Nouveau Billet d’Argolide (9).

17 Juil

Blason des seigneurs d’Argolide de la maison de Brienne

 

La tension monte en Méditerranée orientale.

Le torchon brûle en effet, et une fois de plus, entre la Grèce et la Turquie. Mais aussi, et par voie de conséquence, entre cette dernière et l’Union européenne (UE). Les causes de ce nouvel affrontement (les Grecs se souviennent encore et sans doute pour longtemps de l’occupation de leur pays par l’Empire Ottoman ainsi que de leur douloureuse guerre d’indépendance – 1921-1829 – pour reconquérir leur liberté) sont plurielle. En voici les principaux éléments.

Theodoros P. Vryzakis, Le Serment à Aghia Lavra, 1865

Il y a d’abord le fait que le président turc, Recep Tayyip Erdogan (qui a besoin de se remettre d’une grave défaite électorale à Istanbul) s’est mis en tête de poursuivre, et même « renforcer » les forages gaziers au large de Chypre, malgré les lourdes sanctions prononcées par l’Union européenne, lundi 15 juillet. Bruxelles accuse Ankara de profiter illégalement de la richesse énergétique des eaux territoriales chypriotes, une zone disputée par Ankara et Nicosie.L’Union européenne avait prévenu : elle ne laisserait pas la Turquie poursuivre impunément son exploration des gisements gaziers au large de Chypre. Ses nombreux avertissements, restés évidemment  lettre morte, Bruxelles est donc passé à l’acte et frappe Ankara directement au portefeuille pour condamner ses « activités illégales de forage ».

Lundi 15 juillet, l’Union européenne a annoncé amputer la Turquie de 145,8 millions d’euros d’aide de pré-adhésion, et invité la Banque européenne d’investissement (BEI) à revoir les conditions pour l’octroi de ses financements à Ankara. Elle compte également réduire le dialogue à haut niveau.

De lourdes sanctions qui n’ont pas pour autant refroidi les ardeurs turques. « Les mesures adoptées (par l’UE) n’auront aucun impact sur la détermination de la Turquie à poursuivre ses activités liées aux hydrocarbures en Méditerranée orientale », a réagi dès le lendemain le ministère turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, dans un communiqué.

Habitués à jouer la provocation depuis plusieurs mois, les Turcs ont même renchéri sur les annonces européennes. « Puisque vous prenez ce genre de décisions, nous allons renforcer nos activités », a tempêté Mevlut Cavusoglu, annonçant l’envoi d’un quatrième navire de forage.

La question de la zone économique exclusive (ZEE) autour de Chypre constitue l’un des points d’achoppement entre la Turquie et l’Union européenne. Car si les Turcs revendiquent « des droits égaux sur les ressources naturelles de l’île » depuis qu’ils ont investi de force la partie nord de Chypre en 1974, Bruxelles ne reconnaît pas leur souveraineté.

L’intrusion de navires turcs dans la zone est donc perçue comme une atteinte à la sécurité de l’un de ses états membres. D’autant que la découverte, ces dernières années, d’importants gisements gaziers au nord-est des côtes chypriotes a ravivé les tensions. Chacun entend en effet tirer parti de cette précieuse manne énergétique.

Mais, ne rêvons pas, « L’Union européenne défend surtout les intérêts de deux de ses poids lourds en matière de fourniture d’énergie : le français Total et l’italien Eni, qui sont présents dans la zone », souligne Gilles Bertrand, enseignant à Sciences-Po Bordeaux et chercheur au Centre Emile-Durkheim.

En faisant monter la pression, Ankara espère pouvoir forcer la main des Vingt-huit pour trouver une solution à la division de l’île. Le ministère turc des affaires étrangères leur reproche en effet d’adopter une approche « peu constructive » sur ce dossier « au lieu d’encourager les deux parties à s’entendre au sujet des ressources d’hydrocarbures ».

Sur le plan intérieur, la manœuvre pourrait également profiter au président turc Recep Tayyip Erdogan. « Les sanctions vont être perçues comme une injustice par la population, se risque à analyser Gilles Bertrand. Cela va dans le sens du discours victimaire de Recep Tayyip Erdogan, et pourrait lui permettre de renforcer la mobilisation de son électorat autour de lui. » Mais pas que. Car, après la violente et douloureuse reprise en main de son armée (souvenez-vous des innombrables purges survenues en son sein : de juillet 2016 à avril 2019, plus de 77 000 militaires ont été arrêtés), le président turc a aussi besoin de lui donner des gages. Et cela commence par un colossal effort dans le domaine des équipements militaires, au risque de déstabiliser fortement le précaire équilibre installé par rapport à la Grèce.

Et cela commence par l’installation d’un puissant systèmes de défense antimissiles russes S-400 achetés par Ankara et qui devrait arriver en Turquie cette semaine. Et ce, en dépit des multiples mises en garde de Washington contre l’achat de ces équipements antiaériens jugés incompatibles avec le schéma de défense de l’Otan, dont la Turquie est membre….

En guise sanction, Washington a menacé à maintes reprises d’exclure la Turquie du programme d’avions de chasse américains F-35, fabriqués par Lockheed Martin, si elle achetait l’équipement russe. Selon l’Etat-major américain, cet achat risque de donner à Moscou les moyens de percer les secrets technologiques de l’avion furtif américain et met ainsi en danger les capacités de défense américaine et donc celles de l’Otan. Mais le président turc Recep Tayyip Erdogan semble persuadé que tout à sa croisade anti-Iran, le président Donald Trump n’osera pas ouvrir un deuxième front contre son pays, allié indispensable de l’Otan au Proche-Orient !

Chasseur F-35

Priver la Turquie de l’avion furtif F-35 conçu par Lockheed Martin serait du « vol », a-t-il ainsi déclaré la semaine dernière, en affirmant avoir déjà payé une avance de 1,4 milliard de dollars pour l’achat de 116 appareils F-35. La Turquie est non seulement le troisième acheteur étranger de l’avion de nouvelle génération américain derrière le Japon et le Royaume-Uni, mais son industrie est aussi un important fournisseur du programme F-35. Lockheed Martin aurait identifié 936 composants réalisés en Turquie qu’il lui faudra remplacer par d’autres fournisseurs en cas d’embargo définitif. Ceci pourrait retarder de plus d’un an son programme de livraisons. C’est ce qui ne manque pas d’arriver lorsque l’on s’acoquine avec des gens sans foi ni loi et qui, de toute façon, seront toujours nos ennemis.

D’ailleurs, après une rencontre avec Donald Trump en marge du G-20 au Japon la semaine dernière, Recep Tayyip Erdogan s’est dit convaincu qu’il n’y aurait pas de sanctions.

 

A la frontière d’un monde instable, la Turquie estime depuis des décennies devoir se doter d’un système de défense antiaérien moderne et efficace contre les départs de missiles. Or le système russe vient de faire ses preuves de manière éclatante en Syrie : Bachar Al Assad lui doit en grande partie sa survie, la bulle de protection de cette arme antiaérienne terrestre ayant dissuadé tout survol de Damas par des chasseurs. Washington avait proposé aux Turcs la vente de son propre système antiaérien, le système Patriot, mais sans trouver d’accord. Il y a même eu une offre franco-italienne du consortium Eurosam (MBDA et Thales), restée sans suite. Le système russe a l’avantage d’être efficace, deux fois moins cher que le système Patriot des Etats-Unis, et surtout vendu sans contraintes d’utilisation.

Bref, la Mer Egée commence à sentir la poudre. Ce qui ne va pas arranger les affaires du nouveau gouvernement grec.

Le 17 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Nouveau Billet d’Argolide (9).”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 17, 2019 à 11:31 #

    Pendant ce temps là, en France, Son excellence a été chaudement acclamée lors de sa descente élyséenne. Il semblerait que les vibrants hommages, sifflets et autres slogans, soient devenus assez tonitruants pour arriver aux oreilles délicates de Sa Sainteté. Certaines oreilles auraient pu faire la sourde, d’autres, rester insensibles, celles-là, sans doute plus juvéniles, ont bien capté le message, le souci est que le traitement n’a pas été traduit correctement, pour ne pas dire, clairement altéré.

    Une fois de plus, le monarque a encore nargué, certes, il n’a point demandé qu’on vienne le chercher, non, mais il a voulu donner une interprétation bien personnelle du message, voulant faire croire qu’il avait bien compris, mais autrement que ceux qui ne sont Rien !.. Et encore une fois, et une fois de plus, depuis l’étranger. La cérémonie concernée est bien strictement française, puisqu’il s’agit de la Fête Nationale, celle qui se veut le grand hommage au Pays, à la Nation, à la Patrie. S’il y avait une réponse à donner à un incident particulier survenu lors de cet événement, l’obligation était assurément qu’elle fut faite sur le sol français. Mais Son Excellence en a décidé autrement, après tout, si l’on souhaite dénigrer le pays, et l’abaisser aux yeux des autres, le faire depuis l’étranger reste une méthode assez appropriée.

    Mais non content de ce déni du sol, le discours fut présenté de telle sorte qu’il se voulait un détournement pur et simple des faits en prétendant affirmer que les manifestations bruyantes n’étaient rien d’autre que des réactions hostiles à l’endroit, non pas du monarque, mais des forces de la Nation, alors que les faits ont démontré tout le contraire. Brader et déconstruire le pays, et prétendre le servir en le discréditant, est un comportement absolument insupportable et on peut logiquement se demander comment nos valeureux militaires vont bien pouvoir « digérer » ce glissement verbal totalement honteux et injurieux, et quelle réponse ils pourront donner : probablement aucune, devoir de réserve oblige…

  2. Hervé J. VOLTO juillet 17, 2019 à 11:43 #

    Car, alors que la tension monte en Méditerranée orientale, le président Emmanuel Macron ouvrait dimanche les festivités du 14 Juillet en descendant les Champs-Elysées sous une pluie de sifflets…

    -Macron démission !

    Tout au long de la journée de samedi, la situation était tendue. Trois figures du mouvement des « gilets jaunes », Jérôme Rodrigues, Maxime Nicolle et Eric Drouet, ont été placées en garde à vue, puis relâchés, avant que des tensions éclatent dans l’après-midi entre manifestants et forces de l’ordre sur les Champs-Élysées. Au total, selon la préfecture, 180 personnes ont été interpellées.

    L’incontournable Sophie Tissier, en mini-jupe et chapeau de paille, tentait d’aguicher avec un discour de gauche complètement has been, gonflant des ballons de couleur jaune que des CRS tentaient maladroitement de lui crever. Sur ordres venus d’en haut : il ne fallait pas que le Monarque élu voit les signes extérieurs de la contestaion polulaire…

    Cette cérémonie aura été ostensiblement orientée vers la cause européiste chère au Président de la république avec la participation d’une forte représentation de responsables politiques voisins.

    Des invités au défilé en passant par sa prise de parole, Emmanuel Macron a transformé la fête nationale en une grande messe en faveur de l’Union Européenne, pourtant de plus en plus rejetée par les peuples friands de souveraineté et de liberté.

    Un 14 juillet marqué par des arrestations politiques, une utilisation de la fête nationale à des fins idéologiques, des affrontements avec les milices black blocs d’extrême gauche, une infiltration rouge et une récupération verte du mouvement des Gilets Jaunes, les Champs Elysées en version Guerre d’Algérie, un 14 Juillet pré-insurrectionnel…

    Peu lui chaut, pour lui, la France, c’est dépassé !

    Quelques heures plus tard, on apprenait qu’un certain allergique aux fruits de mer, donnait son congé et se retirait dignement de l’équipe ministérielle : ce qui ne changera pas grand-chose, un ministre n’étant qu’un pâle porte-parole de Sa Majesté. Bref, de bien belles et grandioses cérémonies cette année…

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