La justice française aux ordres (suite).

27 Juil

Nous avions déjà montré la collusion existant entre le pouvoir d’Emmanuel Macron et certains magistrats dans l’affaire Benalla (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/07/11/affaire-benalla-une-justice-aux-ordres-se-met-en-place/). En voici un nouvel exemple pitoyable concernant la gestion de l’affaire Legay par le procureur de la République de Nice. Comme vous le constaterez, on hésite entre le fou-rire et la nausée…

 » Il fallait éviter de mettre le président de la République en difficulté. » Voilà, en substance comment le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre, s’est justifié auprès de sa hiérarchie d’avoir initialement dédouané les forces de l’ordre, trois jours après les graves blessures subies par Geneviève Legay, 73 ans, lors d’une charge policière pendant une manifestation des « Gilets jaunes », le 23 mars dernier.

Parmi les différentes explications données par le magistrat dans le cadre de son audition demandée par le directeur des services judiciaires en avril, M. Prêtre a affirmé, tenez-vous bien, qu’il n’avait pas voulu mettre le chef de l’Etat dans l’embarras « avec des divergences trop importantes » entre les versions.

nouvelle tenue officielle du procureur Prêtre…en valet de chambre

Le 25 mars, quelques heures avant la conférence de presse du parquet, Emmanuel Macron affirmait déjà que Geneviève Legay « n’[avait] pas été en contact avec les forces de l’ordre » dans le journal Nice-Matin. Un entretien où il souhaitait aussi « peut-être une forme de sagesse » à la septuagénaire propos qui n’avaient pas manqué de créer une polémique. Aussitôt, n’écoutant que son courage, et peut-être un peu son plan de carrière, Jean-Michel Prêtre prenait l’initiative de cautionner les propos du président de la République.

Le ministère de la justice a refusé de commenter les propos tenus par le procureur dans le cadre de cette audition, estimant que M. Prêtre « est totalement indépendant, et décide souverainement de la communication qu’il souhaite mener dans chaque affaire ». Tout en affirmant que, « sur la base du rapport », il n’y avait pas lieu d’engager de « poursuites disciplinaires ». « L’action des procureurs de la République est particulièrement complexe, a précisé Youssef Badr (sic), le porte-parole de la chancellerie, d’autant plus dans ce contexte. » On s’en aperçoit !

Quatre mois après le début du mouvement des « Gilets jaunes », la préfecture des Alpes-Maritimes et la mairie de Nice étaient en effet sous tension ce 23 mars. Pour la première fois, elles avaient interdit rassemblements et manifestations dans le centre-ville, craignant des débordements à la veille de l’arrivée du président de la République et de son homologue chinois, Xi Jinping.

« Non seulement il livre une version qui ne correspond pas aux faits, estime une source proche du dossier, mais il insiste et répète à plusieurs reprises qu’il est sûr de ce qu’il assure. »

Le 25 mars, le magistrat certifiait qu’il n’y avait eu « aucun contact » entre Mme Legay et un agent de sécurité, avant de changer complètement de version quatre jours plus tard, après les révélations faites dans la presse. Des propos d’autant plus problématiques que Mediapart a révélé, le 11 juillet, qu’il était présent au centre de supervision urbain au moment où Geneviève Legay a été blessée et est tombée dans le coma.

Il a donc été témoin non seulement de la scène, mais aussi du refus des gendarmes d’obtempérer, estimant l’ordre donné par le commissaire Rabah Souchi * de charger « disproportionné » (on est en droit de se demander si ce Rabah Souchi aurait déclenché cette charge de police contre des racailles de banlieue…). Par ailleurs, le maire (Les Républicains) de Nice, Christian Estrosi, était aussi présent dans le centre de supervision urbain ce jour-là. Il est donc aussi « mouillé » dans cette affaire.

Rabah Souchi ou la « barbarisation » des forces de l’ordre**

Selon Mireille Damiano, l’avocate niçoise de Mme Legay, la décision du procureur a été prise dans une logique de « défense irréfléchie de l’institution ». « Vu le contexte, je suis persuadée qu’il a dû se dire, devant les images un peu fouillis : “C’est pas très clair, ça peut passer.” » Mais, selon l’avocate, « un procureur n’a pas à protéger qui que ce soit, fût-il le président de la République. C’est une curieuse conception de sa mission, et c’est bien la raison pour laquelle je parle de porosité malsaine et de défaut d’indépendance… » C’est à coup sûr une honte.

D’ailleurs, dans l’entourage de M. Prêtre, le magistrat est décrit comme un homme « carriériste » et « influençable », « proche des forces de l’ordre », avec qui il entretient « des liens étroits ». Il est également apprécié des journalistes pour ses conférences de presse régulières et son contact facile. « Ce n’est pas la première fois qu’il se met en avant et prend des libertés avec la vérité », assure un avocat du barreau de Nice, sous couvert d’anonymat.

Le choix de protéger Rabah Souchi, le commissaire chargé des opérations ce jour-là, en confiant les investigations à la compagne de celui-ci (!!!)***, est venu rallonger la liste des erreurs dans la gestion de ce dossier. Cette décision interroge d’autant plus que le commissaire, par ailleurs félicité par le ministre de l’intérieur christophe Castaner en juin, est décrit par de nombreuses sources policières comme « impulsif » et donnant des ordres « démesurés ».

Ou la rencontre opportune du procureur carriériste et du commissaire maghrébin, intrinsèquement violent.

Si l’initiative zélée du procureur avait effectivement pour but d’accélérer sa carrière, cela n’a pas été une réussite. « Ce n’est pas tout de servir le pouvoir, estime une source proche du parquet niçois, encore faut-il le faire intelligemment, sinon il vous lâche en rase campagne. »

De son côté, la Cour de cassation a fini par évincer le procureur niçois du dossier, en choisissant de dépayser l’enquête à Lyon. La première requête, faite quatre jours après les faits par Arié Alimi, avocat de Mme Legay, avait été refusée car elle aurait impliqué, dans l’état, un dépaysement à Grasse (Alpes-Maritimes) – trop proche, encore, de Nice, avait estimé la justice. La deuxième requête, appuyée par le parquet d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) estimant que « les faits reprochés ne résultent pas d’un acte isolé mais s’inscrivent dans une opération de maintien de l’ordre (…) à laquelle ont participé plusieurs policiers, dont certains sont en relations habituelles avec les magistrats de la juridiction » (ce qui donne tout son sens à la notion de collusion politico-judiciaire) , a finalement abouti.

Nous vivons vraiment dans un pays pourri. Allez-vous attendre encore longtemps avant de vous rebeller ?

Le 27 juillet 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Rabah Souchi est né en 1969 à Roubaix [NDLR En France, pour ceux qui auraient un doute  …] Entré dans la police dès 1993, il a gravi tous les échelons. Il est policicier auxiliaire pendant les douze mois de son service militaire, avant de décrocher le concours de gardien de la paix. Rapidement, il réussit également celui de lieutenant de police. Et en 2003, il passe le concours de commisaire de police.

Sa première affectation en tant que commissaire est à la tête du service de sécurité de proximité (SSP) d’Amiens (Somme) le 1er août 2005. Il dirige alors plus de 250 policiers. C’est sous sa direction, que sont mis en place deux nouveaux services au commissariat d’Amiens. Un groupe de lutte contre les violences familiales et scolaires. Et l’Unité de traitement…des actes discriminatoires. Son passage à Arras aura laissé un souvenir pour le moins mitigé comme on pourra le lire ci dessous:

http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup/region/le-commissaire-principal-rabah-souchi-a-quitte-arras-pour-jna29b0n808768

** Lire :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/16/nous-ne-le-repeterons-jamais-assez-2/

*** Hélène Pedoya, commissaire en chef de la sûreté départementale des Alpes Maritimes

4 Réponses to “La justice française aux ordres (suite).”

  1. Paul-Emic juillet 27, 2019 à 2:26 #

    A une autre époque pas si ancienne, l’attitude du procureur aurait déclenché une crise d’État, mais là, non l’info reste quasi confidentielle et il ne se passe RIEN ! c’est complètement stupéfian !.
    Dans d’autres pays de droit anglo-saxon, il faut bien le dire, ça aurait entrainé l’impeachment du président. Chez nous il parade, mettant au défi qu’on vienne le chercher . Mais où vit-on ?

    • conseilesperanceduroi juillet 27, 2019 à 4:17 #

      C’est effectivement consternant et, vous le verrez encore, une majorité de Français continuera de voter pour lui !

  2. Hervé J. VOLTO juillet 28, 2019 à 10:35 #

    Paul Emic a raison : l’information reste quasi occultée et il ne se passe RIEN, les Français ne sachant RIEN !

    Nous vivons vraiment dans un pays corrompou. C’est dégueulasse…

  3. Hervé J. VOLTO juillet 28, 2019 à 10:36 #

    Rabah Souchi : on se souviendra de lui.

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