Matteo Salvini prépare ses brûlots et fourbit ses armes.

11 Août

Depuis qu’il a décidé la mise à mort du gouvernement italien, le désormais ex-vice-Premier ministre et ministre de l’intérieur, Matteo Salvini n’est plus seulement l’homme fort du pays. Il est en effet devenu « l’homme seul » face à une adversité hétéroclite et, à coup sûr, prise à contre-pied.

Mais, fort du socle de popularité dont il bénéficie, et de sondages très favorables (36 % à 38 % d’intentions de vote, en nette hausse depuis les élections européennes du mois de mai), Matteo Salvini n’a aucune raison de temporiser, ni de proposer des demi-mesures alors qu’il a ouvert une séquence politique où la marche forcée semble être l’un de ses moteurs. « L’Italie est un pays qui doit courir », a t-il d’ailleurs lancé dans une formule révélatrice sur la Rai.

Jeudi soir, à Pescara, il annonçait son intention de se présenter seul, sans constituer de coalition, afin de demander aux Italiens « les pleins pouvoirs ».Une formule tout sauf innocente, renvoyant au souvenir de Benito Musolini, en même temps qu’un message à ses électeurs : si les Italiens lui laissent les mains libres, rien, ni l’opposition, ni Bruxelles, ni les marchés, ne l’empêchera de mettre en œuvre son programme.

Face à lui, apparaît une étrange coalition d’opposants, rassemblant aussi bien des membres du Parti démocrate (PD, gauche) que des Radicaux (RI, social-libéralisme) et des élus du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème). Pour des raisons différentes sinon opposées, chacun a besoin aujourd’hui de repousser Matteo Salvini.

Au sein du PD, Dario Franceschini, l’ancien ministre de la culture de Matteo Renzi, n’a pas caché son vœu de s’allier, temporairement du moins (souvenez-vous qu’il n’avait pas de mots assez durs pour fustiger, il y a à peine un an, ce parti populiste), avec le M5S pour éloigner le péril de la Ligue seule au pouvoir. Du côté des « 5 étoiles », d’étranges mécanismes de survie se mettent en place, visant à empêcher un retour aux urnes qui serait synonyme de débâcle. Le député sicilien Stanislao Di Piazza a ainsi soufflé l’idée d’un « gouvernement du bien commun », qui intégrerait aussi bien des M5S que des démocrates ou des proches de Silvio Berlusconi, soit tous ceux que le mouvement vouait aux gémonies il y a quelques jours encore, et permettrait de voter un budget d’ici la fin de l’année. On croit rêver ! Mais non, nous sommes en Italie où rien ne ressemble à rien.

Dans le même temps, le M5S a déclenché des attaques particulièrement virulentes contre son allié de la veille. « Salvini a décidé en une journée de déchirer le contrat de gouvernement, les Italiens ne méritaient pas cette trahison », a tonné le ministre de la justice, Alfonso Bonafede, un des fidèles lieutenants de Luigi Di Maio, le dirigeant du M5S.

Le ministre de l’intérieur sait parfaitement jouer le rôle de bouc émissaire qui conforte sa stature auprès de ses partisans. Dans cette séquence, malgré les incertitudes du calendrier, M. Salvini prend un malin plaisir à nommer ses adversaires pour mieux s’en démarquer et, parmi ses cibles favorites, on trouve sans surprise l’ancien président du conseil Matteo Renzi, qui incarne selon lui la faillite de la gauche pro-européenne.

En tapant sur l’ancien maire de Florence, Matteo Salvini s’est trouvé l’ennemi parfait, esclave selon lui des diktats venus de Bruxelles. Une fois seul aux affaires, il a annoncé aux Italiens sa volonté de s’en affranchir, une fois pour toutes : « Si vous nous en donnez la force, nous voterons un budget qui mettra au centre le travail des Italiens et la baisse des impôts, et si cela ne convient pas à l’Europe nous le ferons quand même », a-t-il répété vendredi soir lors de son dernier meeting.

Ces dernières heures, les promesses du patron de la Ligue ont certes accru la nervosité des marchés financiers (la Bourse de Milan a perdu 2,48 %, avec de grosses chutes des titres des banques) mais Matteo Salvini a appris du général de Gaulle…que « la politique (de l’Italie) ne se fait pas à la corbeille.« 

Lundi, les chefs de groupes parlementaires se retrouveront autour de la présidente du Sénat, Maria Elisabetta Casellati (membre de Forza Italia, le parti de M. Berlusconi), pour s’accorder sur la date à laquelle sera discutée la motion de censure contre le gouvernement.

Croisons les doigts.

Le 11 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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