L’abyssal déficit extérieur français.

10 Août

Pas de chance. La France, depuis quinze ans, importe plus qu’il n’exporte et vit donc à crédit (entendez que ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui paieront l’addition de nos gouvernements impécunieux). En juin, le solde de ses échanges avec le reste du monde s’est encore établi à –5,2 milliards d’euros. Soit 26,9 milliards de déficit cumulé depuis janvier. Une broutille !

Même si 2019 n’est pas encore la pire année : comparée au premier semestre de 2018, la balance (même si elle reste dans le rouge) s’est appréciée de 5,3 milliards d’euros. Un léger mieux dû à quelques heureuses surprises dans des secteurs-phares comme l’aéronautique, la chimie, le luxe et l’agroalimentaire.

Les entreprises françaises ont en effet profité de l’essor continu de l’économie américaine (merci Donald Trump ! même si personne ne le dit). Cette dernière devrait encore connaître cette année une croissance de 2,9 %, selon le Fonds monétaire international. Une vigueur qui profite essentiellement à deux poids lourds tricolores : l’aéronautique et l’industrie pharmaceutique. « On est devenu excédentaire dans nos échanges avec les Etats-Unis en 2018 et ça se confirme cette année »,note Stéphane Colliac, chef économiste chez Euler Hermes.

De l’autre côté du Pacifique, la Chine, malgré le ralentissement de son économie, reste le deuxième plus gros débouché des exportations françaises. Celles-ci sont surtout dynamiques (une fois encore) dans l’aéronautique et, de façon plus résiduelle, dans le luxe. Bizarrerie du début d’année : la France a également vendu quantité de biens technologiques, notamment à la Corée du Sud. « Des flux d’exports se sont créés entre la péninsule et l’Europe depuis l’entrée en vigueur d’un traité de libre-échange en 2011 », rappelle Stéphane Colliac, qui estime que « la guerre commerciale a encouragé des détournements de trafic » au bénéfice du Vieux Continent.

Les incertitudes que ces tensions engendrent, de même que le ralentissement à l’œuvre en Asie, en Europe et dans les émergents, ont également profité à des valeurs refuges. La joaillerie, par exemple, a pu constituer une forme de placement de précaution pour les plus fortunés. « De manière générale, remarque Bruno de Moura Fernandes, économiste pour l’assureur-crédit Coface, la chimie, la pharmacie, la production de vin et spiritueux ainsi que la maroquinerie sont assez insensibles à la conjoncture mondiale. La résilience française tient en grande part à cette spécialisation sectorielle. »

Comme le soulignait Rexecode dans sa dernière enquête sur la compétitivité publiée en juin, les performances du début d’année s’expliquent aussi par des phénomènes plus ponctuels, comme des livraisons d’armes au Moyen-Orient, une hausse des ventes de céréales à certains pays africains ou les stocks accumulés au Royaume-Uni dans la perspective d’un Brexit sans accord fin mars.

Un secteur inquiète, tout de même, de plus en plus : l’automobile. Si les constructeurs ont plutôt tiré leur épingle du jeu au premier semestre, les équipementiers, eux, semblent pâtir des difficultés du marché allemand. Les fabricants outre-Rhin, qui avaient mal anticipé les nouvelles normes européennes anti-pollution entrées en vigueur en septembre 2018, sont toujours à la peine, ce qui pèse sur la croissance allemande et l’activité des sous-traitants français.

C’est également de l’automobile que risquent de venir les mauvaises nouvelles de fin d’année. « L’administration américaine a dans le viseur l’excédent allemand et a donné jusqu’au 11 décembre aux Européens pour trouver un accord commercial. Ça pourrait être un des tubes de l’automne », précise Stéphane Colliac.

Les économistes, qui espèrent un rebond progressif de la consommation en France, soulignent que cette hausse de la demande intérieure devrait se traduire par un regain des importations. De quoi faire replonger le déficit au second semestre. À ce propos, souvenez-vous combien, il y a un an déjà, nous militions pour un indispensable PATRIOTISME ECONOMIQUE (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/08/09/avis-de-tempete-sur-la-balance-commerciale-de-la-france/)…Mais, peine perdue, qui nous a entendu ?

Le scénario est d’autant plus plausible que, si la France est moins exposée que ses voisins européens aux aléas de la demande mondiale, elle n’y est pas non plus complètement imperméable. « Les enquêtes récentes auprès des chefs d’entreprise montrent que les nouvelles commandes à l’export ont baissé ces derniers mois, particulièrement dans l’automobile, la métallurgie et l’électronique », observe Stéphane Colliac.

La contribution du commerce extérieur à la croissance devrait donc redevenir légèrement négative cette année. L’Insee, dans sa note de conjoncture de juin, prévoyait qu’elle lui ôterait 0,1 point « après avoir été un soutien fort en 2018 (+ 0,7 point) ». Le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la richesse créée dans le pays, progresserait, lui, de 1,3 %, contre 1,7 % en 2018, selon les comptables nationaux.

Une performance médiocre qu’il faudra forcément payer un jour. Et ce ne sont pas les hordes migrantes, acceptées par notre gouvernement, qui vont nous y aider…*

Le 10 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Lire « Le goutte à goutte migratoire continue sans faire de vagues » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/01/le-goutte-a-goutte-migratoire-continue-sans-faire-de-vagues/).

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