Contrairement aux annonces alarmistes, le budget italien n’est pas récusé par Bruxelles.

7 Juil

La nouvelle était attendue depuis plusieurs jours, et avait été précédée de nombreux signaux favorables : elle a été officialisée mercredi 3 juillet à Bruxelles par le commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici. Considérant les engagements pris par le gouvernement italien, la Commission « a conclu qu’une procédure pour déficit excessif au titre de la dette n’[était] plus justifiée à ce stade ». Formellement, la décision doit encore être validée par les ministres de l’économie et des finances de la zone euro, qui se réunissent le 9 juillet. Mais l’issue ne fait plus aucun doute. Le gouvernement italien s’est offert ainsi un peu d’air, du moins jusqu’à l’automne.

Les marchés, qui depuis plusieurs jours avaient anticipé cette décision, n’ont pas manqué de saluer ce signe encourageant : mercredi, la Bourse de Milan a clôturé en forte hausse (2,4 %), pendant que le spread (différentiel entre les taux des bonsdu Trésor italien et allemand), indice habituel des inquiétudes sur l’Italie, descendait sous les 200 points, pour la première fois depuis mai 2018.

Alors que le premier ministre, Giuseppe Conte, recueillant les fruits de semaines d’intense activité diplomatique, affirmait que « l’Union européenne a reconnu le sérieux de l’Italie », les chefs des deux composantes de la coalition n’ont pas manqué de saluer ce résultat. « L’Europe a rendu justice à l’Italie et à ce gouvernement », a affirmé le ministre du développement économique et chef du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, tandis que le leader de la Ligue et ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, affichait sa sérénité : « J’en étais sûr. Maintenant, je proposerai au gouvernement d’accélérer sur le budget de l’an prochain. »

Comment l’Italie est-elle parvenue à éloigner la menace ? Le gouvernement du pays s’est résolu à faire, le plus discrètement possible : un budget rectificatif, avec un effort total de plus de 7 milliards d’euros.

En décembre 2018, au sortir de semaines d’affrontement avec Bruxelles, le gouvernement italien avait échafaudé un budget 2019 affichant une prévision de déficit de 2,04 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui avait permis au pays d’échapper aux sanctions. Las, au printemps, le ministre des finances, Giovanni Tria, avait été forcé d’admettre que cet objectif ne serait pas tenu, et que le déficit atteindrait plutôt les 2,4 %, en raison de l’atonie persistante de la croissance (0,3 % attendu en 2019, selon la Banque d’Italie), ouvrant la voie, début juin, à de nouvelles menaces de procédure d’infraction.

Pour défendre sa position, le gouvernement italien a mis en avant le fait que les deux mesures-clés des derniers mois, la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté, ayant été redimensionnées, coûteront moins que prévu. Dans le même temps, il a sollicité de la Caisse des dépôts et de la Banque d’Italie des dividendes exceptionnels, à hauteur de 2 milliards d’euros, et assure que la mise en place, depuis le début de l’année, de la facturation électronique permettra de lutter contre la fraude à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). L’ajustement, ainsi calculé, suffit à ramener le déficit 2019 dans les clous.

Plus important encore, le gouvernement italien s’est engagé à ce que le prochain budget soit « compatible sur le plan financier » avec les règles de la Commission. Sur ce point, les chiffres laissent penser que l’objectif sera très difficile à tenir. En effet, la croissance ne montre aucun signe de rebond, et plusieurs signaux indiquent que le PIB s’est une nouvelle fois contracté au deuxième trimestre, tandis que la Banque d’Italie estime la croissance 2020 à 0,7 % seulement.

De son côté, Matteo Salvini, véritable homme fort de l’exécutif, promet déjà pour l’an prochain une baisse des impôts à hauteur de 15 milliards d’euros…Quand on veut, on peut.

Dans un entretien au Corriere della Sera publié jeudi matin, le premier ministre a jugé « absolument prématuré » de parler de chiffres. Le gouvernement italien s’est offert la possibilité de partir en vacances tranquille. L’épreuve de vérité sera pour cet automne.

Nous aurons donc à en reparler mais, d’ici là, nous aurons eu le plaisir d’arpenter une nouvelle fois quelques hauts lieux de la Vénétie !

Le 7 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA. 

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