd Essebsi pour « malaise grave », qui risque d’ouvrir un périlleux vide politique au seuil d’un agenda électoral chargé en fin d’année.

Au fil des heures, et alors que la vie reprenait son cours au cœur d’une capitale déjà frappée par le terrorisme, il se confirmait que l’état de santé du chef de l’Etat – officiellement jugé « critique » mais « stable » – était bel et bien la menace la plus sérieuse pesant à court terme sur la stabilité du processus de transition tunisien. L’absence de Cour constitutionnelle, qui, aux termes de la Constitution de 2014, est la seule institution habilitée à constater une éventuelle « vacance définitive du pouvoir », brouille en effet le cadre juridique de toute succession.

L’incapacité de l’élite politique tunisienne à instituer cette Cour suprême demeure, aux yeux des analystes, lui des  principaux échecs de la transition tant célébrée à l’étranger. Une telle carence risque de produire tous ses effets pervers alors que les Tunisiens sont appelés aux urnes pour un double scrutin législatif et présidentiel avant la fin de l’année 2019.

Au cœur de la capitale, la panique n’aura duré que quelques heures après le double attentat-suicide ayant tué un policier et blessé huit personnes (cinq policiers et trois civils) – et revendiqué dans la soirée de jeudi par l’organisation Etat islamique (EI) par l’intermédiaire de son agence de propagande Amaq.

La première attaque, qui a causé la mort du policier, a été perpétrée par un kamikaze qui s’est fait exploser devant une voiture de la police municipale stationnée au niveau des arcades de l’avenue Charles-de-Gaulle, qui prolonge la célèbre avenue Bourguiba vers l’entrée de la médina. « J’ai vu les parties du corps du kamikaze se disperser », témoigne une femme en état de choc. Un autre témoin rapporte qu’il a vu la « voiture de police soulevée » par le souffle de l’explosion.

Dans les minutes qui ont suivi, des unités antiterroristes, le visage dissimulé par des cagoules, ont fait leur apparition, bloquant les accès des différentes rues de ce centre-ville très fréquenté. Au milieu des sirènes hurlantes, de nombreux policiers en civil vérifiaient l’identité de passants leur semblant présenter l’apparence de ressortissants étrangers.

Quasiment au même moment, un second kamikaze se faisait exploser sur le parking de la direction antiterroriste de la caserne d’El Gorjani, à Tunis, faisant à nouveau quatre blessés parmi les policiers.

Le chef de gouvernement Youssef Chahed a aussitôt dénoncé une « opération terroriste lâche » visant « à déstabiliser l’économie et la transition démocratique alors que nous sommes au début de la saison touristique et à quelques mois des élections ». Soucieux de renvoyer l’image d’une capitale redevenue sûre, le ministre du tourisme, René Trabelsi, a arpenté les trottoirs de l’avenue Bourguiba en déclarant que les attaques de la matinée étaient « isolées » et n’auraient « pas d’impact sur le tourisme tunisien ».  » Compte là-dessus et bois de l’eau fraîche  » aurait dit ma grand-mère.

Le double attentat de jeudi témoigne en tout cas de la persistance d’un danger terroriste en Tunisie, devenu toutefois de facture plus artisanale au regard des véritables opérations de guerre qui avaient ensanglanté le pays en 2015 et début 2016. Le 29 octobre 2018, une attaque quasi similaire à celle de jeudi s’était produite sur l’avenue Bourguiba avec une femme kamikaze qui s’était fait exploser à proximité d’un véhicule de police, blessant une vingtaine de personnes. Il s’agissait du premier attentat survenu dans la capitale depuis 2015. Cette année noire avait vu se succéder l’attaque contre le Musée du Bardo le 18 mars (vingt-deux morts, dont vingt et un touristes et un policier), l’assaut contre la station balnéaire de Port El-Kantaoui, près de Sousse, le 26 juin (trente-huit touristes étrangers tués) et l’attentat-suicide contre un bus de la garde présidentielle dans la capitale le 24 novembre (douze policiers tués).

Depuis lors, l’appareil sécuritaire s’était remobilisé et avait multiplié les « démantèlements de cellules dormantes », selon les termes d’un officiel. La situation sécuritaire de la Tunisie s’était ainsi temporairement améliorée, parfois au prix d’entorses aux libertés individuelles dénoncées par les organisations des droits de l’homme ! De bonnes personnes qui veulent toujours le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier.

Malheureusement, la réapparition du risque terroriste au cœur de la capitale, coïncidant avec l’hospitalisation du président Essebsi, ajoute à la lourdeur du climat politique ambiant. Alors que les élections législatives et présidentielle se profilent – respectivement en octobre et en novembre –, la récente adoption d’une nouvelle loi électorale a déchaîné les passions.

Celle-ci vise à écarter des candidatures d’« outsiders » bousculant les partis politiques établis, notamment les formations associées à la coalition gouvernementale victime de l’usure du pouvoir. Elle impose aux candidats indépendants, au nom d’une prétendue égalité, les règles applicables à ceux des grands partis, sur les dons et la publicité politique, mais de manière rétroactive sur douze mois, les écartant de fait de la course. Au point….qu’on se croirait revenu au bon vieux temps de Ben Ali !

Parmi les nouvelles personnalités qui se distinguent dans les sondages d’opinion figurent Nabil Karoui, controversé patron de la chaîne de télévision Nessma, le professeur de droit Kaïs Saïed, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL), qui pourfend la révolution de 2011 comme « un complot étranger », et la mécène Olfa Terras-Rambourg.

Le vote du 18 juin par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), qui écarterait de la course électorale trois de ces quatre nouveaux venus – M. Karoui et Mmes Moussi et Terras-Rambourg –, a été dénoncé par des organisations de la société civile, telle Al-Bawsala (« la boussole »), qui s’inquiète d’un « précédent extrêmement dangereux dans une démocratie balbutiante ».

Après le vote de la loi le 18 juin, une cinquantaine de députés ont d’ailleurs déposé un recours pour anticonstitutionnalité. Dans la partie de bras de fer qui s’annonce, le chef de l’Etat est amené à jouer un rôle-clé puisqu’il peut éventuellement exiger un nouveau vote de la loi. La convocation des électeurs relève également de sa prérogative. D’où l’importance d’éviter un vide politique en cas d’incapacité liée à son état de santé.

Selon la Constitution, le mécanisme encadrant une vacance provisoire est assez clair (article 83). Si le président constate son inaptitude à remplir sa mission provisoirement, il peut déléguer ses prérogatives au chef du gouvernement pendant un mois, renouvelable une fois. La difficulté surgirait toutefois si l’incapacité devait durer plus d’un mois ou si le chef de l’Etat n’était pas en mesure de « déléguer » ses pouvoirs.

Dans cette hypothèse, la Cour constitutionnelle doit jouer tout son rôle. Elle doit« constater » la « vacance définitive ». Le président du Parlement prend alors la relève pour au moins 45 jours et 90 jours au maximum. Ce cas s’applique aussi dans le cas de la démission, du décès ou de toute autre forme d’inaptitude.

C’est pour cette raison que l’absence de la Cour constitutionnelle en Tunisie est devenue éminemment problématique. Il existe, certes, un succédané, une « Instance provisoire de contrôle de constitutionnalité des projets de loi », mais celle-ci ne saurait se substituer à la Cour constitutionnelle en cas de vacance du pouvoir présidentiel.

Mais, pendant ce temps-là, les Tunisiens s’embarquent chaque jour plus nombreux sur des rafiots de pêche à destination de l’île italienne de Lampedusa puis, bien sûr, de la France s’ils parviennent à y débarquer.

Tout était si simple à l’époque de Zin el-Abidine Ben Ali. Dommage qu’il n’ait pas l’intention de revenir…

Le 29 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Tunisie : le jasmin a fané.”

  1. gilbert thizy juin 29, 2019 à 11:11 #

    le printemps arabe organise et voulu

  2. Hervé J. VOLTO juin 29, 2019 à 3:27 #

    La première attaque, qui a causé la mort du policier, a été perpétrée par un kamikaze qui s’est fait exploser devant une voiture de la police municipale stationnée devant l’ambassde de France.

    Quasiment au même moment, un second kamikaze se faisait exploser sur le parking de la direction antiterroriste de la caserne d’El Gorjani, à Tunis, faisant à nouveau quatre blessés parmi les policiers.

    L’analyse de Jean-Yves Pons est exellante.

    Un chauffeur de camion tunisien qui fait la navette entre les centrales d’acaht de produits alimentaires surgelés -pizzas congelées, salades sous vides, glaces- et des centres commerciaux italiens comme LIDL, EUROSPIN, ESSELUNGA, m’a dit qu’il aurait un parent dands les forces de Police à Tunis et que derrière les attentats, il y aurait une volonté de destabilisation l’économie et la transition démocratique alors que la Tunisie en est au début de la saison touristique et à quelques mois des élections, ce au moment d’un vide politique pour cause d’incapacité du Chef de l’Etat liée à son état de santé. Le double attentat serait l’oeuvre d’AL QAIDA AU MAGHREBH, antenne algérienne de DAESH, qui verrait d’un mauvais oeil les bonnes relations netre la France et la Tunisie…

  3. Hervé J. VOLTO juin 29, 2019 à 3:53 #

    La Direction Générale des Services Spécialisés (DGSS), équivalant tunisien de notre DGSI, serait déjà passé à la chasse aux terroristes, ce qui a étè annoncé dans la presse, multipliant les « démantèlements de cellules dormantes » en collaboration avec notre DGSE

    travaillant elle-même main dans la mian avec la DGSI.

    Au-delà de tout, il faut bien avoir présent à l’esprit que la menace terroriste sur la France et les intérets Français à l’étranger n’est pas à sous-estimer. Il faut rester vigilant.

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