Italie : les fiançailles de la carpe et du lapin.

30 Août

L’Union européenne est prête à tous les sacrifices et à toutes les compromissions pour sauver le soldat Renzi, cheval de Troie de Bruxelles à Rome. Aussi ne faut-il pas s’étonner des derniers rebondissements de la crise politique italienne.

Jeudi 29 août le président de la République, Sergio Mattarella, a reçu le premier ministre sortant Giuseppe Conte au palais du Quirinal pour le charger officiellement de former un nouveau gouvernement. Selon la formule consacrée, Conte a accepté sa charge « avec réserve », le temps de mettre sur pied un programme de gouvernement avec sa nouvelle équipe, qui rassemblera les anciens ennemis d’hier devenus les meilleurs amis du monde, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (PD, centre socialisant).

Cette crise aura duré trois semaines qui auront vu se succéder coups de théâtre, coups bas, coups de bluff et…illusions. C’est dans la matinée de mercredi que le dernier verrou, qui empêchait la mise en place d’une nouvelle coalition, a sauté. Les discussions bloquaient en effet sur la reconduction de Giuseppe Conte à la tête du gouvernement, que le M5S estimait non négociable. Dans la matinée, le secrétaire général du PD, Nicola Zingaretti, sur une probable injonction de son mentor, Matteo Renzi et donc de Bruxelles, annonçait que sa formation politique se rangeait derrière ce choix (pour combien de temps ? Nous le saurons sans doute assez vite), ouvrant ainsi la voie à des tractations officielles. En échange, le PD devrait obtenir le poste de vice-président et envoyer un des siens à Bruxelles pour occuper le poste de commissaire européen réservé aux Italiens. Nous y voilà !

Le spectre d’élections anticipées – réclamées par la Ligue de Matteo Salvini et ses alliés de Fratelli d’Italia et de Forza Italia – repoussé, s’ouvre désormais une nouvelle séquence dont beaucoup rêvent qu’elle sera un retour au calme…avant la tempête.

Pour autant, cet accord politique entre le mouvement populiste, majoritaire dans les deux chambres, et le parti de l’ex-premier ministre Matteo Renzi, troisième force du pays, reste plein de faux semblants. La Péninsule semble avoir pris l’habitude de coalitions pour le moins déroutantes ces derniers mois, et celle qui se dessine ne déroge pas à la règle. Il y a deux semaines encore, tout opposait les deux partis : les grands travaux comme le Lyon-Turin (le M5S avait voté contre, accélérant la chute du gouvernement précédent), la politique sécuritaire ou encore le rapport aux institutions européennes pour lesquelles le PD n’a jamais cessé de militer. Et le miracle se produisit. Qu’a bien pu promettre l’UE en échange de ces fiançailles (car pour le mariage, on verra plus tard !) entre la carpe et le lapin ? Cela aussi nous le saurons assez vite.

« Ce qui est paradoxal, c’est que ni Luigi Di Maio ni Nicola Zingaretti ne souhaitaient cet accord il y a encore une semaine », explique Giuseppe Bettoni, professeur de sciences politiques à l’Université de Tor Vergata à Rome.« Zingaretti a été poussé à trouver un compromis (par Bruxelles ?) », précise-t-il.

Ainsi, Luigi Di Maio a expliqué que le futur gouvernement aura pour objectif de poursuivre les réformes engagées ces quatorze derniers mois, « ce pourquoi 11 millions d’Italiens ont voté » en 2018. « Coûte que coûte, nous voulons maintenir nos engagements », a-t-il martelé, précisant qu’il ne « reniait rien » du travail accompli aux côtés de la Ligue ces quatorze derniers mois. Un discours qui n’incline pas à l’ouverture vers le PD. Quelques minutes plus tard, son chef Nicola Zingaretti a pourtant clairement appelé de ses vœux une rupture avec la législature sortante, faisant part de son intention « de mettre fin à la saison de la haine, du ressentiment et de la peur ». Une référence sans ambiguïté aux mesures anti-immigration de Matteo Salvini, votées avec le soutien du M5S, et que le PD souhaite révoquer. Comme vous pouvez le constater, les acteurs eurolâtres du « Grand Remplacement » sont encore à l’oeuvre.

Quel sera donc l’horizon de cette nouvelle alliance pour gouverner le pays ? L’équation ressemble déjà à un casse-tête alors que le gouvernement n’est pas encore sur pied. Si des noms sortent déjà dans les pronostics pour occuper les ministères, c’est avant tout sur les programmes que vont devoir s’accorder le PD et le M5S ces prochains jours. Les politiques sociales, d’éducation ou l’environnement devraient déboucher sur des positions communes. Le programme de réformes économiques et la politique européenne pourraient en revanche créer des turbulences.

« La continuité est devenue un totem pour le Mouvement 5 étoiles et s’incarne dans la figure de Conte », souligne Giuseppe Bettoni. Mais si la figure du président du Conseil a mis tout le monde d’accord, ce choix de coalition risque d’accentuer les tensions à l’intérieur des partis. Le PD en a déjà fait les frais ce mercredi. Carlo Calenda, ancien ministre du développement économique des gouvernements Renzi et Gentiloni, refusant d’avaler de telles couleuvres, a claqué la porte du parti et accusé ses dirigeants de « renoncer à combattre pour leurs idées et leurs valeurs », dans une lettre ouverte.

Luigi Di Maio est pour sa part un leader affaibli qui s’est fait beaucoup d’ennemis. Selon les statuts du Mouvement 5 étoiles, il ne pourra effectuer de troisième mandat et les prochaines élections, si le gouvernement venait à tomber dans quelques mois, pourraient accélérer sa chute.

Le programme de gouvernement devra surtout se confronter à la démocratie directe érigée en vertu cardinale par les vrais idéologues du M5S, Beppe Grillo, le fondateur du parti, et Davide Casaleggio, le fils du cofondateur Gianroberto Casaleggio. Il sera en effet soumis au vote de « Rousseau », la plate-forme de participation en ligne que le parti utilise pour ses débats internes. Et si ce programme venait à être rejeté ?

Poser la question revient à y répondre.

Le 30 août 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Italie : les fiançailles de la carpe et du lapin.”

  1. Hervé J. VOLTO août 30, 2019 à 12:15 #

    En dehors de ce coup médiatique, la caractéristique principale de cette maneuvre de palais, c’est qu’elle n’intéressait personne. Les italiens savent parfaitement qu’on les duppe, l’alliance PD-M5S étant un gouvernement hyper-laïciste et anti-Catholique aux ordres de Bruxuelles.

    Tout comme le G7, qui n’interessait personne, à part les habitants de Biarritz, lésés dans leurs doit à la libre circulation. Personne : pas les peuples bien sûr, mais ni les dirigeants présents non plus car ils ont des sujets beaucoup plus importants en tête. Car outre Trump et sa réélection, Boris Johnson doit organiser son Brexit, Trudeau le Canadien a une difficile élection en vue à l’automne, l’Italie est en pleine crise institutionnelle, Merkel est en fin de règne et politiquement paralysée et le Japon est dans une situation économique plus que délicate. Tout ceci profitant à la France, et il faut tout de même reconnaître à Emmanuel Macron le mérite de vouloir faire bouger certaines lignes, non seulement sur l’Iran mais aussi sur la Russie. Il a ainsi évoqué, Trump l’avait d’ailleurs fait avant, la possibilité d’un retour de celle-ci dans le G7 qui redeviendrait ainsi le G8 d’antan. La gouvernance de la France étant cependant déguleusesse et de déteindre sur les autres pays de l’Union, aux bottes de la France.

    Alors l’Italie…

    Le problème, justement, c’est que les malheurs de la France pourraient bien venir de derrière les Alpes ! car si le frère du Commissaire Montallban réouvre les ports italiens, la moitié des débarqués viendra en France, une autre moitié se divisera entre un bon quart en allemagne et l’autre quart répartit entre l’Italie, qui tentera de nous les refourguer ern quitimini, et les autres pays européens, déjà pris de peur devant la perspective de devenir un nouveau CAMPS DES SAINTS.

    Viktor Orban l’a bien compris, qui a remercié dans la presse italienne, l’exemplarité de la politique salvinienne, qu’il regrette déjà…

  2. Hervé J. VOLTO août 30, 2019 à 12:57 #

    En Italie, il y a un sondage pariu dans l’exellent quotidien de droite IL GIORNALE
    http://www.ilgiornale.it/news/politica/sondaggi-su-crisi-governo-elettori-impauriti-ed-emerge-dato-1745160.html

    qui révèle que :

    Sondaggi su crisi di governo : « Elettori impauriti ed emerge dato insolito »/Sondages sur la crise de gouvernement : « Electeurs appeurés et émergence de données insolites ».

    La sondaggista Ghisleri: « C’è un atteggiamento di confusione completa. E tra gli anziani un’altissima percentuale di astenuti ». Il 40% vuole il voto/La sondagiste Gjhisleri : « Il y a un comportement de confusion totale. Et parmi les personnes agées (les anciens), un altissime pourcentage d’abstations ». Le 40% (de la poluplation) veut le vote.

    Les italiens ne comprennent pas ce qu’il se passe exeactement, il sont appeurés et presque la moitié du pays voudrait voter.

    Si les italiens iraient voter en Octobre, selon IL GIORNALE :
    http://www.ilgiornale.it/news/politica/sondaggio-centrodestra-unito-475-1745418.html

    Sondaggio, il centrodestra unito al 47,5%/Sondage, le centre-doit uni à 47% des sondages

    Lega, Forza Italia e Fratelli d’Italia si presentassero uniti in coalizione, varrebbero sostanzialmente la metà dei voti degli italiani/Si la Ligue, Forza Italia et Forza Italia se présentaient unis en cohalition, çà leur vaudrait subtentiellement la moitié des votes des italiens

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