L’argent gratuit pourrait finir par…coûter très cher.

10 Août

Lors des G20 qui avaient suivi la grande crise de 2008, il était de bon ton de railler ces sommets qui ne produisaient pas grand-chose. C’était pourtant l’époque où les pays les plus importants de la planète parvenaient, tant bien que mal, à coopérer et étaient même parvenu à prendre des décisions communes – lutte contre les paradis fiscaux, relance budgétaire concertée, coordination des banques centrales, choix de la Chine de financer les Etats-Unis, etc.

Une décennie plus tard, ces temps semblent une bénédiction alors que le monde établit des équilibres non coopératifs et moins performants : ainsi, la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale) a, le 31 juillet, baissé ses taux d’intérêt pour relancer l’inflation et faire baisser le dollar. C’était oublier que le reste du monde n’est pas statique. D’autres pays, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et la Thaïlande ont fait de même, mercredi 7 août.

Bientôt viendra l’Union européenne, qui va approfondir l’aventure des taux négatifs et faire de nouveau marcher la planche à billets, comme l’a déjà annoncé le président actuel de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, tandis que les nouvelles noires s’accumulent : la production industrielle allemande a baissé de 1,5 % en juin, augurant d’une possible récession en Europe, tandis que l’absence d’accord sur le Brexit, le 31 octobre, s’annonce catastrophique…pour l’Union européenne.

Enfin, face aux droits de douane imposés par Donald Trump, Pékin a réagi en laissant de nouveau glisser sa monnaie. Est-ce volontaire, comme le pense le locataire de la Maison Blanche qui accuse Pékin d’être un « manipulateur de devise », ou s’agit-il d’un ajustement de marché bienvenu, alors que la Chine connaît un grave ralentissement ?

Au fond, peu importe : la mesure efface, en partie, les droits de douane toujours plus forts qu’impose le président américain et fait surtout paniquer les investisseurs de toute la planète qui craignent une récession généralisée provoquée par la guerre économique. Conséquence : direction le dollar, monnaie refuge par excellence.

Résultat, le billet vert ne baisse pas et surtout, les taux d’intérêt américains s’effondrent. Tant pis pour la faible rémunération tant qu’on est en sécurité. Le rendement à dix ans des bons du Trésor est tombé, mercredi en séance, sous la barre des 1,6 % (contre 3,26 % à l’automne 2018). Du coup, le président des Etats-Unis a exigé une nouvelle baisse des taux, mercredi. « Notre problème n’est pas la Chine… Notre problème est la Fed, trop fière pour admettre qu’elle a commis une erreur. Ils doivent baisser leurs taux plus fortement et plus vite », exige Donald Trump qui accuse l’institution d’« incompétence ».

Mais l’Europe est aussi gagnée par l’effondrement des taux. Le loyer de l’argent à dix ans est négatif en Allemagne, en France, en Suisse, en Suède, mais aussi au Japon. L’argent gratuit coule à flots, mais rien ne rapporte rien, d’où la fuite vers les biens rares – l’or, qui a franchi les 1 500 dollars l’once (1 340 euros) pour la première fois depuis 2013, le bitcoin qui cote 11 500 dollars ou l’immobilier. Quant aux actions, en dépit de soubresauts, elles ne bougent pas.

Mercredi, Wall Street a fini la séance quasi inchangée tandis que la « journée noire » de lundi (le Dow Jones ayant perdu 2,9 %) ne l’était pas vraiment. Certes, c’est la pire séance de 2019, mais le Dow Jones a gagné depuis le début de l’année 11 %, et le Nasdaq 17 %.

Pour autant, Patrick Artus, économiste en chef de Natixis, trouve cette bonne tenue normale : les taux de change flexibles s’ajustent aux droits de douane – ils remplissent, d’ailleurs, les caisses du Trésor américain, ayant doublé pour atteindre 70 milliards de dollars en rythme annuel. Les taux, inférieurs à la croissance prévue, devraient faire monter encore plus les actions alors que les entreprises ont de bons résultats d’autant que leur valorisation n’a rien à voir avec celle de la bulle Internet…C’est à perdre la raison !

Avec l’argent gratuit, il est impossible d’avoir une récession – les entreprises véreuses ou simplement vermoulues, qui feraient faillite en d’autres temps, survivent. Pour rappel, les taux à dix ans en juillet 2007, au début de la crise, étaient à 5 %.

Tout d’abord, il faut remarquer que les industriels du monde entier ont cessé brutalement d’investir non pas à cause des droits de douane, mais parce qu’ils ne connaissent pas les règles du jeu qui vont s’appliquer…

Ensuite, rappelons l’adage de bon sens des boursiers : « Les arbres ne montent pas au ciel. » Et c’est ce que craignent de plus en plus d’investisseurs. « Je suis amoureux du cash », a déclaré à New York sur la chaîne CNBC John Rutledge, investisseur en chef de la société financière Safanad. Il craint qu’une étincelle – comme la rupture d’une chaîne d’approvisionnement à cause de la guerre commerciale, ou une faillite bancaire en Chine mais aussi aux Etats-Unis et surtout en Europe où les taux bas sont destructeurs – ne provoque la déflagration dans un monde menacé par une overdose d’argent gratuit (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/10/la-crise-financiere-mondiale-est-a-nos-portes-suite/).

Ce n’est pas l’avis de Ray Dalio, patron d’un des plus grands hedge funds de la planète, Bridgewater, qui a diffusé, mardi, une vidéo de trente minutes de plaidoyer pour l’investissement en Chine. Il faut parier autant sur Pékin que sur les Etats-Unis, estime-t-il, de même qu’il fallait investir en Angleterre lors de la révolution industrielle ou lorsque les Etats-Unis sont devenus la première puissance de la planète.

La Chine est, selon M. Dalio, « moins ou pas plus risquée » que les Etats-Unis qui souffrent, selon lui, « des écarts de richesse, du conflit entre le socialisme et le capitalisme qui est l’objet de la campagne présidentielle, de la fragmentation des décisions politiques et de l’absence d’efficacité de la politique monétaire ».

Pour Ray Dalio, c’est l’Europe le grand point faible et l’homme malade de l’économie mondiale (ce que nous ne cessons d’affirmer depuis déjà longtemps). « L’Europe est très risquée, car la politique monétaire est presque en panne de carburant, elle est fragmentée politiquement et elle ne participe pas à la révolution technologique. » Un rappel aux Européens un peu prompts à croire que leur prétendue « stagnation séculaire » – elle n’existe que sur le Vieux Continent – est provoquée par Donald Trump !!!

Mais quand vont-ils enfin ouvrir les yeux ? Et quand la France se décidera-t-elle à quitter enfin ce navire en perdition ?

Le 10 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “L’argent gratuit pourrait finir par…coûter très cher.”

  1. Hervé J. VOLTO août 10, 2019 à 11:12 #

    -L’Europe est très risquée, car la politique monétaire est presque en panne de carburant, elle est fragmentée politiquement et elle ne participe pas à la révolution technologique.

    Tout est dit.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :