Trop, c’est trop.

21 Juil

Disons-le sans ambages, nous sommes scandalisés et révoltés face à la décision brutale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) de confier la rénovation de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, à l’opérateur immobilier Novaxia, quelques semaines à peine après l’incendie de Notre-Dame de Paris. Une précipitation stupéfiante alors que l’émotion est immense et que le débat est vif sur la restauration du monument.

Un débat dont on ne peut évidemment dissocier le devenir de l’Hôtel-Dieu, tant celui-ci, qui jouxte la cathédrale, sur un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, lui est lié par plus de treize siècles d’histoire.

L’Hôtel-Dieu, bien qu’il conserve une belle activité médicale d’hôpital de jour et de consultations, est certes en grande partie inoccupé. Ce sont ainsi près de 20 000 mètres carrés que récupère Novaxia pour un bail de quatre-vingts ans moyennant 144 millions d’euros, une somme qui semble faible au regard du prix du mètre carré dans ce secteur, même si de gros travaux de rénovation sont nécessaires.

Novaxia y développera des commerces et des cafés, un restaurant gastronomique, de la restauration rapide, des espaces de coworking, un « accélérateur de design en santé » (sic), des laboratoires de biotechnologies et des entreprises du secteur médical, et, pour faire bonne figure, une crèche, une résidence étudiante et une maison du handicap. Escomptant de fructueuses retombées commerciales, son président, Joaquim Azan*, exultait : « Nous sommes fous de joie, c’est un lieu mythique, le berceau de Paris ».

Le lieu qu’on lui cède est assurément mythique : « Trésor de misère et de charité », l’histoire de l’Hôtel-Dieu se confond avec celle de Notre-Dame. Fondé en 651 par l’évêque parisien Saint Landry, c’est le plus ancien hôpital encore en activité dans le monde. D’innombrables malades y ont été soignés. Les rois de France l’ont doté, des générations de Parisiens lui ont consacré des legs. Témoin majeur de l’histoire de France, il a toujours accueilli des malades même sous la Terreur, pendant la Commune ou lors de la libération de Paris.

Son incendie, le 30 décembre 1772, suscita un choc considérable, lointain écho du drame récent de Notre-Dame, qui, symboliquement, relie les deux édifices, d’autant que ce sont les internes de l’Hôtel-Dieu qui, en 1871, sauvèrent la cathédrale d’un début d’incendie allumé par des communards !

Sa reconstruction à son emplacement actuel fit l’objet d’intenses débats architecturaux qui influencèrent la construction de nombreux hôpitaux dans toute l’Europe. L’Hôtel-Dieu, dont des figures majeures de la médecine ont fréquenté les salles (et nous en connaissons personnellement quelques unes…), témoigne autant de l’histoire médicale et scientifique que de celle de la solidarité.

Pourquoi céder un tel patrimoine pour y voir se développer des activités commerciales qui n’ont rien à y faire et qui abondent déjà à Paris ? Pourquoi accélérer encore cette folie du consumérisme effréné qui pourrit notre société et conduira tôt ou tard notre civilisation à sa perte pour des profits éphémères autant qu’illusoires.

L’aspect résidentiel ne pourrait-il pas être étendu à certaines catégories du personnel hospitalier ? A la place des commerces, pourquoi ne pas créer un équivalent de ce qu’est le Musée de l’Œuvre Notre-Dame à Strasbourg ou, comme le proposait le Centre des monuments nationaux (CMN), un espace d’accueil pour donner davantage de sens encore à la cathédrale voisine en expliquant aux visiteurs la riche histoire du monument le plus fréquenté d’Europe ?

Le CMN est légitime pour investir cet espace, comme il le fait dans l’hôtel de la Marine, place de la Concorde, un temps menacé par un projet commercial semblable contre lequel nous nous étions déjà dressés (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/10/il-nest-pas-question-que-le-qatar-squatte-lhotel-de-la-marine/).

Et l’AP-HP a aussi un superbe musée qu’elle a abusivement fermé en 2012, alors que des milliers de visiteurs, dont beaucoup d’étudiants des professions de santé, admiraient ses collections. N’est-il pas temps de rouvrir ce musée sur le site de l’Hôtel-Dieu, où il remplacerait avantageusement un restaurant de luxe ?

Si l’AP-HP ne veut plus de son patrimoine et oublie ses racines, pourquoi ne le cède-t-elle pas pour un euro symbolique à l’Etat puisque ce musée bénéficie de l’appellation « Musée de France », ce qui signifie qu’il doit bénéficier prioritairement de son aide ? Ce site transformé pourrait devenir le grand musée de la santé qui manque à Paris et qui fait l’orgueil de Londres avec la Wellcome Collection et ses centaines de milliers de visiteurs annuels : un lieu où le patrimoine serait exposé et étudié et qui aurait ainsi toute la légitimité, le passé éclairant le présent, pour qu’on y débatte des grands enjeux de santé. Un système de chaires annuelles pourrait en faire, par exemple, le lieu d’un enseignement permanent sur la santé ouvert à tous, comme un « Collège de France de la médecine ».

N’y a-t-il pas là – pour le président de la République, la maire de Paris, la présidente de la région Ile-de-France et la ministre des solidarités et de la santé – l’occasion d’un grand projet qui ferait de l’Hôtel-Dieu le symbole d’une politique de la santé humaniste et solidaire ? Associé à l’immense tâche de la restauration de Notre-Dame, prenons conscience que l’enjeu, ici, est comparable à celui naguère du projet du Grand Louvre.

Réveillons-nous et crions notre colère.

Le 21 juillet 2019.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

 

* Dont nous vous laissons deviner les origines culturelles.

3 Réponses to “Trop, c’est trop.”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 21, 2019 à 12:15 #

    Fondé en 651 par l’évêque parisien Saint Landry pour accueillir les sans-abrit 1400 avant le SAMU SOCIAL, c’est le plus ancien hôpital encore en activité dans le monde. Jusqu’à la Révolution Française, il appartemnait à l’Eglise qui avait, en plus de la charge de l’école primaire et obligatoire des siècls avant Jules Ferry, le soin d’accuillir les amaldes et les sans-abrits : les affaires sociels et médicales étant confiés à l’Eglise, celà faisait faier des économie à la Couronne de France, pardon à l’Etat Catholique et Royal Français.

    D’innombrables malades y ont été soignés. Les Rois de France l’ont doté, des générations de Parisiens lui ont consacré des legs. Témoin majeur de l’histoire de France, il a toujours accueilli des malades même sous la Terreur, pendant la Commune ou lors de la libération de Paris.

    L’Hôtel-Dieu, bien qu’il conserve une belle activité médicale d’hôpital de jour et de consultations, est certes en grande partie inoccupé. Ce sont ainsi près de 20 000 mètres carrés que récupère Novaxia pour un bail de quatre-vingts ans moyennant 144 millions d’euros, une somme qui semble faible au regard du prix du mètre carré dans ce secteur, même si de gros travaux de rénovation sont nécessaires.

    Ces 20.000 mètres acrrés ne pourraient-ils pas être concédé au SAMU SOCIAL et aux sans abrits ?

    Quand à Joaquim Azan, il fera parti désormais de la listes des personalités à… surveiller. L’histoire de s’arrètera pas là…

  2. Hervé J. VOLTO juillet 21, 2019 à 12:17 #

    Là ausi, la décision brutale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui dPend du Minsitère de la Santé, donc du Gouvernement Macron, de confier la rénovation de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, à l’opérateur immobilier Novaxia, quelques semaines à peine après l’incendie de Notre-Dame de Paris, fait parti de choses dont nous reparlerons en 2022.

  3. Reconquista+ juillet 22, 2019 à 3:20 #

    « Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir?
    – Je vois … c’est un troupeau de moutons …
    Tout va très bien, Madame la Marquise »!

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