Nous en avons assez de ces « experts » qui n’en ont que le nom.

27 Août

Vendredi 23 août, tous les investisseurs de la planète avaient les yeux tournés vers Jackson Hole, dans le Wyoming (Etats-Unis), où le président de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine), Jerome Powell, devait prendre la parole. Un discours particulièrement attendu, alors que les incertitudes commerciales laissent craindre une nouvelle récession mondiale, et tandis que M. Powell essuie depuis plusieurs jours les critiques permanentes du président Donald Trump, convaincu que la Fed devrait en faire plus pour soutenir l’économie.

Jerome Powell

Pour compliquer encore un peu le tableau, la Chine annonçait, quelques heures avant le discours du banquier central, son intention d’instaurer de nouveaux droits de douanes sur 75 milliards de dollars (67 milliards d’euros) d’importations américaines, en septembre puis décembre. Façon de répondre à la hausse de 10 % des tarifs douaniers que Washington menace également d’imposer sur des produits chinois encore épargnés.

Où ces représailles s’arrêteront-elles ? A quel point la situation peut-elle encore s’envenimer ? M. Powell n’a pas abordé directement le sujet, mais il s’est montré clair : les tensions commerciales compliquent singulièrement la tâche de la Fed. « Si la politique monétaire est un outil puissant pour soutenir la consommation des ménages, l’investissement et la confiance », celle-ci ne dispose pas d’un « mode d’emploi tout prêt » pour faire face aux incertitudes commerciales, a-t-il expliqué.

Il a néanmoins promis que son institution « agira de manière appropriée » pour soutenir l’activité. Fin juillet, la Fed a déjà baissé ses taux directeurs d’un quart de point (ils évoluent aujourd’hui entre 2 % et 2,25 %). « Le discours de Jackson Hole semble ouvrir la voie à une nouvelle baisse des taux en septembre », estime Paul Ashworth, analyste chez la société de conseil Capital Economics. Soit pas assez vite encore pour Donald Trump, qui a aussitôt reproché au patron de la Fed de n’avoir « rien fait ». « Ma seule question est : qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou Xi Jinping [le président chinois] ? », a-t-il posté sur Twitter (sur ce sujet incroyable, lire notre article « L’argent gratuit pourrait finir par coûter très cher » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/10/largent-gratuit-pourrait-finir-par-couter-tres-cher/).

Tenu du 22 au 24 août au cœur des montagnes du Wyoming, le symposium de la Fed réunit grands banquiers centraux et économistes de haut vol tous les ans depuis 1978. Si Mario Draghi (Banque centrale européenne) et Haruhiko Kuroda (Banque du Japon) n’étaient pas présents cette année, Mark Carney (Banque d’Angleterre) devait intervenir. Le thème de l’édition 2019, « Les défis de la politique monétaire », était très attendu par les marchés. Car les défis, les banques centrales n’en manquent pas : jamais, depuis la crise de 2008, elles n’ont fait face à une situation aussi compliquée, alors qu’une nouvelle crise financière se profile.

A commencer par le ralentissement de l’économie, en partie lié à la guerre commerciale et aux incertitudes qu’elle génère. Tout en soulignant que l’activité américaine résiste bien, notamment grâce à son « solide marché du travail », M. Powell a pris acte de ce fléchissement généralisé. Puis il a égrené la liste des sujets d’inquiétude : les ralentissements chinois et allemand, « la possibilité croissante d’un Brexit dur, les tensions à Hongkong, la dissolution du gouvernement italien », ou encore, « la volatilité des marchés ».

Nombre d’économistes soulignent qu’en outre l’inflation reste désespérément basse et inférieure à la cible de 2 % des instituts monétaires. Cela, même dans les pays tel que l’Allemagne et les Etats-Unis, où le plein-emploi devrait faire repartir les prix à la hausse, selon les règles économiques en vigueur. Sauf que les experts se trompent, comme ils se sont déjà si souvent trompés !

Car les fameuses règles dont ils nous parlent tant ne fonctionnent plus très bien ou, en tout cas, plus comme avant. Les pays industrialisés semblent aujourd’hui piégés dans une croissance molle, assortie de taux bas et d’inflation faible. Certains économistes, comme l’ancien secrétaire d’Etat au Trésor américain Lawrence Summers, qualifient ce cocktail de « stagnation séculaire », et estiment qu’il devrait durer. D’autres affirment au contraire qu’il n’est que passager : les taux, l’inflation et la croissance finiront bien par remonter, promettent-ils. Mais quand ?

En attendant, les banquiers centraux sont dans le brouillard. Un brouillard de plus en plus épais. Et que l’anémie soit durable ou pas, leurs marges de manœuvre sont étroites. Ils ont déjà racheté beaucoup de dettes publiques et privées (le quantitative easing en anglais, ou QE) pendant la crise. Leurs taux directeurs sont déjà très bas (0 % pour la BCE). Certes, ils peuvent les baisser encore marginalement, ou relancer un peu de QE – la BCE pourrait d’ailleurs le faire en septembre. Mais les effets seront limités. Surtout si dans le même temps, la guerre commerciale s’intensifie encore (Lire à ce sujet « La Banque centrale européenne n’est pas au bout de ses peines » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/07/29/la-banque-centrale-europeenne-nest-pas-au-bout-de-ses-peines/).

En somme, tout se passe somme si l’économie mondiale était une voiture avançant au ralenti. Les banques centrales peuvent rajouter de l’essence dans le réservoir en baissant encore leurs taux. Mais si le problème vient des pneus ou d’un défaut du moteur, cela ne changera pas grand-chose… Mercredi 21 août, Emmanuel Macron lui-même a admis que la politique monétaire était à « la frontière technologique de son efficacité ».

C’est donc aux Etats, par la politique budgétaire, de prendre le relais, a suggéré le président français. Bien sûr, ceux-ci sont bien plus endettés qu’il y a dix ans : la dette publique des économies industrialisées a en moyenne bondi de 71 % à 103 % du produit intérieur brut depuis 2007. Certains pays, comme l’Allemagne, disposent néanmoins d’excédents budgétaires généreux, où ils pourraient piocher. Mais, là encore, le remède ne ferait pas de miracle.

Car ce que les économistes appellent « le niveau de la demande » (et donc le dynamisme de l’économie) n’est pas seulement déterminé par les politiques monétaires et budgétaires, a rappelé Lawrence Summers, le 22 août, dans une série de Tweet très remarqués. Elle dépend également d’éléments structurels, tels le niveau de la protection, l’efficacité de la redistribution entre les ménages riches et les plus pauvres, la question des retraites… Autant de sujets ne relevant pas des banques centrales et qui vont, en outre, empoisonner la rentrée sociale…du gouvernement français.

Dès lors, explique M. Summers, la « stagnation séculaire » devrait susciter une révolution de la pensée économique et des politiques aussi grande que celle déclenchée par la forte inflation des années 1970.

Pas sûre, néanmoins que nos experts soient en mesure de le comprendre et de changer de paradigmes…

Le 27 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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