Un nouveau mythe de l’humanitaire chez les étudiants.

2 Juil

Certains le nomment « VOLONTOURISME » !  C’est désormais une case qu’il est nécessaire de cocher sur son CV (preuves à l’appui) si l’on veut avoir une chance, à défaut de réussir sa carrière, de satisfaire aux exigences des DRH des plus grandes entreprises.Et si, en plus, nos étudiants ont émargé à l’une ou l’autre des ONG pseudo-humanitaires qui pratiquent la traite négrière trans-méditerranéenne, alors là, ils sont assurés de la reconnaissance éternelle du CAC 40 et donc d’une embauche garantie…(https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/29/les-negriers-sont-partout-meme-chez-les-livreurs-de-restauration-rapide-a-domicile/)

Pour son premier voyage en Afrique, Timothée avait choisi le Kenya. Une mission de « volontariat dans un orphelinat » de deux semaines encadrée par Projects Abroad (https://www.projects-abroad.fr), une entreprise qui vend (très cher) des séjours humanitaires « clés en main » à de jeunes volontaires. Alors âgé de 16 ans,Timothée avait convaincu ses parents de le laisser partir grâce à cette structure qui garantit la sécurité des volontaires, parfois mineurs. Sur place, il était logé chez l’habitant. Il participait à la rénovation d’un orphelinat dans une zone rurale, il lui arrivait aussi de s’occuper des orphelins.

« J’ai préparé des repas, organisé des jeux pour les enfants les plus grands, donné des cours de maths ou de géographie, et même changé les couches des bébés », détaille aujourd’hui le jeune homme de 23 ans, étudiant en…sciences politiques (Sciences-Po Paris), qui est reparti à deux reprises en Afrique avec cet organisme. Parfois, sa mission lui semble plus dure. « J’ai vu des enfants en mauvaise santé. Je me souviens de cette petite fille qui avait des marques de strangulation sur le cou. On nous a dit que sa mère en était l’auteur… », raconte-t-il. A la fin de son séjour de deux semaines, il dit avoir ressenti une certaine frustration de ne pas avoir pu faire davantage. Ce garçon ira loin…dans la sensiblerie exigée de ses futurs employeurs et bien dans l’air du temps.

Alors, sachez qu’en France, la demande pour le volontariat à l’étranger est en pleine expansion. Une tradition venue des pays anglo-saxons, où les « séjours humanitaires » se font lors d’une gap year (année de césure) ou des vacances d’été. Ils permettent – entre autres choses – d’afficher des expériences valorisantes pour entrer dans les meilleures universités. « Cette tendance répond au désir des étudiants de donner du sens à leur parcours, et les grandes écoles s’y adaptent », prétend Julie Joly, directrice du Centre de formation des journalistes (CFJ) et élue de la Conférence des grandes écoles (CGE) alors que, en réalité, c’est exactement l’inverse qui est organisé. Les « grandes écoles » comme les meilleures universités ont été amenées par les grandes entreprises (d’abord aux Etats-Unis puis ailleurs dans le monde) à imposer ce type de cursus parce qu’il est dans l’air du temps et conforme à la vision cosmopolite de l’économie imposée par la super-classe mondialiste.

« Partir en volontariat à l’étranger, nous y sommes favorables, mais attention, l’humanitaire est un métier qui demande des compétences. Nous conseillons aux jeunes d’être vigilants et de ne pas faire du volontourisme », alerte Marie-Albane Ully, responsable de la communication de France Volontaires, une plate-forme française sous tutelle du ministère des affaires étrangères créée après les dérives de la triste affaire de « L’Arche de Zoé ».

Le « volontourisme », ou tourisme humanitaire volontaire, est ce business juteux créé par des entreprises pour tirer profit des « meilleures intentions » des jeunes, qui veulent s’engager pour une cause ou, de façon moins avouable, ajouter une ligne à leur CV. A mi-chemin entre le séjour touristique et le volontariat humanitaire, le modèle économique de ces entreprises est en plein essor depuis les années 1990. Ainsi Projects Abroad, société britannique créée en 1994 par un professeur de géographie, Peter Slowe, se revendique comme « leader mondial », avec 8 000 à 10 000 volontaires chaque année (100 000 depuis sa création), et un chiffre d’affaires global de 16 millions de livres (18 millions d’euros). On trouve aussi, parmi les plus importantes, la néo-zélandaise IVHQ et la française WEP.

Projects Abroad se présente sur son site comme une « entreprise sociale internationale spécialisée dans l’organisation de missions de volontariat et stages à l’étranger ». Son offre est digne d’un gros tour-opérateur : vingt-cinq pays, répartis sur cinq continents. Les candidats peuvent faire, « au choix », des missions ou des stages en construction, médecine, humanitaire, commerce, enseignement, journalisme… Le tout pour des prix élevés : un séjour d’une dizaine de jours coûte en moyenne 2 500 euros, sans les billets d’avion et sans les visas. C’est la somme qu’avaient déboursée les parents de Timothée, et il se demandait d’ailleurs quel était le montant perçu par sa famille d’accueil.

Les retours de l’expérience sur le terrain sont très nuancés. Alizée Delpierre, sociologue et enseignante à Sciences Po, est allée enquêter au Ghana pour voir comment se déroulaient ces séjours. Après être restée quatre mois à Accra, la capitale, elle a raconté l’expérience, souvent un peu vide de sens, de ces jeunes Français partis en 2013 avec Projects Abroad, dans un article publié en 2017.

« Les jeunes, qui étaient tous très enthousiastes à l’idée de partir, se rendaient compte au fil des jours qu’ils n’étaient pas si utiles que ça sur le terrain, que leurs missions, réalisées sans compétences, étaient limitées, que des groupes de jeunes se succédaient pour faire sans cesse les mêmes choses, et qu’ils surchargeaient les écoles ou les orphelinats où ils étaient placés », explique-t-elle.

C’est dans les orphelinats et les hôpitaux que les limites éthiques du « volontourisme » se sont posées le plus fortement ces dernières années. Au Cambodge, la demande croissante des volontaires internationaux a engendré l’éclosion de faux orphelinats. « L’Unicef et des ONG comme Friends International ont montré que le volontourisme en orphelinat avait pour conséquence… de créer des orphelins ! Elles ont constaté en 2010 que 75 % des enfants en orphelinat au Cambodge avaient en réalité au moins un de leurs deux parents en vie », souligne Voleak Sok, responsable de l’espace volontariats du Cambodge pour France Volontaires.

Les risques pour les orphelins sont nombreux, car « ces enfants revivent à l’infini le sentiment d’attachement puis d’abandon à chaque fois qu’un volontouriste rentre chez lui. Ce qui est très fréquent puisque ces derniers ne restent que de courtes périodes », explique cette Cambodgienne.

Les entreprises de volontourisme, qui ont capté le désir d’engagement et de solidarité pour vendre des séjours, proposent aussi des missions « professionnalisantes » ou « d’orientation ». Claire, 23 ans, aujourd’hui en stage dans une multinationale de l’agroalimentaire (l’un de ces négriers dont nous parlions plus haut), voulait « faire une mission de journalisme », lorsqu’elle est partie avec Projects Abroad il y a quatre ans à Lomé, au Togo, pendant ses deux mois de vacances d’été. Au programme, écriture de dépêches, flash pour la radio, mais aussi visites dans des orphelinats et escapades le week-end avec d’autres volontaires pour découvrir le pays (le côté tourisme, incontournable). « Avec toute la mauvaise presse qu’il y a autour de ce concept de “volontourisme” aujourd’hui, je ne referais peut-être pas le même stage et je ne payerais pas autant d’argent [5 000 euros]. Mais ça m’a permis ensuite de décrocher un bon stage », admet-elle. C’est la preuve par…5 000 de la véracité de nos arguments !

A Sciences Po, Bénédicte Durand, directrice des études et de la scolarité, reconnaît que ces expériences sont encore trop valorisées lors des admissions dans l’école de la rue Saint-Guillaume. « Nous avons une position très claire, prévient-elle. On ne peut pas empêcher une famille de payer un séjour très coûteux à son enfant, mais on peut envoyer des signaux forts en disant que ce ne sera pas un facteur de choix dans un dossier. D’autant que ce genre d’expérience exclut de fait les étudiants de milieux modestes, qui ne peuvent pas se permettre de payer pour faire du volontariat à l’international. » Parole, parole…

Pour éviter de contribuer à ce « business du bon sentiment », et entretenir le « complexe du sauveur blanc » – cette propension des Occidentaux à vouloir aider les populations de couleurs ou des pays du Sud mais que l’on se fera un malin plaisir de leur reprocher ensuite pour alimenter la repentance –, France Volontaires recommande de se poser les bonnes questions avant de partir : « Quelles sont vos motivations ? Demandez-vous ce que vous pouvez apporter aux populations locales : quelles sont vos compétences ? Quel est le statut de la structure d’envoi, ses objectifs, ses valeurs ? Quels sont les impacts du projet en termes de réponses aux besoins des populations locales ? », énumère Marie-Albane Ully.

Les spécialistes de l’humanitaire recommandent aussi d’inverser les termes de l’équation « Nord-Sud ». De se demander qui imaginerait que de jeunes étrangers puissent dépenser de fortes sommes d’argent pour s’occuper d’orphelins français, sans aucune qualification…

En tout cas, une bonne façon d’accéder à la connaissance…de l’abîme de la bêtise humaine !

Le 2 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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