L’Allemagne, l’homme malade de l’Europe.

21 Août

Après avoir été la locomotive de l’Union européenne (UE), pour le meilleur (l’économie du pays a longtemps tiré vers le haut les poids morts de ceux qui bordent la Méditerranée) comme pour le pire (en obligeant la plupart de ses partenaires à accueillir des millions de migrants affamés, incultes et violents), l’Allemagne commence à se mordre les doigts de s’être embarquée dans la galère de l’UE.

Les tout derniers indicateurs conjoncturels laissaient en effet craindre le pire pour elle : au deuxième trimestre, l’économie allemande s’est contractée de 0,1 %, après avoir progressé de 0,4 % sur les trois premiers mois de l’année, selon les données publiées mercredi 14 août par l’Office fédéral de la statistique (Destatis).

C’est nettement moins bien que le chiffre, pourtant déjà décevant, enregistré en France et dans l’ensemble de la zone euro (+ 0,2 % dans les deux cas).

Avec celle du troisième trimestre 2018 (– 0,1 %), il s’agit de la première baisse du produit intérieur but (PIB) enregistrée dans le pays depuis début 2015 (– 0,2 %). Surtout, elle confirme les difficultés dans lesquelles le moteur de la croissance européenne s’enlise depuis plusieurs mois, alors que les incertitudes internationales s’accumulent.

Cette contraction tient en grande partie aux spécificités du modèle allemand, très dépendant des exportations, qui pèsent près de la moitié du PIB. Lorsque le commerce mondial va bien, l’économie germanique fait des étincelles et surpasse la croissance moyenne de la zone euro. Mais lorsqu’il ralentit, elle souffre beaucoup plus que ses voisins tournés vers leur consommation intérieure, comme la France (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/12/ceux-qui-nous-lisent-le-savent-depuis-longtemps-leconomie-de-lallemagne-va-de-plus-en-plus-mal/).

C’est ce que l’on observe depuis quelques mois, alors que les échanges internationaux plongent sous l’effet des tensions commerciales entre Pékin et Washington. Selon Oxford Economics, ils devraient progresser de 1,2 % seulement cette année, contre + 4,9 % en 2018. Résultat : l’économie allemande se retrouve au cœur de la tempête, et en parti­culier son industrie. En juin, la production du secteur a reculé de 1,5 % sur un mois, et de 5 % sur un an. Tétanisés par ces incertitudes, les entrepreneurs ont le moral en berne. Celui des investisseurs ne va guère mieux : début août, il est tombé à son plus bas niveau depuis huit ans, d’après les dernières données de l’institut ZEW.

« L’industrie allemande souffre beaucoup depuis un an », résume Nadia Gharbi, spécialiste de la zone euro chez Pictet WM. Tout au long de 2018, les économistes ont désigné une série de facteurs temporaires pour expliquer ces piètres performances – à commencer par la météo et les nouvelles normes antipollution automobiles, qui ont désorganisé les chaînes de production du pays pendant de longs mois. « Mais désormais, il apparaît clairement que le ralentissement est plus profond et durable qu’on ne le pensait alors », ajoute Mme Gharbi.

Celui-ci tient, bien sûr, à la décélération de l’économie chinoise, pénalisée par les droits de douane imposés par Washington sur ses importations. Or, la Chine est un marché essentiel pour l’industrie automobile allemande : BMW et Daimler y réalisent plus du tiers de leurs ventes. Pour Volkswagen, la part est même de 40 %.

S’ajoutent à cela des évolutions structurelles plus préoccupantes encore. Peu à peu, le marché mondial de l’automobile se tourne vers les véhicules électriques, créneau sur lequel l’Asie est déjà leader – en particulier la Chine, où les ventes de modèles de ce genre ont bondi de 50 % sur la première partie de l’année. « Face à ces mutations, l’Allemagne, spécialisée dans la vieille industrie, paraît mal engagée : ses outils de production sont déjà en retard », résume Patrick Artus, de chez Natixis.

Jusqu’au premier trimestre, cette faiblesse productive était malgré tout compensée par le dynamisme de la demande intérieure, portée par un marché de l’emploi en pleine santé : en juin, le taux de chômage n’était que de 3,1 % de la population active, selon Eurostat, très inférieur à la moyenne de la zone euro (7,5 %). « Mais sur ce front-là également, les signaux inquiétants s’accumulent », prévient Carsten Brzeski, économiste chez ING, à Francfort.

Nombre d’entreprises ont ainsi réduit le nombre d’heures travaillées ces dernières semaines, tandis que, fin juillet, le moral des ménages allemands mesuré par l’institut GfK était au plus bas depuis avril 2017. Dit autrement : la déprime industrielle semble en passe de contaminer les autres secteurs de l’économie, dont les services, et c’est probablement là le plus inquiétant.

Dans ces conditions, l’Allemagne risque-t-elle de plonger en récession (soit au moins deux trimestres d’affilée de baisse du PIB) ces prochains mois ?

Cela dépendra en partie de l’évolution des tensions entre Pékin et Washington. « Notre scénario central est plutôt celui d’une stagnation : face à l’accumulation des incertitudes commerciales, auxquelles s’ajoutent celles entourant le Brexit, on voit mal comment l’activité pourrait rebondir à court terme » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/23/face-a-un-brexit-dur-les-pays-de-lue-ont-probablement-plus-a-perdre-que-le-royaume-uni/), détaille M. Brzeski. Le gouvernement, lui, mise sur une croissance de 0,5 % sur l’ensemble de l’année, loin des 1,5 % enregistrés en 2018.

Face à ce tableau bien sombre, de plus en plus de voix – y compris parmi les économistes conservateurs – appellent le gouvernement allemand à en faire plus pour soutenir l’activité. « Etant donné la bonne tenue des finances publiques allemandes et des marges de manœuvre qui en résultent, le moment semble opportun pour que des mesures budgétaires soient prises, afin de compenser la faiblesse de l’environnement international », juge Bernhard Bartels, spécialiste du pays pour l’agence de notation Scope. Dans une note sur le sujet, il souligne que Berlin emprunte en outre à taux négatifs. Ce qui signifie que les investisseurs sont prêts à payer le pays pour lui prêter de l’argent…

Jeudi 8 août, l’agence Reuters laissait entendre que Berlin envisageait d’augmenter son endettement pour intensifier ses investissements dans la transition écologique. Une rumeur que le gouvernement n’a pas tardé à démentir. « Nous pouvons remplir les tâches auxquelles nous nous consacrons sans nouvelle dette », a insisté le ministre des finances, Olaf Scholz, lundi 12 août. Peut-être. Il n’en demeure pas moins que le débat sur l’opportunité d’une relance budgétaire s’impose peu à peu au sein de l’opinion publique allemande.

Mais qui donc a entendu Angela Merkel se prononcer sur ce préoccupant sujet ? Personne. Angela est aux abonnés absents…Il est vrai que nous sommes loin, aujourd’hui, de l’enthousiasme qu’elle manifestait en 2015 pour faire ouvrir la route des Balkans aux migrants. Et qu’il est loin le temps où elle prétendait que tout était possible :

« Wir schaffen das !» (« Nous y arriverons »)

Le 21 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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