Boris Johnson, 14e Premier ministre de sa Gracieuse Majesté : l’UE a du souci à se faire.

26 Juil

Le ton, combatif voire martial, était à la mesure de la situation, incertaine voire alarmante depuis les insupportables atermoiements de certains ministres de Theresa May et des députés conservateurs hostiles au « Brexit » . Boris Johnson, après avoir été chargé par la reine Elizabeth II de former le quatorzième gouvernement de son règne, a répété solennellement, devant le 10 Downing Street, sa principale promesse de campagne : « Nous sortirons de l’Union européenne [UE] le 31 octobre [la date butoir fixée par l’UE]. Il n’y a pas de “si” ni de“mais” qui tienne » (« no ifs, no buts. ») Une version à peine édulcorée de son leitmotiv : le Brexit « coûte que coûte ».

Appelant au rebond patriotique, magnifiant le drapeau britannique, il a renvoyé dans leurs buts tous ceux qui dénoncent le flou, la dangerosité et l’irréalisme de ses engagements. « Les sceptiques, les rabat-joie, les moroses se trompent de nouveau. Les gens qui parient contre la Grande-Bretagne vont perdre leur chemise. J’ai parfaitement confiance : dans 99 jours, nous en serons venus à bout [du Brexit]. » Cette fois, les ultras du divorce avec l’UE sont enfin au pouvoir, comme le confirme la spectaculaire purge dont ont été victimes les ministres jugés trop tièdes.

En début d’après-midi, la première ministre sortante avait été chaleureusement applaudie par les députés, après son dernier duel verbal avec le chef de l’opposition. Obséquieusement, ses pires adversaires au sein de son propre parti, comme Jacob Rees-Mogg, ont rendu hommage sans vergogne à son sens du service (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/17/la-presse-sonne-lhallali-contre-theresa-may-quelle-erreur/).

Mais Boris Johnson a été à peine moins hypocrite. Sans prononcer une seule fois le nom de Theresa May, il s’est posé en nouveau garant d’un retour de la confiance dans la démocratie, ébranlée par « trois ans d’indécision » sur le Brexit. « Après trois années de doute injustifié, a-t-il insisté, il est temps de changer de disque. » De façon explicite, il s’est adressé directement au peuple : « La responsabilité commence ici. Mon travail consiste à vous servir, vous le peuple. (…) Le peuple est notre patron. »

Alors que l’UE refuse de revoir l’accord négocié avec Theresa May, mais rejeté à trois reprises par le Parlement britannique, Boris Johnson a promis d’obtenir « un nouvel accord, un meilleur accord qui permettra de tirer parti au maximum des opportunités du Brexit » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/24/brexit-dur-et-si-cetait-la-bonne-solution/).

Mais le nouveau premier ministre est loin d’avoir renoncé à son chantage au « no deal », cette sortie sans cadre, dont la menace va, selon lui, faire plier les Vingt-Sept (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/03/a-force-de-tordre-le-cou-au-royaume-uni-et-comme-nous-lavions-prevu-lue-va-tout-perdre/).

Mais il continue de combattre comme « antidémocratique », le « backstop », cette assurance d’un non-retour de la frontière entre les deux Irlandes, exigée par les Européens, et acceptée par Theresa May, mais rejetée par les députés britanniques. D’ailleurs, si les Vingt-Sept devaient s’obstiner dans leur refus de renégocier l’accord, Londres retiendra les 39 milliards de livres sterling (44 milliards d’euros) de sa dette envers l’UE.

Comme le veut la tradition, la reine Elizabeth II a reçu Boris Johnson pour lui demander de devenir le premier ministre, le 24 juillet.
La reine Elizabeth II a reçu Boris Johnson pour lui demander de devenir son 14e Premier ministre, le 24 juillet. VICTORIA JONES / AP

Sans jamais invoquer la « Grande-Bretagne mondiale » qu’il a longtemps appelée de ses vœux, ni évoquer sa proximité avec le président américain Donald Trump, sujet à controverse, M. Johnson a annoncé une série de mesures rapides destinées à attirer les investisseurs étrangers. Un probable dumping fiscal, que redoutent les continentaux (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/26/pourquoi-le-brexit-contrairement-au-pret-a-penser-a-toutes-les-chances-de-reussir/).

Au-delà du Brexit, le nouveau premier ministre a promis de venir à bout, en un tournemain, de tous les problèmes que Theresa May s’était engagée, en vain, de régler. « Mon travail est de rendre vos rues sûres, de faire en sorte que vous n’attendiez plus trois semaines pour consulter un généraliste et que vous n’ayez pas besoin de vendre votre maison pour financer les soins de vos anciens », a assuré Boris Johnson, sans expliquer comment ces mesures seraient financées.

Ces promesses se sont accompagnées d’une sévère épuration du gouvernement, comparée dans la presse à une « nuit des longs couteaux », permettant d’écarter les ministres dont la foi dans le Brexit est jugée insuffisante.

Jeremy Hunt, ministre des affaires étrangères et adversaire de Boris Johnson dans la course à Downing Street, en a fait les frais, tout comme dix autres membres du cabinet de Theresa May. Que plusieurs d’entre eux aient soutenu la candidature de M. Johnson n’y a rien changé. Six autres, dont le ministre des finances, Philip Hammond, farouchement opposé au « no deal », comme Rory Stewart, n’avaient pas attendu d’être remerciés et avaient annoncé leur démission avant son entrée en fonctions.

A leur place, le nouveau chef du gouvernement a fait entrer des « ultra-brexiters » patentés, issus de la droite du parti comme Dominic Raab – ancien ministre du Brexit nommé chef du Foreign Office –, Priti Patel, ministre du travail, ou Theresa Villiers à l’environnement.

Sajid Javid, qui a voté pour rester dans l’UE en 2016 avant de devenir pro-Brexit, est l’un des rares convertis à être admis dans un poste élevé du gouvernement Johnson. Il devient chancelier de l’Echiquier, bras droit de fait du premier ministre. Jacob Rees-Mogg, chef de file des « ultra-brexiters », a été choisi pour diriger les tories au Parlement. Quant à Michael Gove, l’ancien compère de Boris Johnson, qui l’avait trahi après le référendum, il n’a pas été oublié et devient secrétaire général du gouvernement, en charge des préparatifs du « no deal ».

Proeuropéennes modérées, Nicky Morgan et Amber Rudd ont été acceptées en dépit d’anciens propos hostiles à M. Johnson, mais après des déclarations d’allégeance parfois pathétiques !…La nomination la plus spectaculaire est celle de Dominic Cummings, homme fort de l’utilisation des réseaux sociaux en politique et stratège de la campagne pro-Brexit de 2016, comme conseiller.

Cette vaste épuration va probablement atténuer les conflits internes qui avaient paralysé le gouvernement de Theresa May. Mais elle tend à rejeter de nombreuses personnalités qui n’auront désormais plus guère de scrupules à critiquer un exécutif dont ils ont été exclus et qui pourront se consacrer à lutter aux Communes contre le « no deal ». Une trentaine de députés tory seraient hélas déjà prêts pour cette bagarre.

Ne disposant que d’une infime majorité au Parlement – deux voix et probablement une seule après une législative partielle prévue le 1er août –, Boris Johnson a peu d’options : s’il ne parvient pas à négocier un nouvel accord avec l’UE, il pourrait tenter de faire passer en force un « no deal ». Il se heurtera alors probablement aux députés. Pour sortir de la nasse, il n’aurait peut-être guère d’autre solution que de recourir à des élections législatives anticipées.

Nous n’aurons pas longtemps à attendre : 99 jours tout au plus.

Le 30 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

4 Réponses to “Boris Johnson, 14e Premier ministre de sa Gracieuse Majesté : l’UE a du souci à se faire.”

  1. Kardaillac juillet 26, 2019 à 9:41 #

    Boris Tartarin Johnson a trop médit de l’Europe pour y trouver des accommodements. Mais la question de la frontière inter-irlandaise est solvable avec des techniques modernes. Il ne s’agira que d’une frontière douanière et elle peut aujourd’hui être transformée en frontière numérique en codant les marchandises accédant ou sortant d’Irlande.
    Les intégrateurs (UPS, FeDex, TNT, DHL) font ça depuis des années : le transit documentaire précède de plusieurs jours le transport physique.

    Certes une contrebande existera toujours, mais faible et sur des produits non-significatifs comme le tabac ou l’herbe.

  2. Hervé J. VOLTO juillet 26, 2019 à 11:21 #

    La force du Royaume Uni de Grande-Bretagne, c’est son courage et sa tenacité. Durant la guerre, face au monstre hitlérien qui mettait à feux et à sang moitié des pays européens, le gouvernement de Gloriseuse majesté a fit non.

    NON !

    La Reine actuelle n’était alors qu’une adolescente. Elle a mangé la poussière, lors du bombardement de Londres. Sa famille n’a pas fui à l’étranger.

    Aujourd’hui ses ex-colonjnies sont prets à investir en grande Bretagne : USA en tête, mais aussi Canada, Australie, Nouvelle-Zélande. M. Johnson a annoncé une série de mesures rapides destinées à attirer les investisseurs étrangers. Un probable dumping fiscal, que redoutent les continentaux (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/26/pourquoi-le-brexit-contrairement-au-pret-a-penser-a-toutes-les-chances-de-reussir/).

    Boris Johnson est tellement sur de lui qu’il n’entend pas à négocier un nouvel accord avec l’UE, mais qu’il pourrait au contraire tenter de faire passer en force un « no deal ». Ayant promis d’obtenir « un nouvel accord, un meilleur accord qui permettra de tirer parti au maximum des opportunités du Brexit » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/24/brexit-dur-et-si-cetait-la-bonne-solution/).

    • k juillet 26, 2019 à 12:36 #

      Je comprends ce que vous dites mais vous exprimez des voeux. Les réalités sont tout autres ; et puisque vous convoquez les dominions à régénérer le vieux lion, n’oubliez jamais que les balances sterling héritées de la guerre ont coulé l’économie anglaise.

  3. Hervé J. VOLTO juillet 26, 2019 à 11:14 #

    -Boris Tartarin Johnson a trop médit de l’Europe pour y trouver des accommodements, a dit Kradaillac.

    C’est pour celà qu’il a annoncé une série de mesures rapides destinées à attirer les investisseurs étrangers. Un probable dumping fiscal, que redoutent les continantaux (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/26/pourquoi-le-brexit-contrairement-au-pret-a-penser-a-toutes-les-chances-de-reussir/).

    Donald Trump a déjà fait savoir qu’il mettrait en route un plan Marshal pour aider la Grande Bretagne. Boris Johnson mise sur celà pour obtenir « un nouvel accord, un meilleur accord qui permettra de tirer parti au maximum des opportunités du Brexit » , entendez un non-deal qui cesse les pieds à Bruxelles, Paris et à Berlin (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/24/brexit-dur-et-si-cetait-la-bonne-solution/).

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