Comme chaque année , le classement de Shanghaï est catastrophique pour les établissements français…

19 Août

Dans le désormais traditionnel palmarès annuel des 1 000 plus grandes universités du monde (dit « classement de Shanghaï« ) le millésime 2019 ne déroge pas à la règle : comme chaque année (depuis…17 ans), c’est Harvard qui gagne ! Une fois de plus, la célèbre université américaine s’installe sur la plus haute marche, suivie de l’université américaine de Californie Stanford à la deuxième place et de la britannique Cambridge sur la troisième marche du podium qu’elle occupait déjà il y a un an. Viennent ensuite Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’Université de Californie à Berkeley, Princeton, Oxford, Columbia et Caltech qui complètent le haut de ce tableau. Dans le « top 100 » des meilleures universités, 45 sont américaines.

Il faut descendre à la 19e place pour trouver un établissement d’Europe continentale : il s’agit de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. L’université de Copenhague est 26e. Et, comme en 2018, trois établissements français parviennent non sans peine à se hisser parmi les 100 premiers : Paris-Sud décroche la 37e place, Sorbonne Université (36e en 2018) glisse à la 44e place, l’Ecole normale supérieure (ENS) de Paris conserve la 79e position. Pas de quoi pavoiser.

« C’est un classement qui a de l’importance, car il donne de l’information sur notre visibilité internationale », explique Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université (CPU). Si les universités anglo-saxonnes y brillent, contrairement aux établissements français, c’est avant tout, selon lui, une « question de moyens financiers dévolus à la recherche, bien plus élevés aux Etats-Unis ». Et le reflet de la fragmentation du système français en de multiples universités, organismes de recherche et grandes écoles.

Pour établir son classement, l’ARWU se fonde sur des indicateurs centrés sur la recherche, avec une approche quantitative : le nombre d’anciens et de professeurs ayant obtenu un prix Nobel ou une médaille Fields (mathématiques), le nombre de publications dans des revues scientifiques de référence (Nature, Science), le nombre de citations dans certaines revues répertoriées. En somme, le classement de Shanghaï peut être un indicateur de la puissance académique d’une université.

Mais il ne mesure ni l’investissement pédagogique, ni la qualité de l’accompagnement des étudiants ou celle des infrastructures, ni l’impact de sa recherche sur la société. En outre, il a été conçu avant tout pour mesurer les performances des universités tournées vers les sciences dures, et moins vers les sciences sociales, car il ne prend en compte que les publications en anglais. Enfin, il donne une prime aux plus anciennes et aux plus grosses institutions, qui accumulent les prix Nobel depuis plusieurs décennies.

« Ce classement peut s’avérer trompeur s’il n’est pas lu avec du recul », estime Timothée Toury, enseignant-chercheur en physique, ancien directeur de la formation de l’université de technologie de Troyes. « Les grands organismes comme le CNRS, l’Inria [Institut national de recherche en sciences du numérique] ou l’Inserm sont laissés de côté, ce qui représente en France près de la moitié de notre effort et de nos résultats de recherche. »

Reste que ce classement est devenu, avec ceux du magazine Times Higher Education et du cabinet britannique Quacquarelli Symonds, une référence incontournable. Critiqué pour alimenter la course à la publication au sein des universités aux dépens d’autres objectifs, le classement de Shanghaï est symptomatique d’une nouvelle ère de l’enseignement supérieur, mondialisée, concurrentielle, où les établissements de Boston à Shanghaï se battent pour obtenir les meilleurs chercheurs, les meilleurs doctorants, les meilleurs étudiants internationaux. Et où la mesure quantitative de la recherche tient le rôle d’arbitre.

En France, le classement de Shanghaï a eu un impact politique important. « Il a été un révélateur. Il a fait prendre conscience que la France n’était pas assez bien positionnée dans la compétition internationale de la recherche, et qu’il fallait injecter des moyens financiers », estime Gilles Roussel, de la CPU. Et se restructurer. En 2006, la création des pôles de recherche et d’enseignement supérieur facilite les regroupements d’universités, de grandes écoles et de centres de recherche, afin de construire des champions français à même de peser davantage dans les classements internationaux. En 2008, le Plan campus revendique cette volonté de construire quelques pôles d’excellence, avec un « effet taille » captable par les radars de Shanghaï.

Dans la foulée de la loi sur l’autonomie des universités, les fusions ont créé des établissements plus gros qui rassemblent leurs forces en recherche : Strasbourg a ouvert le bal en 2009. Les IDEX (initiative d’excellence) et autres dispositifs du programme investissement d’avenir, organisés sous forme d’appels à projets, vont également dans ce sens. « Une course à l’élitisme ou au gigantisme », critique Timothée Toury. « Penser que toutes les universités peuvent avoir le même niveau dans tous les domaines, c’est impossible », estime quant à lui Pierre Mutzenhardt, président de la commission recherche de la CPU, à la tête de l’université de Lorraine.

Toutefois, quinze ans après, les résultats de ces politiques pro-classements tardent à se faire sentir. A titre d’exemple, l’université Pierre-et-Marie-Curie était 40e en 2017. Sa fusion avec Paris-Sorbonne, qui a donné naissance à Sorbonne Université, a permis au nouvel ensemble de grappiller quatre places en 2018. Mais cette année, l’établissement fusionné recule de huit places. Les rangs des autres universités françaises, du reste, évoluent peu.

N’y aurait-il pas un réel problème structurel dans le monde universitaire français ? Et si oui, lequel ? Et quel rôle y joue l’acculturation, tant vantée par nos élites mais dont le poids est de plus en plus lourd à porter ?….

Le 19 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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