Italie : l’heure de vérité est venue.

9 Août

Matteo Salvini, chef politique de la Ligue et ministre de l’intérieur du gouvernement italien, vient de siffler la fin de la partie. Cette échéance n’est pas une surprise et elle était même attendue par beaucoup.

La crise, qui couvait depuis plusieurs mois entre le parti de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles ((M5S), a été déclenchée mercredi soir après l’adoption d’une motion favorable au chantier de tunnel Lyon-Turin, votée par la Ligue et l’opposition, tandis qu’était rejetée une motion du Mouvement 5 étoiles (M5S), farouchement opposé au projet. Peu après le vote des sénateurs, témoignant d’un désaccord majeur à l’intérieur de la coalition, Matteo Salvini s’est rendu au palais Chigi pour s’entretenir avec Giuseppe Conte, et lui demander un remaniement gouvernemental, sous peine de provoquer des élections anticipées.

Quand il est apparu dans la salle de presse du Palais Chigi, dans la soirée du jeudi 8 août, un peu après 23 heures, le président du conseil italien, Giuseppe Conte, ne semblait plus qu’un condamné en sursis. En réalité, son ministre de l’intérieur veut la tête du ministre des infrastructures et des transports, Danilo Toninelli, accusé de bloquer les grands chantiers comme la ligne Lyon-Turin et de nuire aux investissements dans la péninsule, mais aussi celle de la ministre de la défense, Elisabetta Trenta, soupçonnée de faire obstacle à ses projets de contrôle des mers contre les migrants et les ONG qui les transportent, ainsi que le départ du ministre de l’économie, Giovanni Tria, tenant d’une ligne conciliante avec Bruxelles. Cela fait beaucoup et, en l’état, Matteo Salvini sait parfaitement qu’il est impossible de souscrire à ces demandes. Et, dès mercredi soir, la mécanique s’est enclenchée.

La journée de jeudi a été rythmée par les navettes entre le Palais Chigi, siège de la présidence du conseil, et celui du Quirinal, où réside le président de la République, Sergio Mattarella, acteur invisible mais omniprésent dans ce genre de situations. Mais aucune échappatoire, cette fois-ci, ne semblait possible. Le collet était posé depuis quelques temps et il ne suffisait plus à Matteo Salvini que de tirer dessus.

Ainsi donc, jeudi soir, le président du conseil, se sachant condamné, s’est mis à parler avec une détermination qu’on ne lui connaissait guère, livrant même un discours ressemblant fort à une contre-attaque. « Ce n’est pas à M. Salvini de décider du moment de la crise », a rappelé le chef du gouvernement, qui a demandé explicitement au ministre de l’intérieur de venir « expliquer au pays et de justifier aux électeurs les raisons qui le conduisent à interrompre brusquement l’action du gouvernement ». Ce faisant, Giuseppe Conte a repris ses habits de professeur de droit pour rappeler que l’Italie est une République parlementaire et qu’une crise politique se règle devant les chambres, dont il a déjà rencontré, quelques heures plus tôt, les deux présidents. M. Conte souhaite que cette crise « soit la plus transparente de l’histoire de la République ». Mais les révolutions de palais peuvent-elles se passer au grand jour ?

Alors que les heures de son équipe semblent comptées, Giuseppe Conte a donc cherché à réaffirmer la légitimité de sa législature et de son travail. Un travail qui, précise t-il dans une nouvelle pique à son ministre de l’intérieur, « ne se fait pas à la plage ».

En effet, alors que M. Conte s’exprimait depuis la capitale, Matteo Salvini était, lui, loin de Rome. A Pescara (Abruzzes), sur les bords de l’Adriatique, continuant une « tournée des plages » estivale qui ressemble de plus en plus à un début de campagne. A 22 heures, le ministre de l’intérieur est monté triomphant sur la scène, dans la peau de l’homme enfin libre d’assumer toutes ses ambitions. Pendant quarante-cinq minutes, il a galvanisé ses partisans sur ses sujets fétiches : attaque contre l’ONG espagnole de sauvetage des migrants Proactiva Open Arms, critique de l’Europe d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron ainsi que de la gauche italienne, mais aussi des Roms ou de certains membres de l’Eglise catholique, qui n’ont pas fait mystère de leur inquiétude après l’adoption mardi, au sénat, de la nouvelle version de son décret anti-migrants (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/06/vive-matteo-salvini/).

Devant une foule compacte, le ministre de l’intérieur a réglé ses comptes avec le Mouvement 5 étoiles précisant que l’Italie n’a « pas besoin de ministres qui bloquent les travaux publics ». Une référence limpide à Danilo Toninelli, premier pourfendeur de la ligne Lyon-Turin et bête noire favorite des partisans du chantier.

Alors qu’à Rome on se perdait encore en conjectures sur le devenir du gouvernement, Matteo Salvini a, une fois de plus, un coup d’avance. Plus tôt dans la journée, la Ligue n’a cessé d’inviter à pousser sur l’accélérateur pour conduire l’Italie à des élections anticipées. « Chaque jour qui passe est un jour de perdu », pouvait-on lire dans un communiqué officiel de la formation de droite publié le matin. « Pour nous, précisait le parti, la seule alternative à ce gouvernement est de redonner la parole aux Italiens avec de nouvelles élections. »

Ce coup de force a aussitôt électrisé toutes les formations politiques du pays. Luigi Di Maio, le chef de file du Mouvement 5 étoiles, a d’abord rendu publique une note prenant acte de la situation de blocage du pays assurant que sa famille politique était prête au vote et qu’elle ne cherchait pas à s’accrocher à tout prix au pouvoir. Mais comme à chaque fois depuis les élections européennes du 26 mai, M. Di Maio, dont le parti est largement discrédité, a surtout semblé chercher à gagner du temps, espérant faire voter début septembre le projet de loi de suppression de 345 parlementaires, l’une de ses promesses de campagne. Un vœu pieux au regard de la gravité de la crise.

Les appétits se sont aussi aiguisés chez les post-fascistes de Fratelli d’Italia, forts de leur score honorable aux élections européennes (6,5 %). Sa meneuse Giorgia Meloni a invité à son tour à des élections pour donner aux Italiens le « gouvernement souverain » qu’ils méritent, et se rêve en force d’appoint de la Ligue, défendant une ligne d’opposition absolue à Bruxelles et à l’euro.

En milieu d’après-midi, le Parti démocrate (PD), par la voix de son secrétaire général, Nicola Zingaretti, a aussi répondu au ministre de l’intérieur, s’estimant « prêt à relever le défi » des urnes. Le PD, qui dénonce « le cauchemar » du gouvernement et renvoie dos à dos MM. Salvini et Di Maio, se dit prêt depuis plusieurs semaines à tourner la page politique en cours et à rassembler « toutes les forces qui ont l’intention d’arrêter les idées et les personnes dangereuses ».

Les états-majors des partis, réunis en hâte, ont commencé dès jeudi à échafauder des plans de bataille, alors que des élections législatives anticipées, faute de majorité alternative, paraissent inéluctables. En ces heures dramatiques, chacun guette les moindres oracles du Quirinal mais, pour l’instant, la présidence de la République reste muette.

C’est que l’équation est particulièrement complexe. En effet, en cas de dissolution, la Constitution impose un délai de campagne électorale de soixante jours. Il faudrait donc voter en octobre, au beau milieu d’une discussion budgétaire qui semblait déjà impossible à tous les observateurs, et dans le meilleur des cas, le nouveau gouvernement ne sera pas à pied d’œuvre avant la mi-novembre. Faudra-t-il dans ce cas-là constituer un nouveau gouvernement technique, chargé de réaliser l’impossible, un budget de rigueur en pleine campagne électorale ? Dans un tel contexte, Matteo Salvini n’aurait même plus besoin de faire campagne !

Trop fort, Matteo.

Le 9 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Italie : l’heure de vérité est venue.”

  1. Hervé J. VOLTO août 10, 2019 à 10:07 #

    C’EST TOUT LE PROBLEME DE LA COHABITAITON.

    Les 5 ETOILES ont commencé à arracher leur masque, à abattre leurs cartes, à dévoiler leur jeux, qui consiste à paralyser l’action pourtant salvatrice de Matteo Salvini. Mais celui-ci se défend becs et onbles.

    MATTEO, BRAVISSIMO !

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