Nouveau Billet d’Argolide (2).

8 Juil

Blason des seigneurs d’Argolide de la maison de Brienne

Le nouveau gouvernement de droite, issu des élections législatives de dimanche 7 juillet, va hériter d’un cadeau empoisonné de ses prédécesseurs, imposé par les gauleiters de la Grèce dans le cadre des plans successifs dits de « sauvetage économique » : les nombreuses privatisations longtemps annoncées mais jamais (ou si peu) menées à leur terme.

Ainsi, sous les auspices d’Alexis Tsipras, le gouvernement grec devait engranger, en 2019, 1,5 milliard d’euros grâce aux privatisations. Mais à la mi-juin, l’objectif semblait inatteignable.

Dans le sud d’Athènes, par exemple, au bord de la riviera chic de la capitale grecque, le site d’Hellinikon, qui a accueilli, à tour de rôle, un aéroport, des infrastructures pour les Jeux olympiques de 2004 et….un camp de migrants est toujours à l’abandon. Pourtant, il est sur la liste des biens à privatiser établie par les créanciers de la Grèce depuis 2011 (car, ne l’oubliez pas, ce sont les créanciers du pays qui ont fixé, à partir de 2015, les règles du jeu économique et les ont imposées sans beaucoup de résistance au gouvernement Tsipras).*

Ce site doit, en théorie, donner naissance à un mégacomplexe : un parc méditerranéen longeant la mer de 2 millions de m2, rivalisant par sa dimension avec Central Park ou Hyde Park, une plage publique de 1 km de long, 50 km de pistes cyclables et piétonnes permettant de rejoindre le centre de la capitale, des résidences de luxe, un centre de conférences, un casino…Bref, une douce utopie !

Le coût de ce qui serait le plus grand plan d’urbanisme en Europe à l’heure actuelle est estimé à 8 milliards d’euros et devrait créer jusqu’à 75 000 emplois, selon le principal actionnaire Lamda Development, qui forme avec l’entreprise chinoise Fosun Group et la société émiratie Eagle Hills Properties (les principaux prédateurs économiques de la Grèce) le consortium qui a remporté l’appel d’offres international en 2014. Mais, à Hellinikon, pas une grue, pas un camion… Le feu vert n’a toujours pas été donné pour commencer les travaux gigantesques.

« Nous espérons, d’ici à la fin de 2019, pouvoir terminer la procédure de privatisation d’Hellinikon. Nous avons rencontré de nombreux blocages techniques, juridiques et de développement urbanistique qui ont retardé la procédure », explique brièvement Riccardo Lambiris, le directeur général du Fonds de développement des actifs de la République grecque (plus connu pendant la crise économique sous l’acronyme Taiped), chargé de la liquidation des bijoux de famille…

L’appel d’offres pour décerner la licence de gestion du casino a déjà été reporté deux fois. Il devait, de nouveau, avoir lieu vendredi 28 juin avec trois candidats principaux, Mohegan Gaming & Entertainment (MGE), Hard Rock Cafe et Genting. Mais il a encore été retardé. Une étude sur l’impact environnemental de la construction et trois décisions ministérielles sont toujours attendues. « La privatisation d’un site comme Hellinikon est très complexe et prend du temps. Le terrain s’étend sur trois mairies, plusieurs intérêts s’entremêlent… », soutient M. Lambiris.

Jusqu’en juin 2017, Hellinikon était occupé par un camp de migrants qu’il était difficile de déloger, pour des raisons prétendument humanitaires mais  surtout politiques. Ensuite, une association voulait conserver, sur l’ex-aéroport, trois anciens Boeing de la compagnie grecque Olympic Air et a été jusqu’au tribunal pour faire entendre sa revendication… « Et ce n’est que quelques exemples des embûches rencontrées pour finaliser une privatisation en Grèce », confie-t-on au Taiped.

Quand il prend, en octobre 2017, ses fonctions de directeur du fonds, M. Lambiris est le cinquième à occuper ce poste . De 2011 jusqu’à fin 2016, le Taiped n’a engrangé « que » 3,6 milliards d’euros. Un montant bien inférieur aux objectifs prévus par les créanciers du pays. En 2018, 2,1 milliards d’euros de privatisations ont été réalisés, avec notamment la vente de 66 % des parts du distributeur de gaz Desfa, de 5 % de la compagnie de téléphonie publique OTE et de 67 % du port de Thessalonique (nord-est).

A ce jour, 42 privatisations ont été réalisées ou sont en cours de finalisation depuis 2011 pour un montant total d’environ 6 milliards d’euros, loin de l’objectif de 50 milliards.

Pour 2019, l’objectif d’encaisser 1,5 milliard d’euros dans de telles opérations semble difficilement atteignable : l’appel d’offres pour la vente de 50 % de la société pétrolière Hellenic Petroleum a échoué et la cession de 30 % des actions de l’aéroport International d’Athènes (AIA) n’a pas encore été lancée, en raison de désaccords entre les autorités grecques et AviAlliance, l’actionnaire de 40 % de l’AIA (cela ne vous rappelle rien ?).

« La privatisation la plus compliquée est celle des compagnies des eaux. Dans l’opinion publique, l’eau est un bien commun et non une marchandise, d’où de nombreuses résistances », affirme M. Lambiris. Quelque 11 % de la Compagnie des eaux d’Athènes et 24 % de celle de Thessalonique doivent être mis en vente. En 2014, le Conseil d’Etat, saisi par des citoyens, avait déjà bloqué cette privatisation jugée illégale. Autre opération compliquée, celle de la compagnie d’électricité DEI, qui ploie sous 540 millions d’euros de dettes et qui produit une grande partie de l’électricité grâce à la combustion de lignite, une méthode polluante très taxée par l’Union européenne mais que bien d’autres pays utilisent faute d’énergies renouvelables.

Mais d’autres privatisations sont plus faciles à réaliser (avec un moindre rapport), comme celle des ports périphériques, celle des sources thermales sur l’île de Kythnos (au sud-est d’Athènes), de l’autoroute Egnatia Odos, qui va de la côte Adriatique à la Turquie, ou de la marina Alimou, dans le sud d’Athènes. Pour M. Lambiris, « de grands efforts ont déjà été entrepris au niveau de la bureaucratie, mais des progrès restent encore à faire ».

Comme vous vous en dotez, le sujet des privatisations n’a pas manqué de surgir dans la campagne des élections législatives. Kyriakos Mitsotakis, le leader de Nouvelle démocratie (conservateurs), en tête des sondages face à Alexis Tsipras (Syriza, gauche radicale), a assuré que le cas d’« Hellinikon se débloquera dès la première semaine de gouvernement ». Reste à voir si cette promesse sera tenue…

Et, surtout, à savoir si ces privatisations tous azimuts sont la meilleure méthode pour relancer l’économie et améliorer le sort des citoyens grecs…

Le 8 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Il est possible d’accéder facilement à tous nos « Billets d’Argolide« , publiés en 2015, au plus fort de la crise grecque, grâce à ce mot-clé sur notre moteur de recherche.

Une Réponse to “Nouveau Billet d’Argolide (2).”

  1. Catoneo juillet 8, 2019 à 9:19 #

    Le principal dilemme de la Grèce, outre l’absence d’Etat sérieux, est qu’elle n’a pas d’économie capable de maintenir son espace, sauf à exporter du soleil. Hellinikon exploite cette veine.
    La Grèce est à vendre pour manger. Ca a un nom !

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