Nouveau Billet d’Argolide (3).

9 Juil

Blason des seigneurs d’Argolide de la maison de Brienne

Alexis Tsipras et son parti Siryza ont mordu la poussière mais ne sont pas défaits. Ce constat ne doit pas être oublié quand viendront les prochaines difficultés que ne manquera pas de rencontrer le régime de droite, issu des élections législatives de dimanche 7 juillet. Car la Grèce est ainsi. On râle beaucoup et à juste titre mais…

« Demain, le ciel sera plus clair, le soleil plus rayonnant », a lancé, enthousiaste, Kyriakos Mitsotakis, le leader de droite arrivé largement en tête des élection législatives, face au premier ministre sortant Alexis Tsipras, dimanche 7 juillet. Cette victoire sans appel (avec près de 40 % des voix) marque le retour au pouvoir de la Nouvelle Démocratie (ND), qui, avec le Pasok (centre gauche), avait dominé la vie politique grecque jusqu’à l’élection de Tsipras et de son parti de gauche radicale, Syriza, en 2015.

Dimanche soir, le candidat conservateur, qui arborait une chemise blanche aux manches retroussées pendant la campagne, a mis un costume bleu et une cravate – marquant sa différence avec M. Tsipras qui a toujours refusé d’en porter une ! Acclamé par la foule, Kyriakos Mitsotakis a réussi son pari en décrochant la majorité absolue à la Vouli, le Parlement grec.La Nouvelle Démocratie obtient 158 députés sur 300. M. Mitsotakis peut donc se passer d’une alliance avec les centristes de Kinal (l’ancien Pasok) et faire passer ses réformes plus rapidement.

« Cependant, Kyriakos Mitsotakis a tout intérêt à ne pas mener une politique trop à droite, estime Manos Papazoglou, professeur de sciences politiques à l’université du Péloponnèse. De nombreux Grecs ont voté pour lui dans le but de punir Alexis Tsipras, mais ils restent des électeurs du centre. »

Mais Kyriakos Mitsotakis devra aussi compter avec l’aile droite et nationaliste de son parti, revigorée par les manifestations monstres contre l’accord avec la Macédoine du Nord signé par M. Tsipras à l’été 2018. « Dans les rangs de la Nouvelle Démocratie, certaines personnalités très réactionnaires occupent des postes importants, comme le vice-président du parti, Adonis Giorgiadis, qui est issu d’un petit parti d’extrême droite (LAOS), souligne le politologue Seraphim Seferiades. Kyriakos Mitsotakis ne pourra pas ne pas leur donner une place dans le prochain gouvernement. »

M. Mitsotakis devra donc jouer un subtil jeu d’équilibriste pour maintenir l’unité de son parti entre durs et modérés, libéraux et nationalistes. Adonis Giorgiadis est ainsi pressenti pour prendre en charge un nouveau ministère dédié aux investissements.

Le nouveau premier ministre, qui a promis durant sa campagne d’attirer plus d’investissements étrangers, d’accélérer les privatisations et d’encourager l’entreprenariat, devra agir vite afin de montrer qu’il n’a pas fait des promesses en l’air. Et qu’il n’est pas seulement un héritier ayant capitalisé sur son nom : son père Konstantinos a occupé le poste de premier ministre de 1990 à 1993, sa sœur Dora Bakoyannis a été ministre de la culture (1992-1993) et des affaires étrangères (2006-2009), son neveu Costas Bakoyannis est le nouveau maire d’Athènes. « Je ne vais pas me moquer de vos espérances. (…) Le Parlement ne va pas fermer cet été. Nous n’avons pas de temps à perdre », a déclaré Kyriakos Mitsotakis, lors de sa première conférence de presse, dimanche soir.

Dès aujourd’hui mardi, il doit former son gouvernement, qui devrait être resserré avec moins de ministres et de secrétaires d’Etat. Pendant sa campagne électorale, le quinquagénaire avait assuré vouloir gouverner avec des jeunes et des technocrates, mais il devrait, selon la presse grecque, s’appuyer aussi sur des ténors de la Nouvelle Démocratie ayant déjà été en poste sous le dernier gouvernement conservateur d’Antonis Samaras (2012-2014). « La société grecque a envoyé un message clair, elle veut aller de l’avant unie, elle veut des emplois et de la sécurité », a assuré M. Mitsotakis qui sait que les attentes sont immenses.

Le futur gouvernement Mitsotakis devrait présenter, dès le mois d’août, son projet de loi le plus attendu : une baisse de l’impôt sur les entreprises, de l’impôt foncier et des cotisations sociales.

Très vite, Kyriakos Mitsotakis devra aussi se confronter à ses partenaires européens. Dès lundi, l’Eurogroupe devait examiner son troisième rapport de surveillance de l’économie grecque et pourrait adresser un message au nouveau premier ministre. M. Mitsotakis, dont le mouvement est membre du Parti populaire européen (PPE, le rassemblement de la droite), espère pouvoir renégocier à la baisse, avec les créanciers, les objectifs d’excédents budgétaires primaires qui s’élèvent à 3,5 % du PIB jusqu’en 2022. Pas gagné…

Bénéficiera-t-il de la bienveillance de ses partenaires européens ? Ce sera son premier test. Dans son message de félicitations, le président sortant de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a rappelé à M. Mitsotakis qu’« il reste encore beaucoup à faire ». Les marchés, pour leur part, avaient anticipé la victoire de la droite dès la semaine dernière en portant les taux d’emprunt de la Grèce à leur plus bas historique.

Ces élections, les premières depuis la sortie en 2018 de la Grèce du plan d’aide lié à la crise de la dette, marquent le retour du pays à une forme de normalité après une décennie de troubles politiques, avec tout de même une abstention record de 42 % alors que le vote est censé être obligatoire. Une désaffection due à la période estivale, mais aussi à une réelle lassitude de l’opinion envers la politique.

La défaite de Syriza est incontestable et peut s’analyser comme un vote sanction pour les promesses non tenues et le régime d’austérité appliqué par Syriza aux classes moyennes pendant ces quatre dernières années. Mais le parti de gauche radicale, avec 31,5 % des voix et 86 députés, s’installe solidement comme la principale force d’opposition du pays. Et là est le pire.

Par rapport aux européennes de mai, où Syriza était descendu à 23,8 %, Alexis Tsipras sauve les meubles. Dans son allocution de dimanche soir, sobre et sans effusion, le premier ministre sortant, qui a reconnu sa défaite sans barguigner, a promis de défendre « les acquis des travailleurs » et de mener « une opposition responsable mais active » face à la Nouvelle Démocratie.

Il a surtout promis de travailler à revenir au pouvoir en transformant la coalition de courants d’extrême gauche qu’est Syriza (30 000 membres, ce qui est très peu en Grèce) en « un grand parti de gauche, moderne et enraciné dans la société ».

Pour le politologue Elias Nicolacopoulos, les résultats de ces législatives marquent « le retour de la Grèce à un système de bipartisme » tel qu’elle l’a connu avant 2010. A la différence que Syriza a pris la place de l’ex-Pasok. Le problème d’Alexis Tsipras va être de convaincre les autres forces de gauche de le rejoindre, ce qui lui permettrait de faire jeu égal, voire de dépasser la Nouvelle Démocratie.

Mais Kinal (8 %), qui a succédé au Pasok, ne lui pardonne ni les insultes passées, ni d’avoir pillé son électorat. Le Parti communiste (KKE, 5,3 %) reste sur une ligne stalinienne. Et le Front de désobéissance réaliste européen (MeRA25, 3,4 %), de l’ex-ministre des finances Yannis Varoufakis, a exclu toute alliance avec Tsipras depuis leur rupture de l’été 2015.

Ne boudons pourtant pas notre plaisir et soyons heureux pour les Grecs pour lesquels une terrible page est en train de se tourner.

Le 9 juillet.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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