Nouveau Billet d’Argolide (4).

10 Juil

Blason des seigneurs d’Argolide de la maison de Brienne

Nous avons commenté, il y a peu, la situation laissée par le gouvernement grec d’Alexis Tsipras en ce qui concerne les privatisations imposées par les créanciers du pays. En voici peut-être l’exemple le plus caricatural : la vente à des Chinois du port du Pirée.

A l’ouest du Pirée, des grues bleue et orange jalonnent les ports de Drapetsona et Keratsini, cités ouvrières touchées sévèrement par la crise économique. Aux portes d’entrée des terminaux, d’où les porte-conteneurs s’amarrent dans un incessant mouvement, de petits drapeaux chinois accueillent les salariés.

« 2018 a été une année couronnée de succès et de profits. Les réussites économiques du port coïncident avec celles de l’économie grecque et nos futurs investissements vont créer plus de croissance et de nouveaux emplois », se réjouissait, fin juin, dans un communiqué Yu Zenggang, le président de l’autorité portuaire du Pirée (OLP) et vice-président de l’entreprise chinoise Cosco, l’actionnaire majoritaire avec 67 % du capital du port.

En 2009, l’arrivée de Cosco, la société maritime chinoise, au Pirée ne s’était pas fait sans heurt, provoquant une levée de boucliers des syndicats de dockers. Mais une décennie plus tard, l’activité des terminaux à conteneurs s’est envolée : environ 5 millions de ces boîtes métalliques géantes ont transité par le port du Pirée en 2018, contre moins de 1 million en 2009… Et la croissance se poursuit (+ 23,2 % au cours des quatre premiers mois de l’année).

Pékin veut faire du Pirée une étape essentielle à la « nouvelle route de la soie » qui permet à la Chine d’écouler ses produits vers l’Europe et d’augmenter son soft power. Le pari semble réussi : la majorité des échanges commerciaux entre la Chine et l’Europe passent désormais par la Grèce. Tous les jours, des trains de marchandises partent depuis le port vers la République tchèque pour desservir l’Europe de l’Est et centrale et, en quelques jours, les bateaux partis d’Athènes arrivent dans les ports du nord de l’Europe. « Le Pirée devrait devenir, en 2019, le premier port de Méditerranée, en dépassant celui de Valence en Espagne, et le quatrième ou le cinquième d’Europe. C’est un investissement bénéfique pour les Grecs. Deux mille emplois directement liés à l’activité du port ont été créés », assure Nektarios Demenopoulos, le porte-parole de l’autorité portuaire.

Ce constat ne convainc pourtant pas Giorgos Gogos, le secrétaire général du syndicat des dockers : « Cosco a enregistré ces succès grâce à une baisse des coûts de travail. Les travailleurs sur les terminaux à conteneurs sont employés en grande partie par des sociétés d’intérim peu soucieuses du respect du droit du travail. » Une convention collective a bien été signée il y a deux semaines : « C’est un pas important qui permet d’instaurer un salaire minimum, des règles pour les congés payés… Mais elle ne s’applique pas aux intérimaires malheureusement. »

Vaggelis Mantis a expérimenté le travail « épuisant » sur les terminaux à conteneurs. Après un CDD de deux mois pour la compagnie Piraeus Container Terminal (PCT), une filiale de Cosco, son contrat n’a pas été renouvelé et il n’a pas pu toucher le chômage faute d’avoir cotisé assez longtemps. « Tu n’as même pas le droit à une pause pour aller aux toilettes, tu dois être le plus productif possible quitte à t’évanouir au travail ! », raconte le trentenaire. L’esclavage moderne, voulu et organisé par l’Union européenne et les créanciers de la Grèce mais hypocritement délégué…à la Chine.

Dans les mairies environnantes du Pirée, le développement du port laisse perplexe. « Pour l’instant, nous ne voyons pas de retombées flagrantes sur notre ville. Les Chinois mettent en place des filiales pour sous-traiter différentes activités et travaillent peu avec des entreprises grecques. Et même s’ils ont promis de relancer l’activité sur les chantiers navals, ce n’est pas encore le cas ! », déplore Panagiotis Karagiannakis, adjoint au maire à Perama, banlieue de 25 000 habitants touchée de plein fouet par la crise. Ici, le chômage avoisine les 80 % dans la zone des chantiers navals.

Dans le centre de Perama, la mairie a mis en place depuis décembre 2018, une soupe populaire qui distribue chaque jour un repas chaud à une centaine de personnes et une épicerie sociale permettant à 250 familles de faire leurs courses à moindre coût« Je ne vois pas mon quotidien s’améliorer malgré les investissements chinois au Pirée ! Je vis de rien, je risque de voir couper mon téléphone et mon électricité dans quelques jours car j’ai des dettes énormes », raconte une chômeuse inquiète. Giorgos Kollias, en charge de l’épicerie sociale et de la soupe populaire, est en première ligne pour mesurer cette « grande détresse ». « De nombreuses personnes ne pourraient pas se nourrir tous les jours sans nous… », estime l’assistant social.

Cosco ne développe pas seulement l’activité conteneur. Le groupe chinois, qui entend faire du port le premier hub de croisière européen, a ainsi prévu un plan d’investissements de 600 millions d’euros : centre commercial, hôtel de luxe, nouveaux terminaux pour les croisières, centre de logistique et de stockage…Pour les riches !

Taksiarchis Karaboikis, 39 ans, qui vit à Drapetsona, à côté de Perama, espère pouvoir bénéficier du développement de la zone : « Tous les matins, depuis un an, aux aurores, je me rends au port pour trouver un petit boulot, même à la journée…, soupire le père de deux enfants en bas âge qui ne vit qu’avec une allocation sociale de 200 euros par mois. Peu nous importe si ce sont des Chinois ou des Grecs qui investissent au Pirée et aux alentours, tout ce que nous voulons ici ce sont des emplois stables ! »

C’est avec ce genre de raisonnement que les Grecs se sont vendus aux étrangers. Le bénéfice est aujourd’hui devant leurs yeux. Ils n’ont plus qu’à pleurer.

Le 10 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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