Que faire « de » et « avec » la dette ?

10 Juil

La France vit une situation préoccupante. Avec sa dette souveraine qui frise les 100% du produit intérieur brut, ne va-t-elle pas droit dans le mur ? C’est une question d’importance que les économistes se posent de plus en plus ouvertement.

Faut-il laisser filer la dette publique sous prétexte que l’argent ne coûte quasiment plus rien, et en profiter pour investir davantage dans des réformes susceptibles de doper la croissance ou, par exemple, d’enrayer le réchauffement climatique dont on nous rebat les oreilles  ?

Lundi 1er juillet, le taux d’intérêt des obligations d’Etat à dix ans, déjà négatifs depuis la mi-juin, a touché un nouveau record à la baisse. Techniquement, cela signifie que les investisseurs, qui cherchent à tout prix des placements sûrs, sont prêts à perdre de l’argent en prêtant à la France. Or, si le déficit public doit atteindre 3,1 % cette année, il est censé descendre à 2,1 % en 2020, loin du plafond des 3 % fixé par les règles européennes. Il n’en fallait pas plus pour que plusieurs économistes relancent le débat sur l’utilité de s’endetter.

« Les taux vont rester durablement bas. A mes yeux, il est donc crucial que les gouvernements ajustent leur politique budgétaire à ce nouveau contexte », a déclaré Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI). Mardi 2 juillet, dans Les Echos, il a enfoncé le clou : « Si dépenser 1 % ou 2 % de plus de PIB permet de satisfaire certaines des demandes raisonnables des gilets jaunes et de calmer le jeu, je pense que ça en vaut la chandelle. »

Une position encore plus souple que celle des économistes qui ont participé à la campagne d’Emmanuel Macron. « Ralentir le rythme de réduction de la dette paraît rationnel compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt. Mais je plaide pour de l’investissement sur la transition écologique et la recherche plutôt que pour des dépenses courantes », explique Philippe Martin, patron du Conseil d’analyse économique (CAE), qui a participé au programme du candidat Macron en 2017.

Jean Pisani-Ferry, autre conseiller du chef de l’Etat pendant la campagne présidentielle, indiquait dans sa dernière chronique dans Le Monde, le 1er juillet, qu’« il ne faut pas s’interdire de financer une partie du coût de la transition[écologique] par l’endettement ». Et appelait à formaliser une initiative en ce sens au niveau européen.

« [Après les “gilets jaunes”], on a fait de la politique de la demande. Maintenant, il faut trouver les moyens de réinvestir dans la politique de l’offre et financer des réformes structurelles, comme l’assurance-chômage, les retraites ou la transition énergétique, quitte à ce que la dette augmente un peu », abonde l’économiste Philippe Aghion, qui conseilla aussi le candidat Macron.

En d’autres termes, la macronie pensante pencherait plutôt pour un endettement encore plus important, même si elle prétend que c’est pour la bonne cause.

A Bercy et à Matignon, on est nettement moins enthousiaste à cette idée. « Les taux ont baissé, mais ils peuvent remonter. Et puis, n’oublions pas que des taux trop bas peuvent entraîner une récession économique, et donc de moindres rentrées fiscales », indique-t-on dans l’entourage du ministre de l’économie, Bruno Le Maire. « Notre dette demeure plus élevée que celle de nos voisins européens. Par ailleurs, dans le cadre du plan d’investissement lancé en début de quinquennat, nous consacrerons 15 milliards d’euros à la formation et 20 milliards à la transition écologique d’ici à 2022 », argue-t-on à Matignon.

La Cour des comptes, gardienne de l’orthodoxie budgétaire, n’a elle non plus pas manqué d’épingler les finances publiques tricolores dans son dernier rapport, le 25 juin. « Notre pays dispose de très peu de marge de manœuvre. (…) Les faibles taux d’intérêt ne doivent pas nous faire perdre toute lucidité », a mis en garde son premier président, Didier Migaud (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/02/11/la-cour-des-comptes-juge-severement-la-politique-economique-du-gouvernement/).

Et ce, d’autant que les objectifs du gouvernement de baisser la dette publique s’amenuisent annonce après annonce. Celle-ci est désormais attendue stable en 2020, à 98,9 % du PIB (comme en 2019) et ne devrait reculer qu’en fin de mandat, à respectivement 98,3 % en 2021 et 97 % en 2022.

Reste que la dette n’a jamais été une priorité pour Emmanuel Macron, pour qui le respect de la règle des 3 % de déficit constituait avant tout la condition pour restaurer la crédibilité française sur la scène politique européenne. « Macron se disait : je vais recevoir quelque chose des Allemands en étant sérieux budgétairement. Il n’a rien reçu. Entre continuer les réformes et réduire la dette, il choisira toujours la première option », souligne un proche.

Mais quelle importance ? Après tout, ce sont nos enfants ou nos petits enfants que ça concerne !…

Le 10 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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