En France, le vote des catholiques est dans une impasse.

25 Août

La séduction opérée par le candidat puis le président Emmanuel Macron sur l’électorat catholique mène celui-ci droit dans le mur. Et même à l’abîme si l’on considère que les deux pires ennemis du catholicisme que sont le néolibéralisme matérialiste et l’islamisme conquérant sont…les deux meilleurs amis et les principaux alliés d’Emmanuel Macron !

Or, malgré nos mises en garde répétées (« Si Macron est élu, c’est cinq ans de foutus« ), nos coreligionnaires semblent n’avoir encore rien compris. Au point que le lien tissé dès 2016 entre Emmanuel Macron et les catholiques pratiquants semble même s’être sensiblement renforcé. C’est en tout cas l’un des principaux enseignements des élections européennes du 26 mai, tel qu’il ressort d’un sondage IFOP réalisé pour La Croix au lendemain du scrutin :les catholiques ont en effet majoritairement voté (37 %) pour la liste de la majorité (LRM-MoDem) portée par Nathalie Loiseau. Un taux qui monte à 43 % chez les pratiquants réguliers.

Le soutien de cet électorat explique d’ailleurs en partie le bon score obtenu par la liste de la majorité, arrivée en deuxième position au soir du 26 mai, à un point seulement de la liste du Rassemblement national (RN), menée par Jordan Bardella.

Selon le directeur opinion et stratégie de l’IFOP, Jérôme Fourquet, auteur de L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée (Seuil, 384 pages, 22 euros), les européennes ont en effet été le théâtre d’un « chassé-croisé ». D’un côté, un certain nombre d’électeurs issus de la gauche, qui avaient voté pour Macron en 2017, sont repartis vers des partis de gauche, notamment les Verts. Mais cette perte a été compensée par l’arrivée d’électeurs nouveaux qui venaient de la droite, dont de nombreux catholiques pratiquants.

Dans certaines zones historiquement empreintes de catholicisme et votant traditionnellement à droite, comme la Mayenne, la Vendée, l’Aubrac, le Pays basque ou le Haut-Doubs, on observe une progression nette de la liste Renaissance (LRM) par rapport au score obtenu par Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017 ! « Errare humanum est, perseverare diabolicum« .

Ceci nous rappelle qu’en 2017, à quelques jours du second tour de la présidentielle, le théologien de gauche Christian Delahaye livrait au journal Le Monde une tribune intitulée sobrement  « Honte aux évêques qui n’appellent pas à voter contre Marine Le Pen.« Une surprise ? Bien sûr que non tant nous en avons connu de ces gens-là, de Témoignage chrétien à la théologie de la libération, plus communistes que les communistes et dont Maurice Clavel a pu dire qu’ » Ils sont tellement occupés à embrasser les marches du temple qu’ils ne se rendent pas compte qu’il est en ruine »….

Depuis l’enquête des sociologues Guy Michelat et Michel Simon (Classe, religion et comportement politique, Presses de Sciences Po), qui démontrait en 1977 que l’appartenance au catholicisme était une variable explicative des comportements électoraux, il est acquis que les catholiques votent tendanciellement plus à droite que le reste de la population. A l’élection présidentielle de 2012, les pratiquants réguliers ont ainsi voté pour le candidat de l’UMP à 79 %, très au-dessus du score obtenu par Nicolas Sarkozy (48 %) au second tour, selon un sondage Harris-Interactive réalisé pour l’hebdomadaire La Vie le 6 mai 2012. Mais de là à voter aujourd’hui pour leur pire ennemi, cela laisse sans voix…

En 2017, les catholiques pratiquants, qui avaient très fortement soutenu François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre, l’ont encore en grande partie plébiscité au premier tour de la présidentielle, en dépit des déboires du candidat Les Républicains (LR). Une illustration, selon Jérôme Fourquet, « de l’ancrage réitéré à droite des catholiques pratiquants, attachés aux valeurs et à l’identité française, au travail et à la méritocratie ».

De fait, François Fillon n’a pas décroché par rapport au score de premier tour de Nicolas Sarkozy, cinq ans plus tôt, obtenant 46 % des voix des catholiques pratiquants contre 45 % pour son prédécesseur, alors qu’il cédait 7 points dans l’ensemble de l’électorat en atteignant 20 % des voix contre 27 % pour Sarkozy en 2012. « Ce qui montre que le noyau dur catholique avait tenu à l’époque », analyse Jérôme Fourquet.

Mais, aux européennes de 2019, une partie des catholiques pratiquants a délaissé le candidat LR, François-Xavier Bellamy, qui a réalisé le pire score de la droite à un scrutin européen (8,5 %). Le 26 mai, le philosophe n’a obtenu que 22 % des voix dans l’électorat catholique pratiquant. Adjoint au maire de Versailles depuis 2008, engagé en faveur de La Manif pour tous en 2012, pionnier de Sens commun (émanation politique de La Manif pour tous), M. Bellamy semblait pourtant avoir le profil idéal pour séduire les catholiques. Or, ces derniers ont boudé LR jusque dans certains bastions emblématiques comme Versailles, le 16arrondissement de Paris ou l’ancien fief de Nicolas Sarkozy, Neuilly.

Pour Jérôme Fourquet, « tant que la droite ne sera pas reconstruite, cet électorat catholique sera d’autant plus facilement captable par LRM ». Et ce, d’autant plus, ajoute le sondeur, que ces électeurs ayant voté pour Emmanuel Macron n’ont pas le sentiment d’avoir trahi leur famille politique. Ce qui en dit long sur leur aveuglement.

L’échec de François-Xavier Bellamy s’inscrit dans le sillage de la défaite de François Fillon et, avant lui, celle de Nicolas Sarkozy. Pour le maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux Yann Raison du Cleuziou, auteur de Qui sont les cathos aujourd’hui ? Sociologie d’un monde divisé(Desclée de Brouwer, 2014), les catholiques pratiquants se sont sentis « abusés et discrédités » lors de la présidentielle de 2017, entachée par « l’affaire Fillon ». Ce qui, avouons-le, n’est pas faux. L’électorat catholique n’a, de plus, jamais fait confiance à Laurent Wauquiez [président de LR de décembre 2017 à juin 2019]. « Aux européennes, poursuit le sociologue, Bellamy n’a pas réussi à rétablir la confiance. Les catholiques ont pensé qu’en votant pour le philosophe, ils hériteraient du vieux système LR dont ils ne veulent plus. » Mais savent-ils seulement ce qu’ils veulent…à part disparaître ?

Le fait que les catholiques pratiquants se soient portés davantage sur la liste de Nathalie Loiseau que sur celle de François-Xavier Bellamy, alors même que le gouvernement prépare l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules et aux couples de femmes mais aussi qu’il organise méthodiquement le « Grand Remplacement » de la population française par des immigrés principalement musulmans, indique la perte totale des valeurs traditionnelles par un certain nombre d’entre eux sur les questions de société et même, tout simplement, sur leur avenir.

Le directeur du laboratoire Groupe sociétés, religions, laïcités du CNRS, Philippe Portier, explique ainsi qu’« une partie des catholiques qui manifestaient des préventions à l’égard du mariage pour tous, et qui auraient pu être hostiles à Macron, compte tenu de son projet d’ouvrir la PMA aux couples de femmes, ont subitement évolué ». Comme s’ils avaient été ensorcelés….

Selon le politiste, ils seraient même dans l’ensemble, « sauf une minorité d’entre eux, acquis à l’évolution culturelle ». « Les catholiques aujourd’hui sont bien plus ouverts que dans les décennies précédentes à la liberté en matière de sexualité, poursuit M. Portier. Ce qu’ils souhaitent, en revanche, c’est qu’on les reconnaisse et qu’on les considère. Et, de ce point de vue, Emmanuel Macron a joué très habilement. Il réformera la PMA mais aura à cœur de ne pas heurter l’électorat catholique. » Nous avons une autre vision des choses : pour nous, les catholiques paient aujourd’hui, sans s’en rendre compte, le prix de l’oecuménisme forcené de l’Eglise depuis Vatican 2 et son mimétisme parpaillot. En outre, il suffit désormais de les caresser dans le sens du poil pour leur faire avaler toutes les couleuvres de la création.

Ces derniers mois, plusieurs éléments ont par ailleurs favorisé l’adhésion des catholiques pratiquants à Emmanuel Macron, notamment la crise des « Gilets jaunes » à laquelle ils n’ont pas compris grand chose. Dès le déclenchement de cette crise sociale, « on observe un soutien à Macron qui se maintient ou qui se renforce dans l’électorat catholique, alors que la popularité du chef de l’Etat baisse dans l’ensemble de la population », analyse encore Jérôme Fourquet. Souvent âgé, l’électorat catholique pratiquant se caractérise en effet par un attachement aux institutions et un rejet très fort de la violence. « Cela a sans doute joué dans le fait qu’une partie des catholiques ait fait bloc derrière le président, au moment où la France se déchirait », poursuit le sondeur.

Depuis son élection, Emmanuel Macron n’a en outre eu de cesse d’adresser des messages en direction de cet électorat : son discours au collège des Bernardins, le 9 avril 2018, où il a évoqué son souhait de « réparer » le lien entre l’Eglise et l’Etat qui « s’est abîmé », puis sa rencontre avec le pape François en juin 2018, et enfin, son attitude offensive lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril. Selon l’IFOP, ces trois événements ont à chaque fois eu un effet sur la cote de popularité du chef de l’Etat auprès des catholiques pratiquants. 

On note par ailleurs des proximités entre la sociologie des catholiques pratiquants et celle du macronisme. Yann Raison du Cleuziou souligne que ces derniers, plutôt urbains et appartenant aux classes supérieures, correspondent bien à l’électorat de Macron. La carte électorale dressée à Paris, par exemple, lors des dernières élections européennes en est la démonstration.

En outre, les catholiques sont pro-européens. D’après le sondage de l’IFOP pour La Croix, 51 % des Français déclarent que la construction européenne a été déterminante dans leur choix contre 65 % pour les catholiques pratiquants. Pauvres fous qui n’ont pas encore pris conscience que l’Union européenne n’est rien d’autre qu’une association de malfaiteurs ! (Même Arnaud Montebourg l’avoue aujourd’hui – https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/24/la-redemption-darnaud-montebourg-ou-faute-avouee-est-a-moitie-pardonnee/  – ). Mais c’est cet « ADN pro-européen des catholiques » qui a aussi joué en faveur de la liste LRM-MoDem, très clairement pro-européenne, indique Jérôme Fourquet.

Les catholiques pratiquants se distinguent en outre par la perpétuation d’une résistance absurde au Rassemblement national (RN). Au premier tour de la présidentielle de 2017, ils ne sont que 15 % à voter pour Marine Le Pen, un score bien inférieur à la moyenne nationale (21,3 %). Les régionales de 2015 sont une exception, les catholiques ayant voté davantage pour les listes FN (32 %) que l’ensemble des Français (27,7 %), selon une étude IFOP publiée au lendemain du premier tour du scrutin de décembre 2015 par l’hebdomadaire Le Pèlerin. Ce comportement n’a toutefois pas été corroboré par les européennes de 2019. Toujours selon l’IFOP, le RN n’a pas fait recette chez les catholiques le 26 mai, puisque la liste de Jordan Bardella a attiré 14 % des catholiques pratiquants contre 17 % ayant voté pour Marine Le Pen en 2017. Mais qu’en serait-il si la droite, la vraie, était représentée par Marion Maréchal et non pas par sa tante ?

Même si les catholiques pratiquants sont moins nombreux que par le passé (autour de 11 % de la population soit, prenez-en conscience, MOINS QUE LES MUSULMANS), leurs voix sont d’autant plus précieuses que cet électorat est très mobilisé à chaque scrutin. Lors des européennes de 2014, alors que le taux de participation a été estimé à 42 % chez l’ensemble des Français, il était de 61 % chez les catholiques pratiquants réguliers. Le 26 mai, 78 % des catholiques pratiquants déclarent avoir voté, soit près de 30 points de plus que la participation globale. Une proportion qui monte jusqu’à 84 % pour les catholiques pratiquants réguliers.

Vous en doutiez encore ? La France est devenue une Terre de Mission.

Le 25 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “En France, le vote des catholiques est dans une impasse.”

  1. Catoneo août 25, 2019 à 8:59 #

    Je trouve que les deux cartes présentées ne prouvent pas la collusion catho-LaREM mais la laissent soupçonner, sans plus. Il suffirait de les superposer.

    Les « experts » s’appliquent à dérouler des thèses fondées sur des signaux imperceptibles du vulgum pecus – sinon à quoi serviraient-ils – et ils s’enivrent parfois d’une belle conclusion.Cette collusion habilement démontrée a eu sa page de presse. C’était le but.

    Pour ma part, dans mon périmètre de conscience, je ne vois pas d’électorat « catholique », sauf à considérer que le petit bourgeois est de culture catholique, ce dont je doute de plus en plus avec le pape actuel qui est une caricature de la charité et dont l’audience est fortement étrécie.

    Pour finir, je vois que la pondération démographique est oubliée dans les cartes. Que signifie une remontée de Macron sur l’Aubrac ? Il n’y a personne sur l’Aubrac sauf au plus chaud de l’été et encore.

    Si FX Bellamy n’a pas percé c’est sans doute dû à son allure de tendron politique au milieu d’un pays révolté plus qu’à ses convictions de « Sens commun ». Il y a eu une réaction d’ordre et le candidat LR n’incarnait pas la poigne réclamée ! Macron si !

    • conseilesperanceduroi août 25, 2019 à 10:56 #

      Excellente analyse, dans l’esprit de la « disputatio » de nos Anciens.

      • Catoneo août 26, 2019 à 2:55 #

        Pardon. Je n’avais même pas vu que la carte du catholicisme était de 1965.
        Depuis lors, certains diocèses comme celui de Rodez, sont entrés en déshérence (moins de 40 prêtres en Aveyron l’an dernier). Les gens sont toujours là mais le « projet synodal » de Mgr Fontlup ne les intéresse pas s’ils en ont jamais entendu parler. On va arriver au désert.

        La superposition des cartes ne veut plus rien dire en 2019. L’étude de M. Fourquet ne vaut rien.

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