Prébendes de l’Union européenne : grandes magouilles et petits arrangements.

2 Juil

Les élections des députés au Parlement européen ont eu lieu il y a bientôt six semaines et les dirigeants des 28 pays membres de l’UE en sont toujours à négocier le partage des prébendes de l’Union, c’est-à-dire des postes les plus en vue : la présidence de la Commission européenne, la présidence du Conseil, la présidence du Parlement, la présidence de la Banque centrale et la représentation diplomatique de l’Union. Un système des dépouilles (spoils systemà l’européenne !

Après la réunion du G20 à Osaka (Japon) la semaine passée, un sommet des chefs d’Etats et de gouvernements des pays de l’Union européenne avait été convoqué à cet effet dimanche 30 juin, à Bruxelles. Hélas pour eux, après plus de dix-sept heures de tractations, ils se sont révélés incapables de trouver un compromis sur l’attribution de ces postes de responsabilité. Le sommet a donc été suspendu lundi matin jusqu’à mardi 2 juillet à 11 heures.

« Nous avons terminé cette journée sur un échec, c’est une très mauvaise image pour le Conseil et pour l’Europe », a déploré le président français, Emmanuel Macron (pourtant en partie responsable de l’échec), qui prévoit de revenir mardi matin à Bruxelles. « Cet échec, parfois lié à des ambitions personnelles autour de la table, vient du fait que le processus a été mal pensé. (…) La solution suppose que chacun bouge un peu », a-t-il ajouté, se disant « confiant » sur le fait qu’un accord puisse être trouvé mardi.

Une proposition semblait pourtant émerger, peut-être capable de faire consensus. Tenezvous bien et lisez avec attention : le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans (un ennemi acharné des patriotes européens et un immigrationniste militant) prendrait la présidence de la Commission, en ticket avec la Bulgare Kristalina Georgiva (PPE) à la présidence du Conseil, le très calamiteux Premier ministre libéral belge Charles Michel (l’un des responsables les plus impliqués dans les dérives communautaristes islamiques dans son pays*) étant désigné au poste de haut représentant diplomatique. Quant au conservateur allemand Manfred Weber (candidat d’Angela Merkel à la présidence de la Commission mais récusé par Emmanuel Macron), il obtiendrait la présidence du Parlement. La socialiste et immigrationniste danoise Margrethe Vestager, elle, récupérerait le poste de première vice-présidente de la Commission.

Et voilà comment ces dames et ces messieurs se partagent les guenilles de l’UE, pour le plus grand malheur des citoyens européens.

Les débats promettaient d’être longs, dimanche soir 30 juin, quand les 28 dirigeants de l’Union européenne (UE) se sont retrouvés pour la troisième fois en quatre semaines, afin de tenter de désigner les nouveaux présidents de la Commission, du Conseil, de la Banque centrale européenne et le poste de haut représentant européen. Et ils le furent : sur le coup de 10 heures du matin, lundi 1er juillet, les Vingt-Huit en étaient toujours à s’écharper sur le nom du successeur de Jean-Claude Juncker, jusqu’à ce que le sommet soit officiellement reporté et qu’Emmanuel Macron, jamais en reste d’une collusion avec les ennemis de la France, déclare : « Timmermans fait partie des personnes pouvant avoir un poste de haut niveau. »

De mémoire de Bruxellois, aucune réunion au sommet n’avait duré aussi longtemps depuis cette fameuse « nuit grecque » du 13 juillet 2015, lors de laquelle les dirigeants européens avaient négocié 17 heures durant pour décider du sort du pays (qui n’en demandait d’ailleurs pas tant), alors au bord de la faillite. Mais à l’époque au moins, ils en étaient sortis avec un « deal »…

Emmanuel Macron rencontre Charles Michel, premier ministre belge, Pedro Sanchez, premier ministre espagnol, et Mark Rutte, premier ministre des Pays-Bas. À Bruxelles, dimanche 30 juin 2019.

Emmanuel Macron rencontre Charles Michel, Premier ministre belge, Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, et Mark Rutte, Premier ministre néerlandais. On sait rigoler, à Bruxelles…quand on se moque des citoyens.

Cette nouvelle phase de négociation à Bruxelles semblait pourtant balisée avant le sommet, avec un accord préalable entre le président Emmanuel Macron et la chancelière allemande Merkel, conclu en amont de la réunion du G20, à Osaka. Sur le papier, le dispositif avait ses avantages : en adoubant le Néerlandais Frans Timmermans à la Commission et l’Allemand Manfred Weber à la présidence du Parlement européen, les deux dirigeants pensaient avoir fait le plus difficile et enterré la hache de guerre.

La chancelière confortait sa coalition avec les sociaux-démocrates à Berlin sans sacrifier totalement son candidat – M. Weber obtenant le lot de consolation de la présidence de l’assemblé de Strasbourg. De son côté, le président français obtenait un exécutif proche de ses vues – M. Timmermans s’est notamment exprimé en faveur d’un salaire minimum européen –, tout en évitant qu’un « dur », en l’occurrence un autre Allemand, Jens Weidmann, prenne la tête de la Banque centrale européenne (BCE).

C’était sans compter avec la rébellion au sein du Parti populaire européen (PPE), la famille conservatrice. Habitués depuis des années à truster les postes de pouvoir bruxellois, ses membres avaient du mal à faire leur deuil de la présidence de la Commission et à digérer la défaite de leur tête de file, le Bavarois Weber, barré par M. Macron. La présidence du Commission est entre les mains de la droite depuis quinze ans.

Le parti, d’ordinaire parfaitement organisé, a fait un étalage très inhabituel de ses divisions, dimanche, retardant de presque deux heures le début du sommet à vingt-huit. La mèche avait été allumée en fin de matinée par le premier ministre Viktor Orban. Suspendu du PPE – pour cause d’attaques répétées à l’égard de Bruxelles –, le Hongrois qualifiait, dans un courrier à Joseh Daul, le président de la formation, l’idée d’une nomination du social-démocrate Timmermans (dont on connaît la détestation pour le groupe de Visegrad) à la tête de la Commission « d’erreur historique » et d’« humiliation ».

Le conservateur portugais Paulo Rangel, plutôt placide d’ordinaire, prenait le relais, affirmant sur Twitter, que « Merkel représente l’Allemagne et pas le PPE »… Même son de cloche exaspéré chez Frank Engel, le patron du CSV luxembourgeois, qui balançait lui aussi sur le réseau social : « On en a par-dessus la tête que deux partis plus petits l’un que l’autre [les socialistes et les libéraux] veuillent nous imposer leur solution. Il faut un choix à la mesure de la dimension du PPE. » Selon une source interne, Les Républicains (LR) menaçaient, eux qui ne représentent plus grand chose, de claquer la porte du groupe européen…

La discussion entre Angela Merkel, une chancelière désormais très affaiblie, et le reste du groupe aurait même été très rude. Et, paradoxalement, cette confusion au sommet du PPE, qui soupçonne M. Macron depuis des mois de vouloir le déstabiliser, n’arrangeait pas les affaires du président français, lequel avait besoin de son soutien pour imposer son candidat, M. Timmermans.

Alors que les Français pensaient avoir accompli l’essentiel en trouvant un accord avec Mme Merkel, tout était finalement à refaire. « Il y a une crise au sein du PPE », soufflait le chef de l’Etat, tout juste rentré du Japon la nuit précédente. « L’Allemagne n’a pas fait le travail de conviction auprès des petits pays, s’offusquait Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, en début de soirée. Or, ce sont ces pays qui font pivot au moment du vote. »

Pour les Français, les conservateurs européens ont aussi fait une erreur d’analyse. « Pour la Commission, il fallait un candidat PPE au barycentre de l’Europe », analysait M. Macron, pour qui le choix de M. Weber n’était pas acceptable. Lui aurait préféré Michel Barnier, le négociateur du Brexit, membre de LR mais considéré comme « compatible ». « Si le PPE le propose, on le défendra car il a les compétences », assurait le chef de l’Etat en début de soirée. Mais l’ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy a un défaut aux yeux des Allemands : il est Français… Un comble !

Mais pas question, en principe, de procrastiner. Le chef de l’Etat l’avait promis à son arrivée à Bruxelles : il y aurait « ce soir » des noms sur la table. Très vite, M. Macron a adapté sa stratégie. « On ira au vote », a-t-il lancé à Xavier Bettel, le premier ministre libéral luxembourgeois, venu accorder sa position avec celle de la France. Avec le Luxembourg, l’Espagne, le Portugal, la Belgique et les Pays-Bas, « on s’entend très bien, on forme un maul cohérent, il faut le tenir », confiait le président.

Dans le camp français, on estime avoir fait une erreur lors du précédent Conseil, le 21 juin, lorsque le système des Spitzenkandidaten (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/21/hecatombe-a-bruxelles/) a été écarté, mais pas formellement enterré. « Il faut qu’on soumette les noms de Timmermans et de Weber au vote du Conseil, quitte à ce qu’ils soient écartés. C’est le seul moyen d’avancer », confiait-on au sein de la délégation française dimanche soir

Pour les protagonistes du G20 d’Osaka (Macron, Merkel, mais aussi le Néerlandais Rutte, l’espagnol Sanchez), toute la nuit a consisté à tenter de convaincre les pays rétifs – Pologne et Hongrie en tête –, d’accepter le candidat Timmermans à la Commission, même s’il est devenu la bête noire du PiS, le parti conservateur au pouvoir à Varsovie, et du premier ministre Viktor Orban, à Budapest, en raison de ses actions hostiles au groupe de Visegrad.

La partie n’était toujours pas gagnée au petit matin, quand Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, surprenait en lançant évasivement qu’il n’était « pas sûr qu’il y ait un accord » lundi… Propos confirmé par un haut fonctionnaire de la Commission.

De fait, le PPE a fait monter les enchères toute la nuit, réclamant, en compensation à une éventuelle nomination de M. Timmermans, au moins la présidence du Conseil européen. Un poste également stratégique à Bruxelles. Donald Tusk, l’actuel président du Conseil (un PPE, comme M. Juncker et MmeMerkel), a consulté les dirigeants – plusieurs fois de suite et un à un, en cherchant à éviter un vote qui aurait mis à jour les divisions de l’UE.

Il fallait aussi composer avec l’exigence – réitérée par M. Macron – d’une parité totale pour les quatre postes « dépendant » des dirigeants européens : les présidences de la Commission, du Conseil, de la Banque centrale européenne et de la haute représentation de l’UE.

Ces prébendiers nous donnent la nausée.

Le 2 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Belgique, les langues se délient » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/04/18/bulletin-climatique-quotidien-18-avril-2016-de-la-republique-francaise/

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