Nouveau Billet d’Argolide (1).

6 Juil

Blason des seigneurs d’Argolide, de la maison de Brienne

Nous renouons cette année avec nos premiers Billets d’Argolide de l’été 2015, lors d’un séjour en Grèce et alors que le pays vivait de grands bouleversements : quasi-faillite économique, crise migratoire sans précédent, installation improbable d’un gouvernement de gauche radicale dont les promesses furent rapidement vouées à l’échec, tyrannie de l’Union européenne et des créanciers internationaux du pays, etc. (mot-clé « Billet d’Argolide » sur notre moteur de recherche).

Depuis cette période terriblement douloureuse pour ses habitants, la Grèce ne s’est toujours pas remise et continue même de sombrer dans la misère.

Comme on pouvait s’y attendre, les élections au Parlement européen, jumelées à des élections municipales et régionales, le 26 mai dernier, ont été un désastre pour le gouvernement de gauche au pouvoir et son Premier ministre, Alexis Tsipras. Ce qui a entrainé la nécessité de convoquer de nouveau les citoyens grecs pour des élections législatives anticipées qui auront lieu demain dimanche 7 juillet 2019.

Attendez-vous donc à savoir qu’Alexis Tsipras et son parti Syriza ont bu la tasse

Au début, en 2015, ce jeune homme politique venant d’un parti très, très, à gauche, ne portant jamais de cravate, apparaissait comme le sauveur, celui qui allait faire oublier les années de crise aux Grecs, affronter celles et ceux qui voulaient faire plier la Grèce. Mais il n’en fut rien, bien au contraire.

Le chevalier blanc laissa progressivement la place à un prince noir. L’espoir de la Grèce collabora avec la Commission européenne, le FMI, la Troïka, et laissa le peuple grec s’enfoncer de plus en plus dans la misère avec la bénédiction des gauleiters de l’Union européenne. Manifestants gazés, matraqués, retraités comme chômeurs, Alexis Tsipras changeait petit à petit de visage, son masque tombait, et la Grèce avec. Mais il lui en fallait plus, toujours plus, et après la pauvreté, il allait s’en prendre aux fondements de son pays.

La Grèce était à vendre et il l’a vendait, les chômeurs touchaient de moins en moins d’allocations, les retraités voyaient leur retraites baisser de mois en mois. Tsipras faisait la part belle à tous les acheteurs étrangers et ne s’opposait en rient à celles et ceux qui dépeçaient la Grèce. Mais ce n’est pas seulement à l’imparfait qu’il faut imaginer la Grèce d’Alexis Tsipras, le temps présent n’est que la continuité de sa politique avec l’appauvrissement du peuple et le départ de la jeunesse d’un pays qu’elle adore, mais où elle ne peut plus vivre.

La Grèce vit sur un pilier fondamental qui lui a permis d’exister malgré l’occupation ottomane durant des siècles, l’église orthodoxe. Les popes étaient le symbole de la résistance grecque face à l’occupant ottoman, en créant les écoles de la nuit où les enfants les rejoignaient pour apprendre l’histoire de la Grèce, sa culture, sa langue. C’est ce pilier qui a fait tenir les Grecs durant des siècles. Et durant la crise, aujourd’hui encore, l’église orthodoxe assure un service social que l’état ne peut plus pourvoir, entre autre les repas pour les plus pauvres. En pleine tempête économique, l’église orthodoxe est une nouvelle fois présente au service des plus démunis.

Pourtant, Alexis Tsipras, présumé sauveur de la Grèce, s’était mis en tête de démanteler le pouvoir de l’église orthodoxe, entre autre, de retirer le statut de fonctionnaires aux popes, afin de reverser leurs salaires à ses amis politiques et de trouver, comme d’habitude, un « arrangement » pour régler les salaires des popes. Pour lui, il fallait absolument mettre au pas l’église orthodoxe. Et ensuite, il se serait peut-être attaqué à l’identité même de la Grèce, sa culture, ses us et coutumes, sa langue. Mais son plan n’a pas fonctionné, Alexis Tsipras avait sous-évalué le pouvoir de l’église grecque.

C’est toujours la question qui revient à l’esprit concernant Alexis Tsipras. Et pourtant, c’est bien Tsipras qui n’a pas hésité à ouvrir les frontières de la Grèce à des migrants que le pays était incapable de prendre en charge, c’est aussi lui qui a récupéré les migrants que les autres états membres européens ne voulaient plus. Une nouvelle fois laissant faire Bruxelles à sa guise.

Les Grecs reprochent aussi au gouvernement d’Alexis Tsipras d’avoir mal géré les secours durant l’été meurtrier 2018 où des incendies ont ravagé une partie de l’Attique avec un lourd bilan de 93 morts.

Enfin, ce qui a été fatal à cet apprenti politique, ce fut la question macédonienne. Il était inimaginable de pouvoir laisser un état garder le nom de Macédoine alors qu’il s’agit d’une province grecque. Qui plus est, Tsipras laissait faire Skopje à sa guise, et une fois de plus courbait l’échine. Ce fut la fois de trop.

Les Grecs le lui ont fait savoir par de gigantesques manifestations. Ce fut pour Alexis Tsipras « la fois de trop« . La Macédoine a été la goutte qui a fait déborder le vase, les Grecs se sont sentis trahis. Trahison de l’histoire grecque dans cette région, celle de Philippe de Macédoine et d’Alexandre le Grand.

Le grand gagnant de ces triples élections fut le parti conservateur Nea Democratia, Nouvelle Démocratie, avec à sa tête Kyriakos Mitsotakis, le fils de Konstantinos Mitsotakis. Ancien premier ministre, il fut une des figures des trois grandes familles qui ont gouverné la Grèce, Mitsotakis, Caramanlis et Papandréou.

Si Kyriakos Mitsotakis remporte les élections législatives, c’est une dynastie politique qui revient au pouvoir en Grèce. Kyriakos est le frère de Dora Bakoyannis, ancienne ministre et maire d’Athènes et fille de Konstantinos. Elle est aussi la mère du nouveau maire d’Athènes, Costas Bakoyannis.

Rien de ne dit aujourd’hui que les Mitsotakis-Bakoyannis vont sauver les Grecs et la Grèce, redresser le pays et faire oublier que les seules choses gratuites en Grèce sont la mer et le soleil. Redonneront-ils l’espoir à un peuple fatigué d’avoir été trompé pendant tant d’années, et constater que les promesses se sont accompagnées d’une lente dérive vers le gouffre de la misère ?

« En toute chose, c’est la fin qui est essentielle »
Aristote

Pour l’instant le bilan d’Alexis Tsipras est plutôt dans le rouge, les prochaines élections législatives pourraient bien faire rougir encore plus ce bilan, jusqu’à l’écarlate, sa chute pourrait bien donner le jour à un parti helléniste si Mitsotakis ne parvient pas à redonner le goût de la Grèce aux Grecs.

L’histoire de la Grèce du XXIe siècle a fort mal commencé avec la crise, souhaitons qu’elle se termine mieux et pour le meilleur du pays qui fut le berceau de l’Europe.

Le 6 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Nouveau Billet d’Argolide (1).”

  1. JeanAndré juillet 6, 2019 à 8:20 #

    Bienvenue dans la seconde patrie de tout citoyen d’occident, et bravo pour votre premier article d’Argolide. Un petit détail: les popes n’enseignaient en cachette la nuit pas « la langue » grecque aux gosses durant l’occupation turque, mais l’histoire de leur nation et, bien sûr, à lire, à écrire et à compter. La langue, ces gosses la parlaient déjà. Excellent séjour.

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